dimanche 1 novembre 2009

Ephésiens 4,17 à 24 : Principes pour un comportement nouveau

A ETAT D’ESPRIT NOUVEAU, COMPORTEMENT NOUVEAU

1. Introduction


Toujours dans le domaine de l’application pratique de la nouvelle identité que nous avons reçue en Christ, Paul aborde ici le domaine concret du comportement chrétien. Comme il en a l’habitude, Paul traite cette question de la manière dont il le fait toujours lorsqu’il s’agit du concret de la vie chrétienne. La première partie de son exposé sur le sujet touche aux raisons et aux principes qui sont à l’origine de nos actes ou de notre façon de nous comporter : 4, 17 à 24. Dans la seconde partie, Paul traite des applications concrètes des principes qu’il a énoncé : Ephés 4,25 à 5,5.


2. Principes et raisons : portrait du non-croyant


V 17 : une affirmation catégorique


C’est par une affirmation catégorique que Paul introduit son exposé sur le sujet du comportement chrétien. Tout le développement qui suivra ne sera que l’explication argumentée de la raison de cette affirmation.


L’affirmation très nette de Paul au sujet de notre comportement est qu’il n’est en aucune façon acceptable que celui qui appartient à Christ se comporte dans le monde de la même manière que celui qui ne lui appartient pas. Une rupture nette doit exister, être visible, entre la façon de vivre qui était la nôtre avant Christ et depuis que nous Le connaissons. Si cette rupture concrète n’existe pas, c’est l’authenticité même de la profession de foi de celui qui se désigne sous le nom de chrétien qui a le droit d’être mise en question : 2 Tim 2,19.

La raison de cette affirmation catégorique de Paul nous est donnée à la fin du verset. Si le comportement du chrétien doit radicalement différer de celui qui ne l’est pas, cela est dû à une seule chose : orientés dans leurs pensées par des paramètres nouveaux, ceux qui relèvent de la connaissance personnelle du Christ, le chrétien est en mesure, dans tous les domaines, de se former un jugement nouveau : 1 Cor 2,14-16. C’est parce qu’il est devenu différent de l’intérieur et que, par conséquent il voit les choses d’un autre œil, que le chrétien l’est sur le plan extérieur. Le comportement du chrétien n’est que la traduction concrète et logique dans les actes de la vie et de la pensée nouvelles qui l’habite. Si nous appartenons à Christ, l’apôtre Paul plaide pour que notre conduite parmi les hommes ne contredise pas, mais révèle au contraire la nouvelle identité qui est la nôtre.


V 18 : une quadruple cause

Quatre différences notoires différencient le chrétien de celui qui ne l’est pas et expliquent la raison de leurs différences de comportement :

a. Celui qui ne connaît pas Christ possède une intelligence obscurcie :


Disant cela, il n’est et n’a jamais été dans la pensée de Paul de déprécier ou mépriser l’intelligence dont peuvent faire preuve ceux qui ne sont pas à Christ. Ce que Paul suggère ici, c’est que, sans Christ, il manque aux non croyants l’éclairage le plus important qui soit pour se former un juste jugement sur les choses. Sans la lumière qui vient de Christ, l’homme naturel est perdu et égaré dans ses pensées : Rom 1,21, aveugles quant aux vérités spirituelles qui relèvent du Royaume de Dieu : 2 Cor 4,3-6. Preuve en est par l’impossibilité de Nicodème, pourtant docteur de la loi réputé, à comprendre ce que lui dit Jésus au sujet du B A-BA de la vie spirituelle : Jean 3,3 à 5.

Attention donc à ce que nous lisons ou entendons sous la plume ou de la voix de ceux qui ne connaissent pas Christ. Tout érudits qu’ils soient dans leurs domaines, il manque souvent à leur interprétation des choses la clé essentielle pour bien les comprendre : cf Hébr 11,3. C’est par révélation, rappelle Paul, et non de sa propre intelligence, qu’il a compris les mystères de Dieu : Ephés 3,3. Sans l’illumination que donne cette révélation, personne n’est en mesure de saisir quoi que ce soit de ce qui nous est ainsi caché : Ephés 1,18.


b. Celui qui ne connaît pas Christ est étranger à la vie de Dieu :

Il est par conséquent incapable d’en reproduire les traits et les qualités. Seule la divine puissance de Dieu, dit Pierre, peux nous donner ce qui contribue à la vie et à la piété : 2 Pierre 1,3 à 10. Autant l’homme naturel est incapable de comprendre les choses de Dieu, autant il lui est aussi impossible de vivre selon Dieu. Seul ceux qui sont recréés peuvent se conduire comme les nouvelles créatures qu’ils sont en Christ : 2 Cor 5,17. C’est en vertu de la nouvelle vie que nous avons reçue que nous sommes des êtres nouveaux, qui le manifestent par le comportement nouveau dont ils font preuve.


c. Celui qui ne connaît pas Christ est habité par une profonde ignorance à l’égard du domaine de la réalité qui Le concerne :

Si le comportement du chrétien est appelé à différer radicalement de celui qui ne l’est pas, c’est d’abord et avant tout dû à la différence fondamentale qui existe au niveau du savoir et de la connaissance qu’on les deux parties à l’égard du Christ. Ignorants quant à l’identité de Christ, les juifs ont décidé de Sa mort ; éclairés, ils sont l’objet de Son pardon : Actes 3,17. Ignorants du Christ, Saul de Tarse était un persécuteur, un blasphémateur et un meurtrier ; éclairé, il est devenu l’apôtre Paul, zélé pour Sa cause : 1 Tim 1,12-13. Ignorants de la vie de Dieu, nous marchions autrefois selon nos convoitises ; éclairés, nous sommes appelés à privilégier la sainteté dans toute notre conduite : 1 Pierre 1,14 à 16.

Si l’ignorance est la caractéristique majeure de ceux qui n’appartiennent pas à Christ à l’égard de Dieu, la certitude est, quant à elle, la marque dominante de la conscience que les chrétiens ont de Sa réalité : Jean 6,67-69 ; 1 Jean 2,3.5. Dans la vie courante, nous savons tous que connaissance et ignorance d’une chose (pensons à la prévision d’une tempête, par exemple) engendrent automatiquement des comportements totalement opposés. Sachant qui est le Christ, conscients qu’ils sont à Lui, les chrétiens sont appelés à en refléter les preuves dans leurs actes !


d. Celui qui ne connaît par Christ souffre d’un cœur marqué par l’endurcissement.

C’est la connaissance de Christ qui transforme nos cœurs de pierre, marqués autrefois par la dureté et l’insensibilité, en des cœurs de chair : Ezéchiel 36,26. Ce changement de sensibilité intérieure devrait immanquablement se traduire par des changements de comportement dans nos relations avec autrui : Colos 3,12-12 ; Ephés 4,32. Patience, support, indulgence, miséricorde, humilité devraient ainsi désormais caractériser les attitudes du chrétien et trancher avec l’entêtement, le caractère obtus, exigeant, arrogant dont font preuve trop souvent les incroyants.


V 19 : Passons aux actes…

Habités par ce quadruple handicap, les actes des non croyants portent inévitablement la marque de ce qui remplit leurs pensées et leurs affections. Ayant perdu tout sens moral, ils sont sans boussole pour s’orienter et juger de ce qui est bien ou mal : cf 1 Tim 1,19. Ils sont, sur le plan moral, semblables, dit Jude, à des astres errants, livrés à eux-mêmes, sans direction précise, des arbres qui n’ont plus de racines et sont, par conséquent, incapables de rester débout face aux vents de la tentation : Jude 12-13.


Déracinés moralement, c’est, montre Paul, dans le domaine de la sexualité que se manifeste le plus dans la pratique, chez celui qui n’est pas à Christ, son état d’égarement : expériences sexuelles de tous ordre, infidélités, bisexualité, homosexualité… Rom 1,24 à 27. Il est notoire que, dans notre monde, l’abandon des valeurs chrétiennes est allé automatiquement de paire avec la validation de comportements autrefois condamnés comme immoraux. Séparés de Christ, les hommes n’ont d’autre choix que celui de se souiller !


3. Principes et raisons : l’apprentissage du croyant


Si celui qui n’est pas à Christ n’a d’autre choix que d’être livré aux caprices et aux désirs de sa mauvaise nature, une autre alternative s’est ouverte par le Christ à celui qui Lui appartient. Cette alternative, dit Paul, consiste pour lui à apprendre Christ, c’est-à-dire à saisir les principes au travers desquels la vie de Christ qu’il a reçu peut s’exprimer et se manifester concrètement à travers lui. Apprendre Christ est une formation qui se résume en trois opérations :


1ère opération : se dépouiller (se défaire, rejeter) de l’homme ancien : v 22


Le vieil homme, c’est l’homme (ou la femme) que nous étions autrefois, alors que, dominés par la puissance du péché et de la chair, nous nous conformions aux désirs et aux convoitises de notre nature mauvaise. Il est important ici, pour ne pas être dans la confusion, de comprendre ce qu’enseigne Paul. Le vieil homme n’est pas l’ancienne nature ou la chair. C’est l’homme qui a été construit sur cette ancienne nature, avec ses œuvres et son comportement : Col 3,9. Ce vieil homme, dit Paul, a été crucifié avec Christ : Rom 6,6, ce qui signifie que, né de nouveau, nous ne sommes plus obligés d’être l’ancienne personne que nous étions. Se dépouiller du vieil homme est un acte qui, à cause du fait de la présence de Christ en nous, est à la portée de chacun de nous.

Tant que nous serons dans ce corps, nous ne pourrons pas extirper de nous les désirs qui proviennent de notre ancienne nature : 1 Pierre 2,11. Il nous est possible, par contre, de mettre fin aux agissements du vieil homme, l’homme que nous étions autrefois avant Christ : Rom 13,14. La chair du chrétien est toujours là, mais, en Christ, sa décision est de ne pas prendre en soin pour en satisfaire les convoitises !


2ème opération : être renouvelés par l’Esprit : v 23


Si la première étape de notre apprentissage à vivre Christ consiste à prendre la décision de liquider le vieil homme et son comportement, la seconde consiste à nous laisser instruire dans notre pensée quant aux vérités nouvelles qui forment désormais notre identité : v 21 et 23. Avant d’avoir le pouvoir d’agir autrement, Paul nous dit qu’il nous faut d’abord apprendre à penser autrement. La transformation de notre façon de penser, l’apprentissage de la nouvelle manière de nous voir en Christ, est une étape indispensable dans le processus qui nous conduira de l’ancien homme que nous étions au nouvel homme que nous sommes devenus : cf Rom 12,2.

Tout l’objectif de Dieu dans cette opération repose sur une seule chose : nous amener par l’éclairage du Saint-Esprit et de la Parole à comprendre qui nous sommes réellement en Christ. « Vous êtes » est, dans l’enseignement du Nouveau Testament, l’expression majeure, la clé au travers de laquelle tous les changements sont désormais possibles dans nos vies : Rom 6,14.18 ; 1 Cor 1,30 ; 12,27 ; Gal 3,26 ; 4,6 ; Ephés 2,19 ; 5,8 ; Col 2,12.20 ; 3,1.


3ème opération : revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu : v 24


Décidés à nous défaire du vieil homme, enseignés quant à la nouvelle personne que nous sommes en Christ, la 3ème opération consiste à traduire dans les actes la réalité nouvelle qui nous habite et qui, selon Paul, porte la double marque de la justice (la droiture, l’équité) et de la sainteté (la séparation d’avec la souillure et la corruption)

Si le vieil homme représentait l’être ancien que nous étions, l’homme nouveau est l’être nouveau que le Christ veut, par Son Esprit, construire au travers de notre personnalité. C’est la nouvelle créature qui, petit à petit, est appelée à émerger des ruines de l’ancienne : 2 Cor 5,17 C’est cet être nouveau qui est le témoin visible du Christ dans le monde, aux yeux de ceux qui ne Le connaissent pas : 2 Cor 6,9 à 11.

La meilleure preuve que nous avons réellement appris Christ dans notre vie se manifeste dans la rupture radicale qui existe entre l’être que nous étions autrefois et celui que nous sommes maintenant : deux expressions que l’on retrouve constamment dans l’enseignement de Paul (et d’autres) pour illustrer le changement qui s’est opéré en lui, comme dans le cœur de tous ceux qui, comme lui, sont nés de nouveau : Gal 1,23 ; 4,8 ; Ephés 2,2.3 ; 5,8 ; Col 1,21 ; 3,7-8 ; 1 Pierre 1,14 ;2,10.

samedi 17 octobre 2009

Ephésiens 4,7 à 16 : le 3ème élément de l'unité entre chrétiens

Le 3ème élément : le fonctionnement par ministères




Après les attitudes de cœur et le socle de convictions communes, nous abordons ici le 3ème élément proposé par Paul comme garant de l’unité de l’Eglise : le fonctionnement par ministères. Parce qu’elle est d’abord le projet de Dieu : Actes 20,28, projet dont le Christ est le Maître d’œuvre : Mat 16,18, l’Eglise ne saurait se construire de la même manière qu’une organisation ou une entreprise humaine. Aussi, comme il le fit pour Moïse chargé de construire le tabernacle, maison de Dieu de l’Ancienne Alliance :Exode 25,9.40, c’est par une révélation, dit Paul, que Dieu lui donna la vision et la compréhension de ce qu’Il entendait par Eglise : Ephésiens 3,8 à 10. Paul nous en donne ici les grands axes et les principes directeurs !



1er principe : c’est du choix de Dieu, choix qui relève de la grâce de Dieu seule que dépend la place que, suivant les dons reçus, Dieu donne à chacun dans l’Eglise : v 7.



Le premier changement que Dieu opère avec l’Eglise est que, contrairement à ce qui se passait sous l’Ancienne Alliance où seuls les lévites pouvaient être ministres du culte : Nomb 1,50 à 53 16,8-10, tous les croyants désormais sont acteurs dans le service de Dieu et le culte qui Lui est rendu. L’Eglise est quelque part la réponse de Dieu au souhait de Moïse qui, déjà en son temps, aspirait au sacerdoce universel des croyants habités par l’Esprit : Nomb 11,24 à 30. Il n’y a plus donc dans l’Eglise de Jésus-Christ de classes de prêtres distinctes, car tous désormais le sont : 1 Pierre 2,5.9.



Pour autant, si tous les croyants sont acteurs dans le service de Dieu et le culte, tous ne sont pas équipés pour le même service. C’est selon la grâce de Dieu, dit Paul, que chacun a reçu de Sa part la mesure de compétences nécessaires pour le service que Dieu lui destine. Cette mesure de compétences est ce qui définit le type de ministères que les uns ou les autres ont reçu, ministères dont Paul va nous donner plus loin les 4 types principaux : v 11.



Parenthèse : v 8 à 10. Avant de passer à cette description, Paul ouvre dans les versets 8 à 10 une parenthèse dans laquelle il explique comment, sur le plan spirituel, s’est faite l’opération au travers de laquelle des hommes qui, au départ, étaient des pécheurs, en sont devenus à être de véritables dons de Dieu pour l’Eglise et pour le monde.



Le but de la venue de Christ ici-bas, explique Paul, était de livrer un combat : un combat contre le péché. Ayant été vainqueur, le Christ, comme tout général victorieux, a fait des prisonniers qu’Il a ensuite ramené avec Lui, comme un butin, dans les cieux ! Ces prisonniers du Christ, ce sont tous ceux sur lesquels le Christ a réellement triomphé, Ses élus : 2 Cor 2,14 ; Ephés 3,1 ; 4,1. Prisonniers du Christ, nous avons vu que déjà, sur le plan spirituel, nous ne sommes plus sur terre, mais assis avec Lui dans les cieux : Ephés 2,6.



Le but du Christ n’étant cependant pas dans l’immédiat de garder jalousement auprès de Lui ceux qui, désormais, sont Sa propriété, Il a pris la décision, après les avoir élevés dans les cieux, de les renvoyer en quelque sorte sur terre, non sans avoir auparavant pris le soin de les équiper, pour qu’ils soient utiles à la construction de Son Eglise. Qualifiés par Lui pour un ministère, les prisonniers du Christ doivent être considérés comme des dons qu’Il fait aux hommes, dons par lesquels quelque part Il continue à être présent au milieu d’eux !



2ème principe : c’est au travers des ministères que Dieu donne que se fait la construction de l’Eglise : v 11 à13



Bien que nous soyons tous qualifiés par la grâce de Dieu pour une tâche ou une autre, le sacerdoce de tous les croyants n’implique pas une égalité de rôle ou de fonctions. « Dans notre corps, certains organes sont plus importants que d’autres : ce sont ceux qui permettent à tous les autres d’accomplir leur fonction spécifique : le cœur qui apporte à tous le sang porteur de vie, les poumons et les reins qui purifient ce sang, la rate qui le fabrique, le cerveau qui coordonne la plupart des fonctions, etc… La survie n’est pas possible sans ces organes. Ainsi en est-il dans le corps de Christ : certains ministères ont un rôle plus important que d’autres car ils préparent tous les autres à leur service et le coordonnent. »



Si c’est le Saint-Esprit qui donne les dons, c’est le Seigneur qui qualifie pour les ministères et c’est la puissance de Dieu qui opère à travers tous : 1 Cor 12,5.



Les 4 ministères principaux, organes vitaux sans lesquels ils seraient impossible à l’Eglise de vivre :



1er ministère : celui d’apôtre (envoyé, missionnaire, implanteur d’église).



Le ministère d’apôtre est toujours, dans les écrits de Paul, en tête de liste des organes qu’il désigne comme composant le corps de Christ : 1 Cor 12,28. Si le ministère d’apôtre est placé en tête, c’est aussi tout simplement parce qu’il est le premier par lequel, dans un lieu donné, l’œuvre de Dieu se fait : Ephés 2,20. « La fonction d’apôtre consiste à fondes des Eglises, à les organiser, les enseigner, les suivre pour y intervenir en cas de difficultés : A Kuen"



Si une place unique et particulière est donnée dans l’Ecriture aux apôtres du Christ : Mat 10,2 ; Actes 1,2, les onze disciples, d’autres après eux, sans avoir connu le Christ, porteront aussi ce titre : Actes 14,4 : Paul et Barnabas ; 1 Thes 2,6-7 : Paul, Silas et Timothée.



2ème ministère : le prophète



Paul définit, dans la controverse avec ceux qui, à Corinthe, surévaluaient le don des langues, l’utilité et la valeur du ministère prophétique dans l’Eglise. Il lui reconnaît ainsi 3 fonctions ou missions capitales : édifier, encourager et réconforter l’Eglise : 1 Cor 14,2 à 4



De même qu’il existe dans la Bible deux sortes d’apôtres, il apparaît que deux types de prophètes apparaissent dans l’histoire de la Révélation. « Il y a, dit A Kuen, un aspect de la prophétie limité aux premiers temps de l’Eglise : la transmission des révélations constitutives de la foi transmise aux saints une fois pour toutes : Jude 3. Paul évoquait peut-être cet aspect lorsqu’il disait que l’Eglise est édifiée sur le fondement des apôtres et des prophètes : Ephés 2,20. Cet aspect du ministère prophétique a pris fin : il n’y a pas de nouvelle révélation qui devrait compléter le Nouveau Testament ou s’y substituer. Mais dès l’âge apostolique, il y avait place pour une autre forme de prophétie, moins sûre », et qui devait donc être contrôlée par les autres membres de l’Eglise : 1 Cor 14,29.



Le prophète est, pourrait-on dire, le porte-parole de Dieu, chargé d’apporter avec fidélité le message que Dieu lui a donné, message qui porte à la fois la marque de l'inspiration et de l'actualité pour l’auditoire auquel il s’adresse. Le prophète, dit H.E Alexander, a, comme son Maître, le don d’exprimer les vérités les plus profondes dans les termes les plus simples…S’il peut n’y avoir qu’un apôtre à l’origine d’une église, l’état normal est que plusieurs prophètes soient actifs dans chaque communauté : Actes 13,1 ; 1 Cor 14,29.



3ème ministère : celui d’évangéliste



L’évangéliste est dans l’Eglise l’homme qui a à la fois la passion des âmes et celle de la communication de l’Evangile. Apôtre et prophète, Paul était aussi un évangéliste : 1 Cor 9,16 à 19 ; 2 Cor 5,14-15. Si certains dans l’Eglise peuvent se réjouir et se satisfaire de sa croissance, l’évangéliste est celui qui garde constamment un cœur sensible à la perdition des hommes. Si son ministère est tourné vers ceux qui sont au-dehors du royaume de Dieu, il est malgré tout, en tant que conscience, utile à ceux qui en sont membres pour leur rappeler constamment la raison d’être première de l’Eglise dans le monde : Matthieu 28,18 à 20. L’évangéliste a aussi la responsabilité dans l’Eglise de repérer ceux qui, parmi les membres, auraient ce don pour les former en leur permettant de lui être associé dans son ministère.



4ème ministère : celui de pasteurs et docteurs (ou bergers et maîtres)



Si Paul semble lier les tâches de pasteur et docteur en un seul ministère, c’est que celles-ci sont en fait étroitement unies dans l’exercice de cette charge. La tâche première et principale du berger, comme la définit l’apôtre Pierre, consiste essentiellement à prendre soin, c’est-à-dire paître et veiller sur le troupeau de Dieu : 1 Pierre 5,2. Or, paître et veiller sur le troupeau consiste en grande partie à lui apporter la nourriture spirituelle dont il a besoin, comme à le défendre contre les prédateurs que sont les faux docteurs : Actes 20,28 à 30.



Le pasteur/docteur doit être un homme à la fois attentionné à l’état de son troupeau et capable, comme le Berger dont il s’inspire : Psaume 23, de le conduire dans les pâturages où il trouvera toutes les ressources dont il a besoin pour son édification. Si Paul était un docteur, il semble que ce soit Timothée qui, dans la Bible, soit la meilleure figure du pasteur/docteur. Paul l’a ainsi souvent envoyé dans les églises qu’il avait implanté pour enseigner, affermir, former les croyants sur place : 1 Thes 3,2 ; 1 Cor 4,17 ; 1 Tim 1,3 ; 4,11 à 16



Notons au sujet de ces dons que si certains membres n’en possèdent qu’un, il est manifeste que d’autres en possèdent plusieurs de façon combinée. En tant qu’implanteur, l’apôtre est sans nul doute celui qui, dans le domaine de ces ministères vitaux, cumule le plus de compétences, même si la dominance d’un aspect sur un autre peut apparaître.



C’est dans la conception du Tabernacle que nous trouvons le meilleur parallèle de l’utilité des 4 ministères vitaux décrits par Paul en vue de l’unité de l’Eglise. Placés côte à côte sur des bases d’airain, les éléments constitutifs de la paroi du tabernacle étaient tenus les uns aux autres de deux manières :



- par une barre invisible qui traversait le tabernacle de part en part : Exode 26,28. Elle est l’image du Saint-Esprit, présence invisible mais réelle, qui, dans le cœur de chaque croyant, est le fondement de leur unité : Ephés 4,3.



- par 4 barres visibles de l’extérieur, tenues ensemble par des anneaux : Exode 26,26 à 28. Les 4 barres visibles symbolisent les 4 ministères vitaux de l’Eglise qui, sur le plan visible et extérieur, sont les garants de son unité.



Les bienfaits qu’apporte pour l’Eglise la pratique de ces ministères :



En conclusion de ce point, Paul dresse la liste de tous les bienfaits que véhicule la pratique des ministères vitaux dans l’Eglise :



a. elle contribue à faire grandir l’Eglise dans l’unité de la foi et de la connaissance du Christ : v 13a. Plus l’Eglise est au bénéfice de ministères vitaux, plus elle est enracinée dans la Parole de Dieu et la connaissance juste des choses



b. elle contribue à la maturation de l’Eglise. Celle-ci quitte l’état de l’enfance, état dans lequel on est vite sous influence, pour acquérir un état d’adulte, l’état de ceux qui savent ce qu’ils croient et pourquoi ils le croient : v 13b et 14.



c. elle contribue à la croissance de l’église dans les deux vertus majeures qui font d’elle le témoin du Christ : la vérité et l’amour : v 15 ; cf Jean 1,17.



d. elle contribue à une croissance harmonieuse et bien proportionnée de tout l’ensemble : v 16. Si chaque membre retire des ministères vitaux tout ce que Dieu veut lui transmettre pour sa croissance, tout le corps dans son ensemble donnera à ceux de l’extérieur une image de santé et de vitalité.



L’unité que Dieu vise pour l’Eglise est plus qu’un simple accord doctrinal. Elle se comprend comme une croissance proportionnée de l’ensemble au travers de la croissance de chacun. Ce qui fait la beauté d’un corps n’est pas la simple présence de tous les membres qui le composent, mais bien l’harmonie proportionnée qui existe entre ses différentes parties.



Que Dieu nous donne de garder constamment ce but de l’Eglise devant nos yeux et de le viser dans tout ce que nous faisons, organisons, enseignons, structurons en son sein !

jeudi 24 septembre 2009

Ephésiens 4,4 à 6 : le second élement de l'unité entre chrétiens

Le second élément : l’accord doctrinal




Si les attitudes des croyants à l’égard de Dieu et les uns envers les autres sont déterminantes pour l’unité de l’Eglise, celle-ci ne saurait cependant, pour se faire, se passer de l’accord doctrinal de ses membres sur les points essentiels de la foi.



Car la foi, si elle passe par le cœur, passe aussi nécessairement par l’intelligence et le raisonnement : Prov 1,2 ; 2,6. C’est non seulement à un amour, mais aussi à une forme de sagesse que la Bible nous appelle en Christ à adhérer : 1 Cor 1,24 ; 2,6. C’est pourquoi, Christ le dit déjà dans les Evangiles : il est impossible de croire en Lui sans adhérer à Sa doctrine, c’est-à-dire le corpus entier d’enseignement dans lequel s’inscrit Son témoignage : Jean 7,16-17.



Cette doctrine, ébauchée par Jésus dans les Evangiles, va au fil du temps, selon la promesse de Jésus : Jean 16,12 à 15, sous la conduite de l’Esprit et la plume des apôtres, de plus en plus se préciser et être formulée. Aussi, mis à part l’évangélisation, la transmission de la doctrine par l’enseignement occupe l’activité principale des apôtres : Actes 2,42, ceci au point où ils décideront à un certain moment de déléguer des tâches plus matérielles à des assistants pour s y consacrer plus pleinement : Actes 6,1 à 3. La nécessite de la transmission de la bonne doctrine était d’autant plus nécessaire que, très tôt, de faux docteurs s’introduisirent dans les églises cherchant, par leurs enseignements pernicieux, à renverser la foi des croyants : 1 Tim 2,16 à 18 ; 4,1-2 ; 2 Pierre 2,1



Si l’Eglise est exposée au danger de faux docteurs, dès l’origine (Paul en parle plus loin) Dieu l’a pourvu de docteurs qualifiés : Ephés 4,12, capables d’énoncer clairement les règles de doctrine qui doivent être crues : Rom 6,17, règles qui constituent le bel enseignement qui doit être suivi : 2 Tim 1,13-14 ; 2,15. La Parole de Dieu nous avertit cependant : un jugement plus sévère attend ceux qui auront enseigné dans l’Eglise : Jac 3,1, mais aussi une récompense qui sera à la hauteur de ce ministère difficile : Dan 12,2 à 3. C’est pourquoi l’enseignement est une tâche qui requiert, non seulement compétence, mais aussi sérieux et application : 1 Tim 4,13 à 16.

La doctrine étant essentielle dans l’unité spirituelle des croyants, Paul en énonce ici les sept point principaux



1er point : il y a un seul corps :



Ce que Paul veut dire ici, c’est que, au-delà des différentes factions qui peuvent morceler l’Eglise, c’est à Christ en premier qu’appartient tout chrétien véritablement né de nouveau. Christ ne peut être divisé, rappelle Paul aux corinthiens qui se déchiraient sur la base de leur appartenance à des hommes : 1 Cor 1,11-12. Que les chrétiens soient d’origine païenne ou juive, ils appartiennent désormais en Christ à la même humanité : Ephés 2,15-16.



Il existe de par le monde quantité de groupes et de familles d’églises issus du mouvement de l’histoire de la conquête de l’Evangile. Aucun d’eux, parce qu’il ne saurait représenter à lui seul le corps de Christ, ne peux prétendre être la seule et unique Eglise ! Déclaration du Concile œcuménique Vatican II : « Ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Eglise catholique, soit d’y persévérer alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient être sauvés ! »



En appelant l’Eglise un corps, Paul précise que ce n’est pas en elle que se trouve la tête. La tête de l’Eglise est le Christ et Lui seul : Ephés 1,22. Aussi important puissent être la place et le ministère confiés à un homme, celui-ci n’est et ne reste qu’un membre : 1 Cor 12,12-13.27. « Le pape est le chef suprême de l’Eglise catholique : le catholicisme pour les nuls. »



2ème point : il y a un seul Esprit :



Un seul Esprit habite l’Eglise et unit les véritables croyants : l’Esprit de Dieu ou de Christ. « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, rappelle Paul, il ne lui appartient pas : Romains 8,9. Cette réception du Saint-Esprit, les premiers disciples l’ont vécu à la Pentecôte : Actes 2,33, expérience qui est l’accomplissement de la prophétie de Jean parlant du baptême de l’Esprit : Actes 11,15-16. Il n’y a pas, contrairement à ce qu’enseignent nos frères pentecôtistes, deux moment successifs où le Saint-Esprit est donné, mais un seul. Comment l’Eglise pourrait-elle être unie par un seul Esprit si elle comporte en son sein des chrétiens déjà divisés sur le plan de l’expérience !



3ème point : il y a une seule espérance, celle de notre vocation



Cette espérance est celle de l’héritage impérissable qui nous est réservé dans les cieux : 1 Pierre 1,4. Notre espérance, a dit Paul, est indissociable de l’appel que nous avons reçu de Christ : Ephés 1,18. Il consiste en la vocation céleste à laquelle nous sommes destinés : Hébr 3,1. Le fait que Paul affirme que tous les croyants sont l’objet de la même espérance contredit l’enseignement des témoins de Jéhovah qui affirment que les hommes fidèles seront divisés en deux groupes : la classe céleste constituée de 144 000 oints, qui seront au ciel avec Christ, et la grande foule qui restera sur la terre nouvelle.



4ème point : il y a un seul Seigneur :



C’est Celui qui, par sa résurrection, a été établi Christ et Seigneur : Jésus : Actes 2,36. S’il est sur la terre ou dans les cieux des êtres qui se font appeler dieux et seigneurs, Paul rappelle que pour nous, il y a un seul Dieu : le Père et un seul Seigneur : Jésus, le Christ : 1 Cor 8,5-6. Aussi, en tant que croyants en Jésus-Christ, devons-nous refuser d’attribuer ce titre à qui que ce soit d’autre qu’à Lui, quand bien même, comme les chrétiens au temps de Rome, devrions-nous payer notre engagement au prix de notre vie : cf Matthieu 23,6 à 9.



L’appellation Seigneur est primordiale dans notre foi, car c’est elle qui indique la personne à qui nous nous soumettons corps et âme sans condition : Actes 22,8 à 10. Le Seigneur est Celui qui doit être obéi : Mat 7,21 à 23, Celui qui seul doit être adoré et servi : Mat 4,10, Celui devant qui l’on se prosterne : Jean 20,28, Celui qui doit être aimé plus que quiconque : Jean 21,15… le Seigneur, comme son nom l’indique, est Celui qui occupe le trône, la place d’autorité la plus élevée. Aucune autre personne, mis à part Christ à cause de Son amour pour nous, n’en digne de recevoir une telle allégeance de notre part : Philip 2,6 à 11.





5ème point : une seule foi



Elle est celle qui a été transmise aux saints une fois pour toutes : Jude 3. Christ, le Fils de Dieu étant la dernière parole de Dieu : Hébr 1,2, ce qui constitue l’objet de la foi des croyants est désormais complet et ne peux plus, par conséquent, être augmenté par une nouvelle révélation. Aussi, tout ce qui voudrait se présenter à la foi des croyants comme une nouvelle révélation (tel l’islam ou les nouveaux prophètes) ou une autre autorité pour la foi (la tradition, le Livre des mormons…) ne peut-il être reçu par les véritables chrétiens comme venant de Dieu : cf Mat 24,5.11.23-24.



6ème point : un seul baptême



C’est le baptême tel qu’il est pratiqué dans les Actes des apôtres, baptême qui fait suite à la foi personnelle et déclarée du croyant en Jésus-Christ : Actes 2,38 ; 8,37-38 ; 10,47-48. Ce baptême pratiqué par les premiers chrétiens, rappelle Pierre n’a aucune vertu salvatrice en lui-même s’il n’est l’expression de l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu par la résurrection de Jésus-Christ : 1 Pierre 2,21. Baptême d’eau et baptême d’Esprit sont le recto et le verso d’une seule et même réalité dont l’une est publique, extérieure et l’autre secrète et intérieur : Rom 6,3. Le baptême biblique exclut le baptême d’eau des nourrissons et celui qui consiste à faire du symbole la réalité (la nouvelle naissance selon l’église catholique).



7ème point : un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous et en tous



C’est le Père de Jésus-Christ, notre Seigneur : Ephés 1,3. Affirmer croire au Père, c’est reconnaître en Christ, le Fils de Dieu : Jean 5,19 à 23. C’est confesser qu’Il est l’unique moyen d’avoir accès à Dieu : Jean 14,6 à 9. Car quiconque nie le Fils nie le Père : 1 Jean 2,23. En confessant être membre de la famille de Dieu par Christ, les chrétiens excluent de fait toute autre route, tout autre moyen d’avoir accès à ce privilège : ni la naissance naturelle, ni l’effort propre ne fait de quiconque un enfant de Dieu : Jean 1,9 à 13.



Bien que capitaux, ces sept point nommés ne constituent pas, nous le savons, l’entier de la doctrine chrétienne, mais ce qui, aux yeux de Paul, en constitue le noyau central. Plusieurs commentateurs sont d’avis que ces points que cite ici Paul constituent une sorte de credo (ou de confession de foi) qui avait cours dans les églises primitives déjà exposées à de faux enseignements. Si tel est le cas, cette pratique serait les prémices de toutes les confessions de foi nées des siècles plus tard dans les temps de controverse les plus forts de l’histoire de l’Eglise.



« Une « confession de foi » est, ici, un résumé doctrinal qui énonce ce que tel ou tel groupe tient pour vrai, ce qu'il pense être l'essence ou l'essentiel de la foi chrétienne. Elle s'adresse à deux publics différents.

- D'abord, à ceux de l'extérieur, en particulier au seizième siècle aux autorités; on veut leur faire savoir qui on est et ce qu'on croit pour obtenir sinon une adhésion du moins une reconnaissance.

- Ensuite, aux membres du groupe pour vérifier ou clarifier leur accord et assurer leur communion. La confession de foi a une visée interne et externe : André Gounelle. »



Rappelons-nous, en conclusion, que si l’unité des chrétiens est une affaire de cœur, elle est aussi une affaire d’accord sur les convictions fondamentales qui forment le socle de leur foi !

mercredi 23 septembre 2009

Ephésiens 4,1 à 3

PRIORITE A L’UNITE




1. Introduction :



L’exposé doctrinal de Paul sur le projet initial de Dieu pour Ses élus, projet qui passe par la réunion en Christ en une seule humanité des croyants d’origine juive et païenne (le projet Eglise), achevé, l’apôtre en vient maintenant à la partie pratique de son épître, partie qui s’attache à nous décrire de quelle manière l’identité spirituelle des enfants de Dieu doit se traduire dans leur comportement entre eux.



Si l’Eglise est le projet conçu par Dieu de toute éternité, c’est dans l’Eglise, et plus particulièrement dans le vécu relationnel de ceux qui la composent, que Dieu vise à manifester aux yeux de tous la crédibilité et la pertinence de Son projet. En effet, seule l’Eglise est et peut être dans le monde le témoignage de la viabilité du projet de Dieu, projet qui consiste pour Lui a être tout en tous : Ephés 1,23 ; 1 Cor 12,6 ; 15,28, présence qui, seule, est en mesure d’en assurer la cohésion.



Aussi comprenons-nous que, à l’instar de Jésus, la première préoccupation de Paul au sujet du comportement des membres de l’Eglise soit l’unité : cf Jean 17,20-23. Rien en effet ne contredit davantage l’ambition du projet de Dieu à réunir en Christ les hommes, que les divisions qui séparent ceux qui affirment Lui appartenir. Essentielle et prioritaire, l’unité entre les fils et les filles adoptifs de Dieu, pour autant, n’est pas automatique. C’est pourquoi, Paul, dans son enseignement, va dans un premier temps, chercher à nous en montrer à la fois les bases et les conditions.



Trois éléments sont, selon Paul, nécessaires à prendre en compte pour que l’unité du peuple de Dieu soit effective :



- le 1er élément touche aux attitudes de cœur des membres dans leur relation mutuelle : v 2

- le second élément concerne le domaine doctrinal : v 4 à 6. L’unité des croyants ne dépend pas uniquement de leurs attitudes. Elle est aussi liée à un socle de convictions communes au sujet des grandes vérités constitutives de leur foi

- le 3ème élément touche enfin au fonctionnement spirituel de l’Eglise. L’Eglise n’est pas une société égalitaire, mais théocratique. Elle ne fonctionne pas sur la base de l’arrangement humain, mais à partir des dons que, dans Sa grâce, Dieu distribue à chacun : v 7 à 16.



2. L’élément des attitudes de cœur



S’il est difficile d’évaluer l’importance de chacun des éléments constitutifs de l’unité, le fait que Paul place celui-ci en tête de son argumentation souligne à quel point il est primordial. Peu de choses en effet portent autant préjudice au témoignage que l’Eglise est appelée à rendre à Dieu que le fait de constater qu’en son sein les hommes ne se comportent pas différemment que dans le reste du monde.



3 vertus ou qualités majeures doivent caractériser les attitudes des enfants de Dieu dans le cadre de leur relation mutuelle :



1ère vertu : l’humilité



Qu’est-ce que l’humilité ? Elle est, selon Paul, le refus volontaire d’un homme de voir s’attacher à sa personne quoi que ce soit comme poids de gloire : Phil 2,3. L’humilité, pourrait-on dire, est le contraire de l’orgueil, ce défaut de perspective qui fait que, au lieu de considérer que c’est à Dieu qu’elle doit tout, c’est à elle-même que la créature s’adjuge la cause de ce qu’elle est.



Si l’orgueil est la cause et la caractéristique du fond de la nature du diable depuis sa chute : 1 Tim 3,6 l’humilité est, selon Jésus Lui-même, l’attitude qui, toute Sa vie, a habité, coloré et dominé Son cœur : Matthieu 11,28. Bien que supérieur à tous, jamais une seule fois Jésus ne cherchera à s’attribuer quoi que ce soit de la gloire ou de la renommée conséquentes à Ses actes. C’est au Père seul qu’Il attribuait le pouvoir des œuvres qu’Il accomplissait : Jean 5,19. De même, bien qu’Il soit effectivement le Maître et le Seigneur, c’est à la place de serviteur qu’Il choisit de se mettre dans la compagnie des hommes : Jean 13,12 à 16. L’humilité est le fruit de la connaissance juste que nous avons de nous-mêmes face à Dieu. Si Jésus, Fils de Dieu, éprouvait le besoin d’être humble face à Son Père, à combien plus forte raison, nous pécheurs, devrions nous trouver juste de l’être.



Les autres attitudes dont nous allons parler sont elles aussi nécessaires pour la construction de l’unité dans l’Eglise. Mais sachons que sans l’humilité, elles sont impossible à vivre. C’est à raison que Paul place l’humilité au premier rang des vertus chrétiennes : elle seule est le terrain sur lequel s’enracinent toutes les autres vertus chrétiennes.



2ème vertu : la douceur ou l’amabilité



Si l’humilité est toute intérieure, c’est par la douceur que, dans la relation avec le prochain, celle-ci s’exprime. C’est pourquoi, à l’exemple de ce qu’était Jésus : Mat 11,29 ou Moïse : Nomb 12,3, humilité et douceur sont inséparables (humble ou doux selon les traductions).



Si l’humilité est le contraire de l’orgueil, la douceur est l’opposé de la dureté de cœur, dureté dont ont fait preuve tant de fois les adversaires religieux de Jésus à l’égard des pécheurs ou des faibles : Mat 19,8. Aussi, si la douceur doit marquer les relations de tous dans l’église, elle doit particulièrement être présente dans la façon avec laquelle les bergers se comportent avec les brebis : Ezéchiel 34,4.



Pour autant, douceur ne signifie pas faiblesse ou absence de fermeté. Fermeté et douceur pourraient être comparées ensemble au corps humain. Si celui-ci est composé en son centre d’une partie dure (le squelette), ce n’est pas avec elle, mais la partie tendre (la peau) que les autres, à l’extérieur, sont à son contact. Autant, nous avons besoin de fermeté dans nos convictions, autant ceux qui nous côtoient doivent être au contact de la douceur lorsque, confrontés à eux, nous sommes appelés à défendre notre foi : 1 Pier 3,15.



La douceur selon Dieu est tout sauf de la faiblesse. Car, contrairement à la violence qui fait de l’homme le jouet de ses émotions, la douceur nécessite une maîtrise de soi totale, maîtrise qui ne peut être que le fruit de l’Esprit : Gal 5,22-23 ; Prov 25,28. Aussi, la douceur est-elle, de la part d’une femme croyante, la meilleure arme dont elle dispose pour gagner son époux incroyant à la foi qu’elle professe : 1 Pierre 3,4. Elle est, selon Dieu, la marque suprême de la beauté féminine.



« Je suis heureux que nous adorions un Dieu à la fois ferme d’esprit et tendre de cœur. Si Dieu n’était que ferme d’esprit, il serait un despote froid et sans ardeur, assis en quelque ciel lointain contemplant toutes choses… mais si dieu n’était que tendre de cœur, il serait trop mou et sentimental pour agir lorsque les choses vont de travers et incapable de contrôler ce qu’il a fait… Il serait un dieu aimable, qui désire beaucoup faire un monde bon, mais se trouve désarmé devant la puissance naissante du mal. Dieu n’est ni dur de cœur, ni débile d’esprit. il est assez ferme d’esprit pour transcender le monde ; il est assez tendre de cœur pour y vivre… : Martin Luther King. »



3ème vertu : la patience



Tout comme l’humilité et la douceur, la patience a été la 3ème vertu dont a fait preuve Jésus : patience non seulement envers les hommes de ce monde, mais encore avec Ses disciples dont le cœur était si lent à croire et à comprendre ce qu’Il leur disait : Mat 8,26 ; 14,31 ; 16,8 ;17,17 ; Luc 24,25.



Tout comme la douceur, la patience est le fruit, l’expression de l’humilité et de la maîtrise de soi. La patience qui est la capacité de supporter des tensions : cf 1 Thes 3,5 sans tomber dans la colère est, selon Jacques, le fruit de la maturité spirituelle, le fruit que Dieu, par excellence, essaye de produire dans nos vies : Jacques 1,2 à 4. La patience de Dieu, qui est la raison première de la survie actuelle de ce monde, est due à sa lenteur à se mettre en colère : 2 Pierre 3,8-9 ; Exode 34,6.



La patience dans les relations fraternelles doit être le fruit de notre acceptation de la lenteur avec laquelle parfois les autres progressent dans la marche vers la maturité, à l’image de la patience infinie de Dieu envers nous : Mat 18,31 ; Luc 13,34. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage : La Fontaine. »

Conclusion de la 1ère partie : Règle et mot d’ordre



Concluant cette première partie consacrée au 1er élément qui soit facteur d’unité dans l’église (les attitudes de cœur) Paul énonce la règle qui doit servir de mot d’ordre dans les relations fraternelles : v 2b et 3. « Supportez vous les uns les autres dans l’amour, en vous efforçant de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix ! »



A la lecture de ce mot d’ordre, on pourrait penser que l’apôtre Paul réduit ici au minima ce que signifie véritablement s’aimer entre frères. Il n’en est rien pour plusieurs raisons :



1. la 1ère est que nous trouvons dans l’Ecriture plusieurs exemples d’hommes de qualité qui, dans certaines circonstances, ont appliqué ce commandement pour sauvegarder l’unité :



Gal 2,11 à 14 : le désaccord entre les deux apôtres n’ont pas été jusqu’au point de rupture. Paul a dit à Pierre ce qu’il pensait de son comportement ; l’orage passé, le soleil de la grâce a pu briller de nouveau entre eux.



Actes 15,36 à 41 : idem pour le conflit opposant Paul et Barnabas au sujet de Marc. Chacun d’eux avait des raisons légitimes à défendre sa position. En faisant plus tard l’éloge de Marc, Paul démontrera que, dans la circonstance et malgré le désaccord, l'unité de l'Esprit a été sauvegardée entre les frères : Col 4,10 ; 2 Tim 4,11.



2. la seconde tient simplement au réalisme dont fait preuve la Bible. Il se peut que, sous l’influence d’un certain sentimentalisme, nous idéalisions de que devrait être la vie de la communauté chrétienne. Dans bien des cas, l’Ecriture souligne qu’aimer ne signifie pas « aimer à cause de ce que je vois chez l’autre », mais « aimer malgré ce que je vois chez l’autre »



« Que faut-il faire pour qu’une église se délabre, demande A. Kuen. Réponse : Rien ! Pour conserver l’unité d’une église, il faut un effort conscient, réfléchi et persévérant. Parce que c’est la pente naturelle, les foyers désunis et les églises divisés sont légion. Pour éviter la fissure fatale, il faut prendre un certain recul, comme dans une mésentente conjugale, et se demander : Où est-ce que je veux en venir ? » L’apôtre Paul est clair : pour conserver l’unité de l’église, un effort dans l’amour est nécessaire de la part de chacun : v 3



3. la 3ème raison est que les causes d’une possible division ou de séparations sont multiples dans l’églises. ce peut être :



- des points de vue différents sur des choses secondaires de la vie et de la foi : Rom 14,1 à 5 : points de vue qui peuvent avoir leurs sources dans le passé et l’arrière-plan des personnes. Plus des personnes travaillant ensemble sont qualifiées et à la pointe dans leurs domaines, plus les risques de désaccord entre elles peuvent devenir vifs : exemple : Paul et Barnabas. En beaucoup de choses, il n’y a pas qu’une vérité, mais plusieurs approches possibles.



- Les différences de personnalités et de tempéraments : Marthe et Marie : Luc 10,41. La difficulté réside ici souvent dans le fait que nous avons du mal à accepter que les autres ne soient pas comme nous. Ce que sont nos points forts sont leurs points faibles et vice versa. C’est non dans la similarité, mais dans le bienfait de la complémentarité que nous devons apprendre à vivre l’amour fraternel.



- Les faiblesses de nos frères : 1 Thes 5,14. Qui d’entre nous ne chute jamais ? Supporter l’autre signifie parfois accepter que mon frère ou ma sœur ne soit pas aussi loin que je le souhaiterais dans les marques de la vie nouvelle dont il fait preuve.



Pour autant, il faut ici le dire : le support mutuel a ici ses limites. L’amour qui supporte et patiente devient faiblesse lorsque le péché de mon frère est cause de dommages graves dans la personnalité d’autrui, son intégrité physique ou le témoignage de la communauté envers le monde : 1 Cor 5,1-2.9 à 13 ; cf Mat 19,8. Arrivé à ce stade, le support doit faire place à la discipline dans l’espoir de susciter chez le frère coupable la repentance : 2 Cor 2,5 à 8.

samedi 25 juillet 2009

Ephésiens 3,14 à 21

Intro : Seconde prière de Paul


Pour la seconde fois dans sa lettre, Paul partage aux éphésiens, au regard de ce qu’il vient de leur enseigner au sujet de la révélation du mystère dont il a eu connaissance et qu’il vient de leur partager, sa prière pour eux : cf Ephés 1,15 à 19. Au fur et à mesure qu’il avance dans le développement des idées qui l’habitent, Paul est conscient d’une chose : ce qu’il a compris par une révélation spéciale de Dieu, ses frères ne peuvent pas le comprendre autrement. Il peux leur dire les choses qu’il a compris ; mais, pour qu’elles deviennent réalité pour eux, pour que ses frères ne les entendent pas seulement avec l’intelligence mais qu’elles passent dans leurs cœurs, il leur faut aussi être au bénéfice d’une œuvre de Dieu. C’est en vue de ce but que Paul formule ici cette prière !


1. Dieu dans la prière de Paul :


Selon la définition qu’en donne Jésus : Matthieu 28,19, les trois Personnes qui constituent la Divinité sont mentionnés dans la prière de Paul, chacune selon la place et le rôle précis qu’elle joue dans l’œuvre qui fait la vie nouvelle du chrétien.


Paul adresse sa prière au Père :
Relevons tout ce qu’il nous dit, soit au sujet de son attitude, soit au sujet de celui à qui il s’adresse ici dans la prière :


- Face au Père, Paul, pour prier, fléchit les genoux ! Nous ne savons pas s’il le fait ici de manière réelle et figurée. Mais l’attitude de Paul révèle le degré de respect et d’honneur qu’il ressent à l’égard de Sa Personne.


Le fait de fléchir les genoux devant Dieu n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait penser, pour un juif une attitude habituelle. La plupart du temps c’est debout, les mains parfois levées vers le ciel, que le juif prie : 1 Rois 8,14.22. Cependant, quand le moment revêt une grande solennité, c’est agenouillé que nous retrouvons l’homme de Dieu priant : 1 Rois 8,55. Commençant debout, Salomon finit ici à genoux ! Bien que n’exprimant pas de manière absolue l’attitude qui se trouve dans le cœur à l’égard de Dieu, Jésus sous-entend que la position que nous adoptons dans la prière la traduit parfois : Mat 6,5 ;11,25 ; Luc 18,11 à 14.


En soulignant qu’il est à genoux, Paul nous fait part des sentiments profonds de respect, d’honneur et de vénération qui l’habitent à l’égard du Père !
- Il est le Père de qui toute famille qui est dans les cieux et sur la terre tire son nom :


C’est pour sa qualité de Géniteur de toutes les familles de créatures qui existent tant dans le ciel que sur la terre que Paul vénère le Père. Le nom que Paul donne à Dieu dans sa prière est l’expression dans son contenu de la révélation dont il a été l’objet (le projet Eglise), révélation qui est le but de toute son épître. C’est la connaissance que nous avons de Dieu et de Ses projets qui, plus que tout autre, façonne le contenu des prières que nous Lui adressons et des noms sous lesquels nous L’invoquons.


Si Paul, dans sa prière s’adresse en priorité au Père, c’est qu’Il sait que c’est de Lui d’abord que viennent toutes choses. En cela, il rejoint parfaitement l’enseignement donné par Jésus à Ses disciples au sujet de la prière qu’Il recommande d’adresser en priorité au Père : Matthieu 6,9. Car c’est Lui, le Père, qui donne : Ephés 3,16 ; Mat 6,6 ; 11,27 ; Luc 11,11 à 13.


- Il prie le Père que les éphésiens soient, par l’Esprit, rendus forts dans leur être intérieur :


Si le Père est le Donateur, l’Esprit est celui par lequel ce qu’Il veut voir produire dans nos vies se réalise. Seul ce qui vient du Saint-Esprit peut donner force et vie à l’homme nouveau que Dieu a créé en nous : Rom 8,5.9.12-13 ; Colos 1,11. Si, par le Saint-Esprit, Dieu a donné à chacun de nous des dons : 1 Cor 12,7, le seul but réel que vise l’Esprit dans nos vies est de nous rendre capable de vivre à la hauteur des exigences de la vie chrétienne : Gal 5,22


Sans le Saint-Esprit, la vie chrétienne n’est pas seulement difficile, elle est impossible : Jean 3,6.


Pour la seconde fois, Paul témoigne dans sa prière que ce sont les préoccupations spirituelles qui sont l’objet premier de sa prière pour les saints ! Comparons les avec le contenu de nos prières ? Est-il le même ? Les prières que nous formulons reflètent les préoccupations qui nous habitent !


- Il prie le Père que, par le Saint-Esprit, le Christ, par la foi, habite pleinement dans nos cœurs.
Si le Saint-Esprit a pour mission de fortifier l’homme nouveau que le Père a fait naître en nous, c’est, nous montre ici Paul, en vue d’une seule chose : que le Christ habite dans toute Sa plénitude en nous. Alors que nous sommes, par la foi, devenus Ses fils et Ses filles, le but que Dieu poursuit désormais dans nos vies est unique : reproduire en nous tous l’image de Son Fils. C’est là, expliquera Paul plus tard, le sens et le but de tout ce que Dieu fait et donne à l’Eglise : Ephés 4,11 à 13.


"Dieu, dit Thomas Watson, ne veut pas être un pensionnaire, en ce qu’Il ne possède qu’une chambre dans le cœur et que toutes les autres soient louées au péché. " Il n’y a pas de colocation possible entre Dieu et le péché dans nos cœurs. Le Christ veut seul l’habiter et y occuper librement toutes les pièces !


Si donc, pour un temps, le Christ a dû être rendu semblable à nous : Héb 2,10.17, c’est dans l’objectif, qu’en communion avec Lui, nous soyons rendus semblables à Lui : 1 Jean 3,2. C’est par la mesure selon laquelle le Christ est visible en nous et au milieu de nous que se juge le degré de maturité et d’avancement de l’œuvre de Dieu en nous : Gal 2,20 ; Philip 3,8 à 14.


2. Les effets de l’œuvre de Dieu dans nos vies :


La vie du Christ se développant en nous, Paul dit que le 1er effet ou le 1er bénéfice qu’en retire le chrétien consiste en un enracinement toujours plus profond dans l’amour et une compréhension de plus en plus juste de ses dimensions. Plus la vie de Christ nous remplit, plus l’amour devient en nous une réalité vécue, plus nous devenons à même d’en saisir ses infinités.

Les 4 dimensions de l’amour de Dieu :


Sa largeur :


En géométrie comme dans son sens figuré, la largeur d’une chose est ce qui permet d’en mesurer l’ampleur. La largeur d’une chose, c’est son envergure. Pour mesurer la largeur de l’amour de Dieu, il nous faut donc saisir et comprendre qui cet amour englobe. Jésus, dans son dialogue avec Nicodème, répond précisément à cette question. Dieu, dit-Il, a tant aimé le monde… : Jean 3,16. C’est le monde tel qu’il est, avec les pécheurs et les horreurs qui le composent, qui est la mesure exacte de la largeur de l’amour de Dieu.


Peut-être est-il bon pour comprendre la largeur de l’amour de Dieu de le comparer à la largeur du nôtre. Su le plan naturel, la largeur de notre amour est très limité : nous n’aimons en fait que ceux qui nous aiment : Mat 5,46. Peut-être peut-il arriver que, par amour, quelqu’un, dit Paul, consente à mourir pour un juste : Rom 5,7. Mais Dieu prouve Son amour pour nous en ce que, lorsque nous étions encore Ses ennemis, le Christ est mort pour nous : Rom 5,8.
Pour nous qui avons connu l’amour de Dieu, souvenons-nous que cet amour que nous expérimentons et dont nous sommes l’objet est l’amour que Dieu porte effectivement à tous les êtres. Avec la même intensité et le même engagement dont Son amour a fait preuve pour notre salut, Dieu aime chaque homme dans ce monde : Matthieu 25,31 à 40.


Sa longueur :


En géométrie, la longueur représente la distance maximale existant entre deux points éloignés. La longueur de l’amour de Dieu se mesure par la distance que, du haut des cieux, Dieu a été prêt à franchir pour nous rejoindre en tant qu’humanité perdue. La suite du verset cité par Jésus nous permet d’évaluer ce qu’a coûté pour Dieu la longueur de Son amour. Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique… Jean 3,16. Le prix que Dieu a accepté de consentir (l’incarnation puis la mort de Son Fils unique et bien-aimé pour nous) est ainsi la mesure exacte de la longueur de l’amour de Dieu pour nous : Phil 2,5 à 8 ; 1 Jean 3,16
Rappelons-nous que, comme il en est pour Dieu, le seul témoignage durable et valable de la qualité de l’amour, est de mesurer jusqu’où il peut aller : Jean 12,3. Au regard de ce critère, nous réalisons que bien peu d’actes auxquels nous accolons l’étiquette de l’amour n’en sont vraiment : 1 Jean 3,16 à 18. De quoi suis-je réellement prêt de me dépouiller pour le bien des autres : telle est pour la connaître, le critère par lequel se mesure la longueur de mon amour !


Sa profondeur :


En géométrie, la profondeur est la distance qui existe entre le fond d’une chose et sa surface. Plus le fond est éloigné, plus la profondeur est grande. C’est en saisissant qui Dieu est venu chercher par Jésus-Christ que nous saisissons la profondeur de Son amour. La suite du verset cité par Jésus nous donne une idée de la profondeur de l’amour de Dieu. Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse point… Jean 3,16. La profondeur de l’amour de Dieu se mesure au fait qu’il n’y a personne dans ce monde qui, malgré son indignité ou sa bassesse, ne soit exclu du champ de son action. Jésus a volontairement laissé libre le nom de ceux qui sont l’objet de l’amour de Dieu pour que chacun puisse y mettre son nom ! Même Judas qui le trahit est encore, au moment où Il le fait, l’objet de l’amour du Christ : Mat 26,47 à 50.
C’est pour les pécheurs et uniquement pour eux que le Juste est venu : Marc 2,17. Aussi, de toutes les hommes qui ont côtoyé Jésus et été l’objet de Son amour, ce sont ceux qui avaient le plus conscience de leur indignité qui ont le mieux apprécié Son amour : Luc 7,36 à 48 ; 1 Tim 1,15.


Sa hauteur :


En météorologie, la hauteur est la distance verticale entre un point et un niveau de référence spécifié. Si la largeur mesure l’envergure d’une chose, la hauteur en mesure l’altitude. La hauteur de l’amour de Dieu se mesure à l’altitude à laquelle Dieu élève ceux qui en sont l’objet. La suite du verset cité par Jésus nous donne une idée de la hauteur de l’amour de Dieu pour nous : Dieu a tant aimé le monde (largeur) qu’il a donné Son Fils unique (longueur) afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas (profondeur) mais qu’Il ait la vie éternelle (hauteur) : Jean 3,16

La hauteur de l’amour de Dieu se mesure à l’idéal auquel, par Jésus-Christ, Dieu a comme objectif de nous élever. Cet idéal nous est clairement décrit dans l’Apocalypse. L’objectif de Dieu est de faire de l’Eglise l’Epouse éternelle du Christ, celle avec qui, dans Son royaume, Il va partager la royauté : Apoc 19,6 à 9.


Telle est la vision que la révélation que, au sujet de Son amour, un amour qui dépasse toute connaissance : 3,19, Christ a dévoilé à Paul quant au projet qu’est l’Eglise ! En sommes-nous aussi saisi que lui ?


Si telle peut être l’interprétation des 4 dimensions de l’amour de Dieu, elle n’est pas unique. Saint Augustin voyait dans ces 4 dimensions un descriptif des 4 vertus qui le composaient :
- la largeur : la charité de Dieu : Rom 5,8
- la longueur : Sa patience : Rom 2,4 ; 2 Pier 3,9.15
- la hauteur : l’espérance : Ephés 1,18
- la profondeur : l’humilité de Dieu : Phil 2,5 à 11


3. Conclusion : v 20-21


Paul ne peut terminer sa prière et l’exposé de la connaissance qu’il a de l’amour de Dieu sans exalter Celui qui est l’Auteur d’un tel prodige. Croyons bien que, si dans nos prières, nous pensons demander à Dieu des choses qui paraissent folles à nos yeux, ce que Dieu peut et a en vue de faire pour nous dépasse tout ce que nous pouvons penser et imaginer. La mort de Christ pour nous en est la preuve suprême : Rom 8,32.

samedi 13 juin 2009

Ephésiens 3,1 à 13


Introduction

Paul ayant partagé, dans les deux premiers chapitres de sa lettre, la compréhension qu’il avait du mystère de la volonté de Dieu, qui est de récapituler (ou réunir) toutes choses en Christ : 1,10, il ouvre ici, avant d’aborder les implications pratiques du projet de Dieu dans l’église, une parenthèse dans laquelle, parlant de lui, il nous dit comment il a eu la connaissance de ce mystère.

Deux thèmes majeurs sont ainsi traités dans ce passage :

- le 1er touche à la personne de Paul lui-même. Il nous dit qui il est et quelle est la place que Dieu lui a assigné dans la révélation au monde de son projet
- la seconde touche au projet de Dieu lui-même. Paul en rappelle à la fois l’objet et le but final.

Développement.

1. Paul : qui il est, quelle est la place que Dieu lui a assigné

La lettre de Paul aux éphésiens s’adressant essentiellement à des croyants d’origine païenne, il a semblé bon à Paul, le juif, de leur donner, par une courte présentation de lui-même, un aperçu de l’origine de sa vocation. Pour se faire, Paul va se définir de trois manières :

- Il est un prisonnier de Jésus-Christ : 3,1

L’expression se réfère en premier lieu à la situation d’incarcération dans laquelle se trouve Paul au moment où il écrit sa lettre. Derrière les mots, Paul cependant exprime plusieurs vérités relatives à sa foi et à la façon avec laquelle il regarde sa vie.

Paul est le prisonnier, non des hommes, mais de Jésus-Christ. Il signifie par là deux choses :

- la 1ère exprime la parfaite confiance de Paul dans la souveraineté de Dieu et l’autorité du Christ sur sa vie. Même si ce sont les hommes qui, par leur hostilité à l’Evangile, ont fait prisonnier Paul, celui-ci ne le conçoit pas ainsi. Il y voit, non seulement la volonté de Dieu, mais l’effet de la main bienveillante de son Seigneur : cf Philip 1,12 à 17. De loin, Paul montre ici qu’il préfère être en prison pour et avec Christ que libre sans Lui !

Si la prison était le cadre dans lequel le Seigneur avait voulu garder Paul à l’étroit, Dieu a aussi d’autres moyens à Sa disposition pour nous imposer certaines limites : maladies, handicap, limites financières, opposition d’un conjoint… Comment vivons-nous et prenons-nous ces choses ? Avons-nous la même foi que Paul pour croire qu’elles ne procèdent pas seulement du hasard ou de l’opposition humaine, mais que Jésus, notre Seigneur, est, pour des raisons que Lui connaît, Celui qui nous les impose ! Quelles que soient les limites et les contrariétés face auxquelles nous nous trouvons, souvenons-nous qu’avant d’être prisonniers des autres ou des éléments extérieurs, c’est d’abord de Jésus-Christ que nous le sommes !

- la seconde exprime de manière sous-entendue, comme le fait aussi l’apôtre Jean en Apoc 1,9, l’identification totale de Paul à l’opprobre qu’a connu Jésus avant lui.

Paul savait qu’en tant que disciple de Christ, il ne pouvait échapper aux souffrances que Jésus a connu dans ce monde : 2 Tim 1,8.11-12 ; 2,3.8-9. Concernant son statut et sa position dans le monde, il a pris consciemment le parti d’être identifié à Jésus-Christ et donc d’accepter en lui-même toutes les souffrances que cette identification implique pour lui pour l’Eglise, le projet qui est sur le cœur de Dieu : Col 1,24.

- Il est un intendant de la grâce de Dieu pour les non-juifs : v 2

Si c’est chez les Juifs que l’Evangile a, en premier, été proclamé : Rom 1,16, très clairement il apparaît que dans l’objectif de Dieu le but final est qu’il touche ensuite tous les païens : Mat 28,19 ; Actes 1,8. Aussi, comme le seigneur a choisi l’apôtre Pierre pour être l’apôtre de l’Evangile parmi les circoncis, Il a choisi Paul pour l’être au milieu des païens : Galates 2,8-9
.
Dès l’origine de son appel, il apparaît donc, même si les juifs ne sont pas écartés, que c’est vers les païens que le ministère d’évangéliste de Paul doit s’orienter : Actes 26,15 à 18 ; Rom 11,13 ; Actes 13,46 ; 18,6

Appelé à être apôtre des païens, Paul n’en était pas moins pour autant un Juif, avec des convictions juives quant à la place et au rôle spécifique de son peuple dans le plan de Dieu. Aussi n’est-il pas étonnant, qu’avant de l’envoyer parmi les païens, Dieu lui communique, par une révélation spéciale, le cadre dans lequel s’inscrivait son action : v 3. Cette raison, si elle n’est pas la seule, suffit à expliquer le parcours spécial que connaîtra Paul dès sa conversion : Galates 3,15 à 18. Le Seigneur ayant une mission originale et inédite à confier à Paul, il se devait aussi, d’une certaine façon, de le mettre aussi à part de la même manière.

Ce qu’il nous faut nous souvenir de l’exemple de Paul, c’est qu’avant de faire et d’entreprendre, Dieu veut que nous connaissions et que nous comprenions. Si faire est important, ce qui compte encore davantage pour le Seigneur, c’est que nous comprenions pourquoi nous faisons ce que nous faisons.

- Il est le moindre de tous les saints : v 8

Cette opinion qu’a Paul de lui-même, croyons-le, n’est pas une formule de fausse humilité. Si Paul se sent indigne de la vocation qui lui est adressée par le Seigneur, c’est qu’il est toujours d’une certaine manière hanté par le souvenir cuisant des chrétiens qu’il a persécuté avant sa conversion : Actes 26,11. Quel que soit l’angle sous lequel il se regardait, Paul ne se sentait jamais digne du titre que la grâce de Dieu lui permettait de porter : 1 Cor 15,9 ; 1 Tim 1,15. La traduction littérale dit : A moi, qui suis moins que le moindre de tous les saints.

Sommes-nous avides d’être utile au Seigneur, de nous voir confier par Lui le secrets de Sa connaissance ? Paul nous donne ici l’une des clés essentielles de l’accès à ces privilèges spirituels : l’humilité : Ephés 4,2 ; Phil 2,3. L’humilité véritable ne se fabrique pas : Colos 2,18. Elle est un fruit, le fruit direct de la connaissance que nous avons de nous-mêmes à la lumière de la connaissance de Dieu et de Christ : Phil 2,5 à 11.

Le mystère du Christ et de l’Eglise

Paul s’étant présenté, il revient maintenant sur le contenu de ce qui, à ses yeux, constitue le cœur de sa mission : la mise en œuvre, par la prédication de l’Evangile, du mystère de la volonté éternelle de Dieu : l’Eglise. Il nous dit ici 4 choses au sujet de ce mystère :

- la 1ère, comme déjà dit, est que c’est que ce n’est pas par un homme, ni par des déductions raisonnées qu’il en a eu connaissance, mais par révélation : v 3. Outre le projet de Dieu au sujet de l’Eglise, la révélation est le seul moyen par lequel, toujours nous connaissons Dieu ou Ses pensées : 1 Cor 2,6 à 10 ; Mat 11,25 ; Gal 1,11-12.

- La seconde est le fait que, même s’il était déjà suggéré dans l’Ancien Testament, la révélation du projet de Dieu pour l’humanité, le projet Eglise, n’avait pas été connu par les générations précédant celles du Christ, comme il l’est maintenant par eux : v 5.

L’apôtre nous rappelle par ces mots que c’est de manière progressive que la lumière de la Révélation s’est levée au cours du temps sur le monde : cf Prov 4,18. Jusqu’à ce jour, alors que, par la foi nous saisissons les grandes lignes du projet de Dieu, nous voyons encore et malgré tout de manière confuse : 1 Cor 13,12. Viendra le jour cependant où c’est dans la pleine lumière que le projet de Dieu se vivra. Que Dieu nous donne d’y être prêt !

- La 3ème est que ce projet est un projet global, universel, qui concerne tous les peuples, élu ou non : v 6. C’est là ce que Paul vient d’expliquer dans le chapitre précédent.

La 4ème est que le projet de Dieu ne touche pas que les habitant de la terre. Il inclut également ceux du ciel : v 10. Par l’Eglise, Dieu a comme projet, comme il en est de l’arc-en-ciel pour le soleil, d’offrir aux puissances spirituelles du monde invisible le spectacle de la décomposition en mille nuances de la sagesse infiniment variés qui L’habite : 1 Cor 4,9 ; 1 Pier 1,12. Cf Job 1,7

Il est impérieux, montre Paul, que chacun de nous, croyants en Jésus-Christ, soit conscient qu’il ne vit pas sa vie pour lui-même. Il fait partie d’un grand projet qui a pour finalité la révélation, devant les créatures, de la gloire de Dieu. L’Eglise est le moyen par lequel Dieu veut montrer, de manière concrète, aux anges et aux puissances qui Il est. Elle est la scène sur laquelle Dieu, de manière pratique et effective, révèle comment ce qu’Il est, dans sa relation interne Père – Fils - Saint-Esprit se traduit dans les relations entre les êtres qui vivent en communion avec Lui. " L’Eglise, chrysalide assoupie dans le cocon des siècles passés, sort de son sommeil pour devenir la cheville ouvrière de l’œuvre divine : Thomas Julien. "

En faisant sauter toutes les barrières qui séparent les être entre eux, Dieu révèle par l’Eglise le secret qui seul rend possible l’unité de l’humanité dans sa diversité !

samedi 16 mai 2009

Ephésiens 2,11 à 22


Le nouveau statut des non-juifs

Introduction :

Après avoir dans le passage précédent utilisé le pronom " nous " pour décrire l’état universel dans lequel les hommes se trouvent sur le plan spirituel, état qui les rend pour leur salut tous nécessiteux de la même grâce, l’apôtre Paul, en tant que juif, retourne ici à l’utilisation du pronom " vous " pour souligner à ses lecteurs d’origine non juive qu’eux seuls sont maintenant concernés par ce qu’il va leur dire.

Si les juifs peuvent à juste titre s’émerveiller de la grâce dont ils sont l’objet en Christ, l’apôtre Paul veut montrer ici qu’il en est encore autrement et bien davantage pour les païens. Aussi, pour mettre en relief la merveille de cette grâce dont ils sont l’objet, Paul va-t-il s’attacher à décrire ici, en 3 étapes, le changement prodigieux de statut dont les païens sont les bénéficiaires en Christ :

- 1ère étape : v 11-12 : situation spirituelle et statut des païens avant Christ
- 2ème étape : v 13 à 18 : résultats de l’œuvre de Christ dans la relation juifs-païens devant dieu
- 3ème étape : v 19 à 22 : le nouveau statut des croyants d’origine païenne

1ère étape : Statut des païens avant Christ : v 11 et 12

3 expressions sont ici employées par Paul pour décrire la condition et la situation spirituelle des païens avant Christ :

1. ils étaient des non-juifs dans la chair :

Le premier handicap auquel fait référence ici l’apôtre Paul est lié à l’origine physique. Ne peut être réellement considéré comme juif, donc membre naturel du peuple de Dieu, que ceux qui peuvent se revendiquer, comme l’apôtre Paul, d’une ascendance ou d’une lignée purement juive : Phil 3,5-6. Etre de la postérité direct d’Abraham était le sujet de fierté premier des religieux de l’époque de Jésus : cf Mat 3,9 ; Jean 8,33. Cette capacité de prouver que l’on était juif avait, en Israël une importance déterminante quant à la participation d’une personne au culte rendu à l’Eternel. Pour n’avoir pu le faire, plusieurs de ceux qui revinrent de l’exil, au temps de Néhémie, en firent les frais : Néhémie 7,61 à 65.

2. ils étaient incirconcis dans leur chair :

C’est à Abraham le premier que Dieu ordonna la circoncision comme signe de l’alliance qu’Il venait de conclure avec lui, alliance par laquelle lui et ses descendants seraient Son peuple parmi tous les autres peuples pour toujours : Genèse 17,4 à 14. Par la circoncision, qui était un signe discriminatoire, Dieu, volontairement, séparait les hommes en deux camps : les membres naturels du peuple de Dieu et les autres.

Paul le rappelle cependant ici : la circoncision dont les juifs se prévalent ne se limite seulement qu’à une marque dans la chair faite par des mains humaines. Paul et les prophètes soulignent à maintes reprises que sa valeur se perd si celui qui en est l’objet ne vit pas les réalités qu’elle symbolise : le fait d’être à part pour Dieu : Rom 2,25 à 29 ; Jér 9,26.

3. ils étaient perdus

Les païens exclus de fait du peuple de Dieu, Paul dresse ici l’inventaire de tous les avantages dont naturellement ils sont privés :

- sans Christ : toute l’espérance du peuple juif était tendue vers le Messie qui devait assurer la rédemption et apporter la paix et la sécurité à Israël. Une telle attente n’avait aucune signification pour ceux qui ne faisaient pas partie du peuple de Dieu : Esaïe 2,1 à 5 ; Rom 11,26

- privés du droit de cité en Israël : faire partie d’une peuple, c’est bénéficier de tous les droits inhérents à la communauté qui le forme. Etant étrangers à Israël, les païens ne pouvaient prétendre aux avantages dont jouissaient ceux qui en faisaient partie.

- Etrangers aux alliances de la promesse : de même qu’une nation s’occupe exclusivement de ses ressortissants, les païens étaient privés des bénéfices des promesses de Dieu données à Israël.

- Sans espérance : l’espérance dont nous parle ici Paul n’est pas le vague espoir que l’on retrouve dans les religions païennes. Il s’agit d’une certitude qui repose sur la promesse et l’engagement de Dieu de nous faire participer à Sa gloire. Si une telle espérance pouvait nourrir la foi du peuple juif, elle était inconnue des païens.

- Sans Dieu : même si, comme le dit Paul, il existe bien des entités que l’on nomme dieu et seigneur dans le monde, néanmoins, il n’y a qu’un seul Dieu et qu’un seul Seigneur : 1 Cor 8,5-6. Exclus du peuple de Dieu, les païens n’étaient voués qu’à l’adoration d’idoles.

Malgré cette réalité, l’Ecriture souligne dès l’Ancien Testament le fait que, dans la pensée de Dieu, les païens ne sont pas absents du projet de grâce de Dieu. Plusieurs exemples et faits remarquables en témoignent :

- le fait que, dès le début de la promesse faite à Abraham, la fin est mentionnée : Genèse 12,1 à 3
le rappel de Jésus de plusieurs hauts faits de Dieu envers les païens avant sa venue : Luc 4,24 à 28
- la mission de Jonas envoyé spécifiquement à Ninive pour prêcher la repentance et détourner le jugement de Dieu annoncé sur la cité : Jonas 1,1-2

Ce qui était présenté comme des exceptions dans l’Ancien Testament va, au travers de Jésus-Christ, devenir la ligne précisément ordonnée par le Seigneur : Mat 28,18 à 20 ; Actes 1,8.

2ème étape : les résultats de l’œuvre de Christ dans la relation juifs et païens devant Dieu : V 13 à 18

Comme le " mais " de Dieu a mis fin à la voie sans issue dans laquelle nous nous trouvions sur le plan spirituel : 2,4, le même " mais " de Dieu en Jésus-Christ met fin à la barrière de séparation insoluble qui séparait juifs et païens. 4 bouleversements spirituels majeures procèdent de la venue du Christ en ce qui concerne le statut des juifs et des non juifs devant Dieu :

1. V 14 : Il a détruit le mur de séparation dû à l’élection qui existait entre nous. En effet, juifs comme païens, nous nous approchons désormais de Dieu par les mêmes moyens : le sang de Christ : v 13, le même Esprit : v 18. Se faisant, Dieu confirme le fait que si nous n’étions pas l’objet de Son élection quant au choix du peuple qu’Il allait utiliser comme le canal de Sa révélation, nous l’étions par le fait d’une décision antérieure beaucoup plus élevée : Ephés 1,3-4.

2. V 15 : Il a aboli le système de la loi et de ses ordonnances sur lequel reposait l’effort de justification des juifs devant Dieu : effort qui était, Paul en témoigne, tout l’objet de la pratique religieuse de Paul avant sa conversion : Phil 3,6.9.

Mise à part la circoncision, la connaissance de la loi était le second sujet de fierté des Juifs, fierté qui était à la base du fort sentiment de supériorité qu’ils affichaient envers les païens : Rom 2,17 à 21. Jésus-Christ, ayant accompli la loi pour nous et étant mort pour le péché, il a effacé l’acte qui nous condamnait tous, aussi bien juifs que non juifs : Col 2,14. Aussi, désormais, ce n’est plus par le chemin de la loi que nous cherchons à nous approcher de Dieu, mais par la voie commune de la foi en la pleine suffisance de l’œuvre de Christ pour nous.

3. V 15 et 16 : Il a créé en Lui par la croix un seul homme nouveau (une seule humanité nouvelle). Par Sa mort sur la croix, Jésus détruit non seulement l’inimitié qui existe entre Dieu et la nature humaine, mais Il met fin aux causes de l’aversion du Juif envers le païen à la haine du païen à l’égard du Juif. Il détruit les sources d’antipathies réciproques existant entre les deux camps pour les rassembler en un seul peuple. Ce n’est que par l’œuvre du Christ que peut s’accomplir la promesse d’unité entre les peuples et de bénédiction universelle faite à Abraham au travers de l’alliance contractée par Dieu avec lui et ses descendants : Genèse 12,1 à 3.

4. V 18 : Il est venu annoncer la paix à ceux qui étaient loin et à ceux qui étaient prêts. S’il peut être porteur d’un message de paix pour tous les peuples, paix avec Dieu et entre eux, c’est parce que Lui-même est la paix : v 14. La paix en Christ est possible parce qu’en Lui seul disparaissent tous les traits d’identité naturels qui sont à la base des murs qui séparent et divisent l’humanité : Colos 3,11 ; Gal 3,28. Egaux devant le péché et la perdition, nous le sommes tous face à la nécessité de la grâce pour notre salut.

3ème étape : le nouveau statut des croyants d'origine païenne : V 19 à 22

Ainsi donc, Christ ayant détruit ce qui séparait juifs et non-juifs devant Dieu, un statut spirituel nouveau est possible pour les païens. Avec les croyants en Christ d’origine juive, ils sont :

. non plus des étrangers, mais des concitoyens des saints, membres à part entière de la maison de Dieu : v 19. Tous, juifs et non-juifs appartiennent en Jésus-Christ à la fois à la même patrie et à la même famille.

. intégrés pleinement dans l’œuvre spirituelle de construction de Son temple dans le monde, œuvre qui repose sur le fondement des apôtres et des prophètes, Christ étant Lui-même la pierre d’angle : v 20 à 22. Chaque chrétien est un enfant de Dieu, une pierre vivante qu’Il intègre dans le grand édifice qui constitue la maison de Dieu dans ce monde : 1 Pierre 2,4-5.

C’est par l’image achevée de cette construction, réunissant parfaitement en elle croyants d’origine juive et non juive que se clôt la Révélation de Dieu, témoignage éloquent de l’aboutissement de Son œuvre et de Son dessein éternel pour l’humanité : Apoc 21,9 à 14.