mardi 27 septembre 2016

2 TIMOTHEE CHAPITRE 4

V 1 à 5 : Proclame la Parole

L’Ecriture étant la Parole même de Dieu, Paul adjure Timothée de faire de sa proclamation la priorité de son ministère. Il le lui demande de la manière la plus grave et la plus solennelle devant Dieu le Père et devant Jésus-Christ. Car, dit-il, l’heure vient où le Fils de l’homme va se lever pour juger les vivants et les morts : Jean 5,27 et établir Son royaume. En ce jour, toute prédication de la Parole sera caduque. Le Fils de l’homme établi en Juge ne sera plus là pour sauver. Le Fils de l’homme contesté viendra pour régner. Seul le temps de la grâce et de la patience de Dieu est le temps de la proclamation, de l’invitation de Dieu à la repentance, à la conversion et à la foi. Aussi, rien n’est plus urgent, prioritaire et centrale au ministère de l’évangéliste que la proclamation de la Parole de Dieu.

Quand cette Parole doit-elle être proclamée ? Faut-il attendre les occasions propices, les portes ouvertes ? Paul y répond ! Si la cigogne a sa saison : Jérémie 8,7, la proclamation de la Parole de Dieu n’en a pas. En tout temps, que les cœurs soient réceptifs ou rebelles, le messager de Dieu est appelé à s’acquitter avec fidélité de ce devoir. Ainsi l’ont vécu et pratiqué les prophètes du passé. « Toutes les fois que je parle, se plaint Jérémie à Dieu, il faut que je crie, que je crie à la violence et à l’oppression ! Et la parole de l’Eternel est pour moi un sujet d’opprobre et de risée : Jérémie 20,8. Pour autant le prophète ne peut pas s’arrêter : « Si je dis : je ne ferai plus mention de lui, je ne parlerai plus en son nom, il y a dans mon cœur comme un feu dévorant qui est renfermé dans mes os. Je m’efforce de le contenir, et je ne le puis : Jérémie 20,9. La Parole doit être proclamée ! L’Eglise doit être édifiée et le monde évangélisé. Il y a là un impératif que le serviteur de Dieu n’a aucun loisir de discuter.

Si, en toute occasion, la Parole doit être proclamée, Paul précise aussi que ce service ne peut se faire n’importe comment. Le serviteur de Dieu doit être pédagogue dans sa façon d’agir. Il n’est pas là pour asséner des vérités, mais pour enseigner, poser des fondements, corriger les fausses manières de penser. Sa prédication a aussi pour but de fortifier, d’encourager, d’édifier le peuple de Dieu dans sa foi. De la même manière que Dieu, le prédicateur est appelé à être patient. Même s’il a dit les choses qu’il devait dire, il ne lui appartient pas de fixer le moment où elles seront vraiment reçues et vécues par ceux à qui elles ont été délivrées. Le trajet le plus long pour la Parole de Dieu n’est pas celui qui va de la bouche du prédicateur à l’oreille de l’auditeur, mais de l’oreille de celui-ci à son cœur. Aussi ne doit-il pas hésiter à dire et redire souvent les mêmes choses. Paul, qui pratiquait cet exercice, le disait salutaire à ceux qui en étaient l’objet : Philippiens 3,1.

S’il y a urgence à proclamer la Parole de Dieu avant que le jugement ne se produise, Paul tient à prévenir ceux qui s’y donnent de la difficulté que rencontrera l’exercice dans les derniers jours. Plus le temps de la fin approchera, moins les hommes seront disposés à entendre les vérités intrinsèques à l’Evangile. Marqués par la mentalité décrite dans le chapitre précédent : 3,1 à 6, les gens ne supporteront plus les mots désagréables de péché, de justice, de repentance ou de jugement qui caractérisent le fond sur lequel s’écrit la bonne nouvelle. Ils préféreront écouter des maîtres qui éviteront de mettre le doigt sur l’état dans lequel les hommes se trouvent devant Dieu pour leur faire en Son nom des promesses de gloire, de succès, de richesses ou d’épanouissement qui n’exigent aucun changement, aucun véritable retour à Dieu.

Si les temps changent, Paul nous rappelle ici que l’Evangile ne le peut. L’Evangile est la révélation de la vérité. Il est la réponse juste et aimante de Dieu à ce qui constitue, quelle que soit l’époque, le véritable problème de l’humanité. Les mots que l’Evangile utilise pour décrire la réalité sont justes. Ils ne peuvent en aucune manière être remplacés. Ces mots peuvent être désagréables à entendre, mais le but de l’Evangile n’est pas de nous rassurer sur notre état, mais de le diagnostiquer avec justesse et précision. Le porteur de l’Evangile n’est pas là pour vendre du rêve, mais pour apporter l’espoir au sein du plus grand désespoir. L’Evangile a un centre, un seul : la mort et la résurrection de Jésus, le Fils de Dieu, pour le péché. Tout ce qui est proclamé hors de ce centre ou sans y être rattaché n’est que supercherie. Il est semblable à une promesse de prospérité qui serait faite à quelqu’un atteint d’un cancer et dont les jours sont comptés.

Il est du devoir de l’évangéliste d’être fidèle au message dont Dieu l’a chargé d’être le porteur. Paul exhorte Timothée à y exceller. Face aux excès en tout genre dont il peut être témoin, Timothée doit veiller à rester sobre, équilibré. Le but du ministère, lui rappelle-t-il, ne doit jamais être d’avoir du succès ou de plaire à son auditoire. Comme il en fut pour le Maître, c’est dans la souffrance que l’évangéliste s’acquitte, la plupart du temps, de son ministère. Pour se faire, sa préoccupation première doit se porter sur Dieu. C’est pour Lui d’abord qu’il fait ce qu’il fait. C’est à cause de Lui qu’il veille à rester fidèle au message reçu. C’est en vue de Son approbation qu’Il se donne et cherche à exceller dans son ministère. Toute autre considération ne peut que l’égarer !

V 6 à 8 : le satisfecit de Paul :

Après avoir pris soin d’exhorter Timothée, l’heure est venue pour Paul de témoigner de lui-même. Avancé en âge, reclus dans une prison en attente de jugement, Paul sait que sa dernière heure est venue. La mort qui l’attend, il le sait, ne sera pas paisible. Paul, pour autant, n’en est pas effrayé. Depuis sa conversion, il s’est préparé à cette éventualité. Aussi considère-t-il le martyr qui l’attend, non comme un échec, mais comme le parachèvement glorieux du sacrifice qu’ont été sa vie et son ministère au service de Christ : cf Philippiens 2,17. Le terme qu’il emploie pour en parler, une libation, a un sens précis. Alors que les sacrifices de culpabilité offerts par les Israélites en étaient dépourvus, les libations accompagnaient les offrandes volontaires ou les sacrifices d’actions de grâces : Nombres 6,17 ; 15,1 à 12. Une libation n’était pas imposée. Elle était un surplus, offert de bon cœur, un don qui avait comme unique motivation la reconnaissance. Tel est l’état d’esprit dans lequel Paul envisage son départ. Le martyr auquel il va être soumis n’est pas la victoire de Satan sur lui. Il est l’occasion qui lui est donnée de manifester une dernière fois tout son amour et sa reconnaissance envers Celui qui a donné Sa vie pour lui. Il est aussi la couronne qui orne la vie livrée qui fut la sienne pour le service de Dieu et la foi des élus. Il est le plus grand honneur qui puisse lui être fait !

Conscient qu’il est parvenu au terme de sa vie et que le martyr l’attend, Paul peut se retourner sur son parcours pour en faire l’évaluation. Jusque-là, jamais l’apôtre ne se l’était permis. Tant qu’il était dans la course, une seule chose, dit-il aux philippiens, comptait pour lui : oublier ce qui est en arrière, tendre vers ce qui est en avant, et courir pour obtenir le prix de l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ : Philippiens 3,13-14. Sur le point de franchir la ligne d’arrivée de sa vie terrestre, Paul peut se permettre de s’adresser un satisfecit pour le parcours qui fut le sien. Comme un soldat de Jésus-Christ, il a mené le bon et beau combat. Tel l’athlète qui a respecté les règles, il a achevé la course sans être disqualifié : cf 1 Corinthiens 9,27. Tel le cultivateur qui travaille en vue de la récolte future, il a gardé la foi : 2 Timothée 2,4 à 6. Désormais, dit-il, la couronne de justice, préparée pour les vainqueurs, lui est réservée.

Sous la plume de Paul, nous le savons, les mots qu’il emploie ne relèvent jamais du hasard. Ils ont tous un sens, celui que l’apôtre veut précisément leur donner. Evoquant la couronne de justice qu’il s’attend à recevoir, l’apôtre dit que c’est de la main du juste Juge qu’elle lui sera donnée. Le juste Juge est Celui qui, assis sur le trône, prononcera le jugement final sur tous et rendra à chacun ce qui lui est réellement dû. Il est, dit Paul aux thessaloniciens, du juste jugement de Dieu de rendre de la détresse à ceux qui ont causé ici-bas de la détresse aux croyants : 2 Thessaloniciens 1,5. Il est aussi de la même justice de Dieu de récompenser les justes et de couronner ceux qui auront vécu dans leurs vies dans l’attente de l’avènement de leur Sauveur.

Si ce n’est pas encore le cas, la pensée de Paul sur la raison qui est la cause de son couronnement futur devrait susciter dans le cœur des croyants un renouvellement d’actions de grâces envers Dieu. Car qu’est-il ce couronnement par le juste Juge des élus qui Lui sont fidèles, si ce n’est l’aboutissement, le fruit ultime de l’œuvre de Sa grâce en leur faveur ? C’est par la grâce que chaque enfant de Dieu est sauvé : Ephésiens 2,8. La grâce est l’expression de la justice de Dieu. En Jésus-Christ, Dieu a montré Sa justice. Il a condamné le péché tout en justifiant le pécheur qui a la foi en Jésus : Romains 3,26. Déclaré juste pour toujours, le croyant peut désormais vivre pour Dieu. Mieux ! Tout ce qu’il va vivre en relation avec son Dieu ne sera pas uniquement pour son bien ici-bas, mais lui sera compté comme justice supplémentaire au jour de Christ. La grâce ayant effacé son péché, désormais seule la justice prévaut dans la relation de l’enfant de Dieu avec son Père. Aussi, chacun de nous, dit Paul, comparaîtra devant le tribunal de Christ pour qu’il reçoive de Sa part la rétribution qu’il mérite selon le bien ou le mal qu’il aura fait dans son corps : 2 Corinthiens 5,10. Ce tribunal ne condamne pas, il est juste là pour rétribuer selon la justice.

Il se peut qu’ici-bas peu de nos efforts soit récompensé ! Il est possible même que notre vie ne porte apparemment pas de fruit. Nous avons vécu pour Christ, témoigné… mais personne ne semble s’être tourné vers Dieu à cause de nous. N’évaluons pas la valeur de notre vie uniquement à la lumière de ce critère. Quoi que notre vie produise, vivons en vue de l’approbation de Dieu et de la gloire future. Lui seul, le juste Juge, est en mesure d’apprécier à sa vraie valeur ce que nous avons vécu pour Lui. Louons-le pour Sa grâce et pour tous les fruits de justice que nous pouvons ici-bas récolter en vue de l’éternité !

V 9 à 15 : nouvelles personnelles

Comme il le fait souvent dans ses lettres, Paul conclut celle-ci en nous donnant des nouvelles personnelles de sa situation et de ses collaborateurs. Nous ne connaissons pas toutes les personnes auxquelles l’apôtre fait allusion ici. Certaines d’entre elles ne sont citées qu’ici (Crescens, Carpus), d’autres le sont aussi ailleurs (Tychique, Marc, Luc, Tite Démas, Alexandre). Parmi elles, trois font l’objet, de la part de Paul, d’un commentaire particulier et instructif :

-          Démas. Son nom est mentionné dans les épîtres de Paul aux Colossiens et à Philémon : Colossiens 4,14 ; Philémon 1,24. Les nouvelles que Paul donne à son sujet ne sont pas positives. Après avoir été son collaborateur un certain temps, Démas a déserté l’équipe de Paul par amour, dit-il, pour le monde présent. Si, comme la plupart des commentateurs, nous admettons que les épîtres qui font mention de Démas ont été rédigées au même endroit (à Rome) et dans un court laps de temps (Paul se dit un vieillard dans l’épître à Philémon : Philémon 1,9), le commentaire de Paul à son sujet indique que le départ de Démas a été inattendu et brutal. Paul n’aurait pas inclus les salutations de ce collaborateur à ses destinataires si celui-ci n’avait pas paru fiable à ses yeux. L’abandon de Démas d’une vie clairement centrée sur Christ nous rappelle qu’il faut parfois beaucoup de temps pour savoir ce qui se trouve dans le fond du cœur d’un homme : cf 1 Timothée 5,24. Compté parmi les douze, Judas était cependant un démon. Les autres apôtres ne le voyaient pas, mais Jésus l’a dit bien avant que les faits ne le prouvent : Jean 6,70. Tôt ou tard, ce qui est caché, tapi au fond d’une vie, les affections comme les idoles secrètes, ne peut le rester. Suivre Jésus implique que ce qui n’est pas à Sa gloire finisse par être dévoilé. Ne nous étonnons pas si certains, après avoir cheminé avec nous, nous quittent. Ne cherchons pas non plus à les retenir à tout prix ! C’est à Dieu qu’ils doivent rendre compte de leurs choix, non à nous-mêmes !

-          Marc. Il nous est bien connu, puisqu’il est l’auteur d’un Evangile. Marc nous est présenté dans l’Ecriture comme l’anti-Démas. Alors qu’il accompagna pour un temps Barnabas et Paul lors de leur premier voyage missionnaire : Actes 12,25, on lit que, rapidement, il les abandonna pour retourner à Jérusalem : Actes 13,13. On peut supposer que la pression fut trop forte pour le jeune homme qu’il était. Aussi, lorsque Paul projeta de partir une seconde fois en mission, s’opposa-t-il fortement à Barnabas qui voulait embarquer de nouveau Marc. Le désaccord fut si vif entre eux à ce sujet que les deux apôtres se séparèrent : Actes 15,36 à 39. L’histoire aurait eu une fin triste si l’on ne trouvait pas le commentaire final de Paul sur Marc dans sa seconde lettre à Timothée. Si, un temps, Marc n’était pas un collaborateur fiable aux yeux de Paul, les choses ont bien changé. Marc a fait ses preuves. Il demande donc à Timothée de le prendre avec lui, car, dit-il, Marc lui est bien utile pour le ministère. Marc a fait le chemin inverse de Démas. Longtemps fiable, celui-ci s’est montré finalement décevant. A l’inverse, peu fiable à ses débuts, Marc a pris de l’épaisseur. Avec le temps, il est devenu un homme mûr.

Les deux récits sont pleins d’instruction pour nous. Pour Démas, il nous rappelle que l’apparence ne suffit pas pour juger de la valeur et de la solidité spirituelle d’une personne. On peut avoir été un compagnon d’un Paul sans pour autant être de sa veine. A contrario, le parcours de Marc nous dit qu’il ne faut jamais porter un jugement définitif sur les défaillances d’un disciple de Christ. Chacun peut grandir. Les échecs ne disqualifient personne pour toujours.

-          Alexandre, le forgeron. On peut supposer qu’il s’agit de la même personne que celle mentionnée dans la première épître de Paul à Timothée : 1 Timothée 1,20. Malgré la discipline dont il a été l’objet, on se rend compte que rien n’a changé. Alexandre n’est pas revenu de ses hérésies. Désormais, dit Paul, son cas n’est plus entre les mains des hommes, mais de Dieu qui, en Son temps, lui rendra selon ses œuvres.

V 16 à 18 : témoignage personnel

Ne sachant pas encore ce qu’il va advenir de lui, Paul tient à finir sa lettre à Timothée par un témoignage rendant gloire à son Seigneur pour Son soutien indéfectible dans la situation dans laquelle il se trouve. Paul l’a dit souvent ! Il n’avait qu’une seule et grande ambition dans sa vie : celle d’être un imitateur de Christ : 1 Corinthiens 11,1. Il s’y est efforcé autant qu’il l’a pu, secouru et assisté par la puissance de Dieu. Mais Paul a vécu dans cette voie de l’imitation de Jésus au-delà de ce qui était en son pouvoir. Dieu Lui-même, à la fin de sa vie, lui a donné de marcher sur Ses traces. Alors qu’il passait au tribunal qui devait décider de sa vie ou de sa mort, Paul n’eut aucun avocat, aucun soutien pour sa défense. Tous, à ce moment-là, l’ont abandonné. Pour autant, l’apôtre n’en veut à personne. Comme Jésus devant ses meurtriers, il demande à Dieu qu’il ne soit tenu compte de cela à quiconque. Si Paul n’a pu compter sur aucun secours humain, le Seigneur ne lui a pas fait défaut. Il a reçu de Lui une force que personne d’autre n’aurait pu lui donner. Jusqu’à la fin, il a pu avec hardiesse rendre témoignage à son Sauveur, confirmant la promesse faite par Jésus dans les Evangiles à ceux qui, parmi Ses disciples, se trouveraient dans sa situation : Marc 13,11. Oui, Paul peut se retourner avec satisfaction sur son parcours. Non seulement, il a mené le bon combat et achevé la course, mais il a pleinement accompli le mandat missionnaire que le Seigneur lui avait confié : Actes 9,15. Par lui, toutes les nations du monde connu de l’époque ont pu avoir accès à la connaissance de l’Evangile.

Pour le reste du chemin qu’il lui reste à parcourir, Paul garde la foi. Quoi qu’il advienne, il a l’intime conviction que le Seigneur le délivrera de toute œuvre mauvaise. Selon Sa promesse, il gardera Son serviteur et le fera entrer dans Son royaume et la gloire célestes pour qu’il goûte la joie du repos et la plénitude de Sa présence. A lui, dit-il, la gloire à tout jamais !

V 19 à 22 : Salutations finales

Paul termine sa lettre par quelques communications variées. Il donne à Timothée des nouvelles de certains bien-aimés que les deux connaissent. Il envoie ses salutations à ceux qui se trouvent auprès de lui et qui lui sont chers : Prisca, Aquilas et la maison d’Onésiphore. Il sollicite la venue de son collaborateur avant la saison froide. Il conclut en lui souhaitant la bénédiction de Dieu ! Ainsi se termine la vie de celui que l’on a appelé « le plus grand parmi les hommes après l’Unique ! »


lundi 19 septembre 2016

2 TIMOTHEE CHAPITRE 3

V  1 à 5 : Des derniers jours difficiles

Si le combat spirituel a été le lot de toutes les générations de croyants, il le sera de manière plus aigüe dans les derniers jours. Des temps difficiles, prévient Paul, attendent ceux qui vivront cette époque. Plus que toutes les autres, la période finale de l’histoire sera celle de l’individualisme et de l’égoïsme. La crainte de Dieu ayant disparu, il n’y aura plus de frein aux prétentions de chacun et à sa revendication à satisfaire toutes ses envies et ses désirs. Le règne de l’égoïsme sera celui de l’insolence et de l’irrespect envers Dieu, mais aussi envers toutes les autorités, parents y compris. Plus rien de ce qui, autrefois, n’était considéré comme sacré ne sera tenu comme tel. Le règne de l’égoïsme sera aussi le règne de la méchanceté et de la cruauté. Il sera le temps où, comme le disait Esaïe, toutes les valeurs seront inversées : le bien sera appelé mal et le mal bien : Esaïe 5,20. Certes, dit Paul, la religion n’aura pas disparu de la terre. L’homme est un animal religieux, disait Mark Twain, le seul à croire à des dieux, selon Socrate. La religiosité existera toujours dans les derniers jours, mais elle n’aura plus rien d’authentique. Elle se contentera d’une façade, d’une forme extérieure de piété, ce que Jésus dénonçait déjà chez les pharisiens comme une comédie et une hypocrisie : Matthieu 23. La recherche qui animera les hommes de ce temps dans leur majorité ne sera pas celle de la piété, mais de l’hédonisme et du matérialisme. Epanouissement personnel et plaisir seront les mots d’ordre qui auront la primauté. Un dieu sera alors vénéré par-dessus tous les autres. C’est celui que Jésus dénonçait déjà en Son temps comme le plus grand rival à Dieu dans le cœur des hommes : Mammon ou l’Argent : Matthieu 6,24.

Au temps où Dieu fit alliance avec Abraham, Il lui donna un aperçu rapide du futur du peuple qui sortirait de ses reins. Le patriarche sut que ses descendants seraient esclaves en Egypte puis, qu’après quatre générations, ils retourneraient à Canaan où Abraham se trouvait alors. La venue d’Israël dans le pays promis ne se produirait pas par hasard. Elle coïnciderait au temps où le péché des Amorites, les occupants du pays, serait à son comble : Genèse 15,16. Le jugement de Dieu n’est pas arbitraire. Il correspond à une réalité spirituelle qui fait qu’il est, pour la sauvegarde de Sa gloire et de l’honneur de Son nom, la seule issue possible. Tant qu’il reste quelque chose de bon dans une coupe à fruits, on peut se permettre d’en garder encore le contenu. Mais quand tout est pourri, il n’y a plus qu’une chose à faire : tout jeter. Jésus nous a prévenus de la mentalité qui prévaudrait dans les derniers jours. La génération dernière sera dans le même état que celles du temps de Noé ou de Loth : Luc 17,26 à 30. Le retour de Jésus ne sera pas fortuit. Selon les paroles même du Maître, il sonnera aussi l’heure du jugement du monde parvenu au comble de ses péchés. C’est vers ce mûrissement que va notre génération qui, de plus en plus, n’a honte de rien et se montre toujours plus agressive et rebelle envers Jésus, la Parole et le peuple de Dieu.

V 6 à 9 : mise en garde contre les ennemis de la vérité

Si les derniers temps seront ceux de l’impiété, ils seront aussi ceux des ennemis de la vérité. Du temps de l’apôtre déjà, de tels hommes pullulaient. Ils allaient de maison en maison et faisaient leur proie de certaines femmes instables qu’ils instruisaient sans que jamais elles parviennent à la vérité du salut. De tels colporteurs existent de nos jours. Prétendant apporter le message de la Bible, ils en nient les vérités centrales, telles la Divinité de Jésus, la réalité salvatrice de Sa mort rédemptrice, la nécessité de la repentance et de la conversion personnelle qui accompagne l’œuvre de régénération par le Saint-Esprit. A leur école, ceux qui se laissent séduire ne cessent d’apprendre, d’étudier (non la Bible, mais leurs livres qui l’interprètent à leur manière) sans jamais arriver à de réelles certitudes. De tels hommes, dit Paul, ennemis de la vérité, ont toujours existé. On en trouve les premiers types chez les magiciens d’Egypte qui prétendaient imiter les miracles de Moïse, opérés par la puissance de Dieu. Vint le temps cependant où ils furent confondus devant tous par l’inanité de leurs miracles.

Si les faux docteurs nous agacent, ne nous inquiétons pas trop à leur sujet. Leur doctrine porte en elle-même son arrêt de mort. Les faux docteurs ne peuvent indéfiniment gagner contre la vérité qui a pour elle la puissance de Dieu : 2 Corinthiens 13,8. Tôt ou tard, leurs mensonges et leurs erreurs se font jour, manifestant leur interprétation erronée de la Parole de Dieu et stoppant définitivement leur progrès.  

V 10 à 17 : quant à toi

Si les faux docteurs ont leurs disciples, Paul se réjouit quant à lui de la manière avec laquelle Timothée, son enfant bien-aimé, l’a suivi. La proximité de Timothée avec Paul ne se situe pas seulement au niveau du savoir que l’apôtre a pu lui transmettre. Paul le souligne : elle s’est aussi incarnée dans un partage de tous les instants de son vécu. Au contact de l’apôtre, Timothée a pu toucher du doigt la réalité de sa vie, de son être. Il a communié à sa souffrance, il a pu voir de quelle manière il réagissait face aux multiples difficultés auxquelles il a dû faire face. Il a constaté de visu que l’enseignement de Paul sur la vie en Christ n’était pas une belle théorie, mais quelque chose de réel en lui. Les vertus que Paul appelait les chrétiens à développer, telles l’amour, la foi, la patience ou la persévérance, n’étaient pas de simples sujets de prédications. Elles étaient visibles dans sa vie, particulièrement dans les moments d’adversité.

La façon dont Paul s’y est pris pour former Timothée témoigne de sa conception du discipulat. Paul n’a rien fait ici de nouveau. Il n’a fait qu’imiter la façon d’agir du Maître qui, pour équiper les apôtres en vue de leur ministère, les a pris avec Lui : Marc 3,14. Il arrive trop souvent, en notre temps, que la formation de disciple se limite à une transmission d’un savoir théologique ou académique. Or, le disciple n’est pas qu’un étudiant, c’est un apprenti. Il a autant besoin de savoir, que de voir ou de voir faire. Le prix à payer le plus élevé dans le processus de formation d’un disciple ne revient pas à l’élève, mais au formateur. Le modèle que Paul nous présente nous rappelle aussi qu’un disciple de Christ ne peut se contenter de suivre Christ seul. Il a besoin aussi de « maîtres » humains, d’hommes qui incarnent la vie de disciple pour devenir à son tour, au travers de leur exemple, un imitateur de Christ : 1 Corinthiens 11,1.

Parmi tous les éléments qui ont composé sa vie de disciple de Christ, Paul met une nouvelle fois l’accent sur la place majeure qu’a eue la souffrance. En suivant Paul, Timothée a pu apprendre énormément de choses à ses côtés. Mais s’il y en a une qui domine les autres, c’est la part qu’occupe la souffrance dans la vie et le parcours d’un homme de Dieu. Il n’est d’ailleurs nul besoin pour Paul de convaincre Timothée à ce sujet. Parce qu’il était avec lui au moment où il fut persécuté à Antioche, Iconium et Lystres, Timothée ne peut que souscrire aux propos de Paul. L’apôtre insiste cependant, comme il l’a déjà fait, pour que le principe de la souffrance due à la persécution soit pleinement intégré dans la vie de tout chrétien. Qui suit Jésus le Crucifié ne doit pas s’attendre à mieux que ce que le Maître a subi et enduré dans ce monde. A ce principe, Paul tient pour notre bien et notre instruction à ajouter deux précisions. La première est un témoignage personnel. Certes, Paul est passé dans sa vie itinérante d’apôtre du Christ par quantité de tribulations. Mais, affirme-t-il, le Seigneur l’a délivré de tout. Dans la persécution dont le serviteur de Dieu est l’objet, le dernier mot ne revient pas à ses adversaires. Il est à Dieu qui, seul, décide de ses limites et de son issue. Le serviteur de Dieu n’est jamais soumis à la volonté de ses ennemis, mais de Dieu uniquement. La seconde est que, dans le monde déchu duquel nous faisons partie, nous ne devons pas nous attendre à ce que le mal s’atténue. Au contraire, dit Paul ! Les mauvais et les imposteurs progresseront toujours plus dans le mal, égarant les autres et s’égarant eux-mêmes : v 13.

Outre le fait d’avoir suivi de près Paul, Timothée peut compter sur deux autres atouts pour sa marche avec Dieu et son ministère. Le premier est l’héritage spirituel qu’il a reçu depuis sa plus tendre enfance. Paul en a déjà fait référence dans sa lettre. Timothée n’est pas le premier de sa famille en qui habite la foi. Celle-ci était déjà vivante et présente dans la vie de sa grand-mère Loïs et en celle de sa mère Eunice : 2 Timothée 1,5. Le bagage que Timothée a reçu par elles ne doit pas être perdu. Il constitue le fondement sur lequel il doit continuer à construire. Le second, le plus important, est la connaissance des Ecritures. Il représente le contenu du bagage reçu par Timothée depuis sa jeunesse et l’arme, la ressource majeure donnée par Dieu en vue de son équipement pour le ministère. Tout ce que fait le serviteur de Dieu n’est pas automatiquement inspiré. Il peut savoir cependant qu’il y a une chose qui l’est et sur laquelle il peut s’appuyer sans se tromper : l’Ecriture. Elle seule est la Parole de Dieu, soufflée par Lui : 2 Pierre 1,20-21. De la même manière que Jésus l’utilisa avec efficacité dans Son combat contre le diable dans le désert : Luc 4,1 à 12, le serviteur de Dieu est appelé à se former toujours plus dans l’art de manier cette épée à toutes sortes de fins. Qui y excelle sera toujours à la hauteur des défis qu’il est appelé à relever. Béni soit Dieu pour Sa Parole inspirée !

samedi 10 septembre 2016

2 TIMOTHEE CHAPITRE 2

V 1 et 2 : multiplication

Nous avons vu au premier chapitre que Paul situe sa propre adhésion à la foi et celle de Timothée dans le cadre d’une lignée de croyants fidèles qui ont été des modèles pour eux : 2 Timothée 1,3 à 5. Le cœur de la mission de Timothée ne diffère pas de ce que Dieu a utilisé pour faire de lui son serviteur. Sollicité par de multiples tâches et besoins, le serviteur de Dieu s’interroge : qu’est-ce qui est prioritaire, quel est le but même du ministère ? Paul y répond ici : la multiplication. Le serviteur de Dieu est certes appelé à enseigner et à être un modèle. Mais sa mission première est d’être une courroie de transmission de ce qu’il a reçu. A cet effet, il doit discerner dans le corps des croyants dont il s’occupe quels sont les hommes fidèles en qui il va investir pour qu’ils soient à leur tour des courroies de transmission du message pour d’autres. La mission de tout serviteur de Dieu rejoint dans son essence l’ordre missionnaire donné par Jésus aux apôtres avant Son départ vers le ciel : faire des disciples. Faire des disciples, précise Jésus, c’est enseigner ceux qui viennent à la foi à observer ce qu’Il a dit : Matthieu 28,19-20.  Qui est disciple ne peut aspirer et travailler qu’à une chose : multiplier. La multiplication se trouve ainsi, selon Jésus et Paul, au cœur de la pérennité de l’Eglise. Une Eglise peut naître et même grandir rapidement. Mais, s’il ne se trouve pas au milieu d’elle des hommes fidèles, prêts à se laisser former et enseigner pour multiplier, c’est sa survie même qui, à terme, est compromise.

Qui sont les hommes-clé assurant la continuité de l’Eglise de Jésus-Christ ? Les premiers sont les serviteurs de Dieu, à condition qu’ils se donnent à la tâche centrale que le Maître leur a assignée. Les seconds sont les hommes (ou femmes) fidèles, capables de s’engager dans le même processus que celui dont ils ont bénéficié. Que Dieu nous donne d’être soit l’un, soit l’autre !

V  3 à 7 : soldat, athlète, cultivateur

Conscient de la lutte dans laquelle est engagé pour l’Evangile le serviteur de Dieu, Paul utilise trois métaphores destinées à illustrer sa condition dans le monde :

1.        Celle du soldat.

L’image suggère trois réalités. La première est celle d’un contexte de guerre. Le Seigneur l’a laissé clairement entendre à Ses disciples. « Il n’est pas venu, dit-il, apporter la paix, mais l’épée : Matthieu 10,34. » Les disciples de Jésus ne doivent pas s’attendre à ce que leur adhésion à Sa seigneurie se passe tranquillement. Elle provoquera inévitablement, dans le cercle de ses proches, du remous, de la division, à tel point, dit-Il, que l’homme aura pour ennemis les gens de sa propre maison : Matthieu 10,35-36. Pour autant, Paul le rappelle : notre vrai combat n’est pas contre la chair et le sang, mais contre les dominations et les puissances des ténèbres qui gardent captives les âmes de ceux qui ne sont pas à Christ : Ephésiens 6,12. En guerre, le soldat de Jésus-Christ ne vit pas comme les autres. Comme les militaires d’aujourd’hui habillés en treillis et armés de mitraillettes, il doit veiller à être équipé de tout l’équipement et de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister au mauvais jour et tenir bon après avoir tout surmonté : Ephésiens 6,13.

La seconde est celle de la souffrance.  Il n’existe aucun champ de bataille dans le monde sur lequel celle-ci n’existe pas. La souffrance du soldat n’est pas seulement liée aux éventuelles blessures physiques dont il peut être atteint. Elle peut aussi d’ordre psychologique face à la dureté du combat et de la confrontation avec l’ennemi. Il n’y a nulle guerre qui n’engendre chez ceux qui sont les plus exposés des traumatismes. Il n’est pas étrange que les disciples de Christ les plus engagés soient aussi ceux qui souffrent le plus de toutes les manières. La vie de Paul en est l’exemple le plus manifeste : 2 Corinthiens 11,23 à 29.

La troisième, soulignée ici particulièrement par Paul, est la disponibilité. Tout soldat qui veut plaire à celui qui l’a enrôlé ne peut se permettre de s’embarrasser des affaires de la vie, dit l’apôtre. La condition du disciple de Jésus dans ce monde n’est pas celle d’une promenade de santé. Il n’est pas ici-bas pour s’établir, mais pour combattre. Le repos, la récompense viendront pour lui après le combat, lorsque tous les ennemis de son Seigneur seront devenus Son marchepied : Hébreux 10,13. Le dernier ennemi qui sera vaincu, dit Paul, est la mort : 1 Corinthiens 15,26.

2.       Celle de l’athlète

L’image suggère également trois vérités. La première est que le disciple de Christ est engagé dans une course qui ne s’achève qu’au moment où il quitte ce monde : 2 Timothée 4,7. L’idée principale qu’évoque ici l’image que Paul utilise est que la vie chrétienne ne doit pas être envisagée comme un 100 mètres qui nécessite un effort intense d’une durée limitée. Elle est plutôt comparable à un marathon qui exige endurance et persévérance. Comme il en est pour la vigilance du soldat, il n’y a aucun moment au cours duquel le coureur de fond peut faire preuve de relâchement. Tout son être est tendu et investi dans l’effort qu’il fournit pour atteindre le but : Philippiens 3,12 à 14.

La seconde est que la motivation qui porte le coureur qu’est le disciple de Christ est le couronnement qui conclura son effort. Paul l’affirme nettement dans ses écrits : en ce qui concerne le but pour lequel il court, il n’y a aucune fausse modestie à avoir. Tels les athlètes de ce monde, le chrétien ne doit pas viser moins, au bout de sa course, que la couronne. Les sportifs des Jeux Olympiques le font pour une couronne corruptible. Nous, dit Paul, nous le faisons en vue d’une couronne incorruptible : 1 Corinthiens 9,25. Trouvons-nous la course dans laquelle nous sommes engagés trop dure, trop exigeante ? Fixons les regards sur la gloire qui nous attend et la récompense qui nous est réservée ! Seule cette vue justifie les efforts, les renoncements et les abstinences qu’il nous en coûte aujourd’hui ! La vie chrétienne est exigeante, pleine d’afflictions. Mais, nous assure Paul, au regard du poids de gloire qu’elles produiront pour nous en éternité, elles pèsent finalement très peu et valent la peine : 2 Corinthiens 4,17.

La dernière réalité suggérée est que, pour recevoir sa récompense, le coureur doit respecter les règles de la course. Les derniers Jeux Olympiques l’ont prouvé. Il ne suffit pas d’être l’un des premiers à franchir la ligne d’arrivée pour être médaillé. Encore faut-il ne pas tricher. Dans la course qu’il poursuit, le disciple de Jésus ne peut pas faire ce qu’Il veut. Il a à se conformer à des règles précises fixées par le Maître. S’il ne les suit pas, il a beau courir : il le fait pour rien. Le résultat ne sera pas la récompense, mais la disqualification : 1 Corinthiens 9,27. Quelles sont les règles de la course ? C’est la Parole de Dieu qui les dicte ! La règle principale est que tout disciple de Christ doit renoncer à vivre dans le péché. Rien, en effet, ne nous fait autant passer à côté du but que la désobéissance à Dieu. La seconde est que la confession du péché et la repentance, qui nécessite l’abandon du péché, doivent être la règle immédiatement suivie lorsque les pieds du disciple dévient de la voie droite. Qui suit chaque jour ces deux règles simples se gardera de bien des déboires.

3.       Celle du cultivateur

L’image évoque également trois réalités. La première est que la vie chrétienne n’est pas de tout repos. Elle est un travail de l’âme, tout d’abord, qui nécessite effort et courage. Certes, il faut le dire et le redire : nul chrétien ne le devient par ses œuvres. C’est par la grâce de Dieu seule que nous sommes sauvés, par le moyen de la foi : Ephésiens 2,8. Mais la grâce que nous avons reçue ne nous laisse en aucun cas passif pour le développement futur de notre vie chrétienne. Ayant part, par la puissance de Dieu, à la nature divine, Pierre encourage ses lecteurs à produire tous les efforts possibles pour joindre à leur foi la force morale, à la force morale la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la persévérance, à la persévérance la piété, à la piété l’affection fraternelle, à l’affection fraternelle l’amour. En effet, ajoute-t-il, si ces qualités sont en vous et y foisonnent, elles ne vous laisseront pas sans activité et sans fruit (comme il en est pour le cultivateur) pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ : cf 2 Pierre 1,3 à 8. Outre la vie reçue par grâce, les Evangiles et les épîtres nous rappellent que chacun de nous est le bénéficiaire de multiples dons et talents. Le Seigneur a prévenu sévèrement Ses disciples du fait qu’il n’y a aucune place dans le royaume de Dieu pour les paresseux : Matthieu 25,26 à 30. Le serviteur qui n’exploite pas le talent que le Maître lui a confié est inutile. Pire ! Il prouve par là qu’il n’a aucune conscience de la grâce qu’il a reçue. Il ne se comporte pas autrement que les incrédules et partagera donc leur sort.

La seconde est que le travail de la vie chrétienne est un travail porté uniquement par la foi. Tout cultivateur le sait : la raison pour laquelle il se lève le matin et besogne toute la journée ne se verra pas le soir. Des semaines entières passeront sans qu’il ne voie rien du fruit du labeur qu’il aura effectué. La véritable récompense du cultivateur lui est donnée au jour de la moisson. C’est parce qu’il croit en elle, sans la voir encore, qu’il se donne tant de peine. Ils sont légion les serviteurs de Dieu qui, à un moment ou un autre de l’histoire, ont peiné sans rien avoir vu du fruit de leurs efforts. Comme les héros de la foi du temps passé, ils n’ont pas obtenu dans cette vie ce qui leur avait été promis : Hébreux 11,39. Pour autant, leur attente et leur espérance n’ont pas été vaines. L’auteur biblique dit à leur sujet qu’une résurrection supérieure les attend : Hébreux 11,35. Quelle que soit la dureté du terrain sur lequel il œuvre, le disciple de Jésus doit apprendre à vivre et marcher par la foi. La foi dépasse la vue. La vue s’arrête à ce qu’elle perçoit dans le présent. La foi est la certitude profonde des choses qu’on espère : Hébreux 11,1. Elle est la marque commune de tous les vrais croyants.

La troisième réalité est que c’est celui qui aura travaillé le plus qui méritera de se réjouir en premier au temps de la récolte. Tel est le décret de la justice de Dieu envers Ses serviteurs. A celui qui a, dit Jésus, on donnera et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a : Matthieu 25,29. Puisqu’il en est ainsi, dit ailleurs l’apôtre à ses frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, progressez toujours dans l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail, dans le Seigneur, n’est pas inutile : 1 Corinthiens 15,58.

Alors qu’il est sur le point de quitter la terre, Paul, au regard de son parcours, fait preuve (et c’est la première et dernière fois) d’autosatisfaction à son sujet. J’ai mené le beau combat du soldat, dit-il. Tel l’athlète, j’ai achevé la course. Pareil au cultivateur, j’ai gardé la foi. Désormais, la couronne de justice m’est réservée : 2 Timothée 4,7-8. Qu’au jour de notre grand départ, son assurance soit aussi la nôtre !

V 6 à 10 : j’endure tout pour l’Evangile et à cause des élus

Si la souffrance est le lot courant de la vie du disciple, elle n’a de sens qu’en raison de ce qui en fait l’objet. Le chrétien ne souffre pas par plaisir ou parce que la souffrance aurait en elle-même une vertu sanctifiante. Paul précise ici les deux raisons qui le motivent à prendre part à la souffrance inévitable qu’engendre l’annonce de l’Evangile. En tant que disciple de Jésus et serviteur de Dieu, il vaut la peine de souffrir :

1.       A cause de Jésus, le Ressuscité d’entre les morts

Nous ne servons pas, en tant que chrétiens, un Seigneur martyr ou vaincu, mais un Seigneur victorieux, vainqueur de tous Ses ennemis. Il se peut, certes, qu’à cause de l’hostilité du monde, nous devions endurer beaucoup de choses, supporter de nombreuses souffrances. Mais une certitude remplit notre cœur : la cause que nous servons, à cause de Celui qui en est le centre, est gagnante. L’homme Jésus, le Fils de David, s’est relevé d’entre les morts. Il a été élevé à la droite du Père et partage avec Lui la royauté sur le monde. Aucune des souffrances que le peuple de Dieu connaît n’est vaine. Au contraire ! Elles témoignent mieux que des mots la certitude de la foi profonde qui l’habite. Face à la menace et aux tribulations auxquelles nous devons faire face, Paul a raison de nous rappeler qu’il nous faut surtout nous souvenir d’une chose : Jésus-Christ est ressuscité !

2.       A cause des élus

Si Jésus est mort et ressuscité, c’est pour une seule raison. Il s’est donné Lui-même pour nous, dit Paul à Tite, afin de nous racheter de tout mal et de purifier un peuple qui soit Son bien propre et qui se passionne pour les bonnes œuvres : Tite 2,14. Si la mort de Jésus est pour tous, elle l’est d’abord pour Ses brebis : Jean 10,15. Parce que Paul sait que Dieu s’est choisi et réservé de toute éternité un peuple : Ephésiens 1,4, il estime qu’il lui vaut la peine de souffrir et de tout endurer pour l’Evangile. Ses souffrances ne sont pas vaines. Elles sont le prix qu’il doit payer pour que les élus entendent le message dont il est le porteur et accèdent au salut qui est en Jésus-Christ. Paul nous invite ici à bien peser la valeur des choses. A cause de Jésus, notre vie dans ce monde peut être difficile. Mais les souffrances du moment valent la peine, car elles ouvrent à beaucoup les portes du royaume de Dieu et de la gloire éternelle.

Soyons prêts à cause de Jésus ressuscité et de la gloire éternelle des élus à tout endurer ici-bas pour l’Evangile !

V 11 à 13 : nous et Lui

Jésus-Christ, qui est le centre de l’Evangile, est aussi, rappelle Paul, le pivot autour duquel gravite le devenir de toute existence. Toutes les religions qui existent dans le monde ont un point commun. Elles peuvent toutes se passer de leur fondateur. Il suffit pour leurs adeptes de se conformer aux rites et aux règles qu’elles exigent pour être un bon pratiquant. Le christianisme est tout autre. Il se construit d’abord, non autour de choses à faire ou d’ordonnances à suivre, mais au travers d’une relation avec une personne : Jésus-Christ. Quatre réalités sont ici envisagées par l’apôtre dans le cadre de cette relation :

-          Le premier repose sur l’identification du disciple avec le Maître. Etre chrétien n’est pas seulement croire en Christ, c’est être un avec Lui. C’est être uni à Lui et partager Son histoire dans tout ce qu’elle a comporté de tragique et de glorieux. Si nous sommes morts avec Lui, dit Paul, nous vivrons avec Lui.

-           Le second repose sur le partage du principe selon lequel Il a vécu ici-bas et de la récompense qui en découla pour Lui. Toute la vie de Jésus fut une vie de persévérance dans la foi motivée par la joie et la gloire qui Lui sera réservée : Hébreux 12,1-2. Si, ici-bas, le disciple de Jésus marche selon le même principe, s’il persévère avec Lui envers et contre tout, Il règnera aussi avec Lui.

-          Le troisième traite la question de l’exclusion. Une relation entre deux personnes ne tient qu’à une condition : que chacune reconnaisse la valeur de l’autre et aspire à la communion avec lui. Paul l’affirme ici : il n’y a aucun avenir éternel à attendre avec Jésus-Christ pour ceux qui, ici-bas, Le renient. Il fait écho aux paroles prononcées par Jésus Lui-même du temps de Son humanité : quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux ; mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai aussi devant mon Père qui est dans les cieux : Matthieu 10,32-33.

-          Le dernier repose sur le principe de la grâce. Si de la part de Jésus-Christ nous pouvons attendre une parfaite fidélité, Il sait, dès le départ de Sa relation avec nous, que tel n’est pas le cas pour nous. Combien de fois, malgré notre désir de suivre Christ, faisons-nous preuve de faiblesse, d’incrédulité ! Si, malgré tout, nous espérons vivement être avec Lui, c’est parce que nous savons que, si nous manquons de foi, Lui demeure digne de confiance. Car, il y a une chose qui Lui est impossible : c’est de se renier dans Son engagement envers nous ! 

Le cadre de chaque vie est ici posé. Cette parole est certaine, dit Paul ! Que chacun se situe et travaille à ce qu’il puisse vivre le meilleur en communion avec Lui !

V 14 à  18 : il y a parole et parole

Parce que l’Evangile est porteur d’une promesse de vie : 2 Timothée 1,1, tout l’enseignement qui découle de lui touche à la vie. C’est, dit Paul, ce que Timothée doit rappeler aux chrétiens à qui il dispense la parole. Le plus grand danger qui guette ceux qui veulent enseigner n’est pas le savoir, mais la connaissance stérile. La théologie n’est certainement pas chose mauvaise. Mais elle peut le devenir si, au lieu d’édifier et de construire le chrétien dans sa foi, elle se limite à des joutes verbales et à des querelles de mots à propos de concepts qui ne servent qu’à des débats d’ordre intellectuel ou philosophique. Tel était, au Moyen-Age, la passion des scolastiques qui, par plaisir d’étudier, cherchaient à concilier l’apport de la philosophie grecque avec la théologie chrétienne. De leurs supputations, il fut déduit que l’Ecriture avait quatre sens et qu’une interprétation plurielle des textes devait être préconisée.

Le serviteur de Dieu doit se garder comme de la peste de tels travers. Le principe qui doit le guider et l’animer dans son service est que la Parole de Dieu n’est pas sujet à débat, mais qu’elle est la vérité inspirée de Dieu et donnée pour enseigner, redresser, réfuter et éduquer dans la justice l’homme de Dieu pour le rendre apte à son service et équipé pour toute œuvre bonne : cf 2 Timothée 3,16. C’est dans ce ministère que le serviteur de Dieu doit faire ses preuves. Le but de l’enseignant n’est pas de dire ce que la Parole de Dieu pourrait bien vouloir dire et d’en faire ainsi une lecture subjective, mais d’affirmer ce qu’elle dit pour l’appliquer ensuite à la vie. Toute autre utilisation de l’Ecriture est contraire à l’usage pour laquelle Dieu l’a donnée à Son peuple.

Du temps de Paul déjà, il se trouvait que certains soi-disant disciples de Jésus utilisaient à mauvais escient les vérités fondamentales de l’Evangile. L’apôtre en cite deux qui allaient jusqu’à dire, avec force d’arguments et contrairement aux faits, que la résurrection avait déjà eu lieu. Par eux, la foi simple de certains croyants peu affermis avait été renversée. Face à eux, Paul exhorte Timothée, comme Jésus l’a fait avec le diable, à ne pas discuter mais à instruire et enseigner le peuple dans la vérité. De tout temps, en effet, la proclamation de celle-ci a été la meilleure arme contre l’erreur et le mensonge. Regardons de plus à la vie et aux fruits que portent ces discoureurs ! C’est ici que se juge le test de la vérité : cf Matthieu 7,15 à 20. Le fruit que porte un arbre témoigne de sa nature. Qui vit de l’Evangile ne pourra que progresser vers une vie toujours plus à la ressemblance de Celui qui en est le centre : Jésus-Christ. Qui tient des discours dans lesquels l’Evangile est un prétexte pour le service de ses propres fins ne manifestera qu’une impiété de plus en plus grande : cf 2 Pierre 2.  Que l’œuvre de Dieu dans nos vies soit la première preuve de la vérité de ce que nous enseignons !

V 19 à 21 : les fondations de l’œuvre de Dieu

A la lecture de ce que Paul vient d’écrire, qui ne serait pas inquiet quant à la pérennité de l’Eglise ? L’homme étant ce qu’il est, et le diable ayant tant de possibilités à sa portée pour créer scissions et divisions, on peut légitimement s’interroger sur les chances de survie de l’Eglise. Paul tient ici à nous rassurer et à dire pourquoi, malgré tous les vents contraires, il croit à la réussite de ce projet.

La première chose que Paul dit est que les fondations sur lesquelles repose l’Eglise ne sont pas fragiles, mais solides. Ces fondations reposent sur Dieu Lui-même. L’Eglise n’est pas une œuvre humaine, mais divine. Et ce que Dieu commence, Il l’achève : Philippiens 1,6. L’Eglise peut être malmenée, attaquée, humainement en danger de disparaître, mais, sur le plan spirituel, ceux qui en font partie sont en pleine sécurité. Sur le cachet qui scelle la garantie de la pérennité de l’Eglise figurent deux affirmations qui en expriment les raisons :

1ère affirmation : Le Seigneur connaît ceux qui Lui appartiennent

Dieu a une relation personnelle avec chacun de Ses enfants. Jésus l’a dit avec d’autres mots : C’est Moi, dit-il, qui suis le bon berger. Je connais mes brebis et elles Me connaissent, comme le Père me connaît et comme Moi je connais le Père : Jean 10,14. Jésus place ainsi le degré d’intimité que le berger a avec Ses brebis au même niveau que celui que le Fils a avec le Père. C’est pourquoi aussi, dans le même chapitre, Jésus peut dire : Je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous ; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père.  Moi et le Père nous sommes un : Jean 10,28 à 30.

2ème affirmation : Que quiconque prononce le nom du Seigneur s’éloigne de l’injustice

Si le Seigneur connaît ceux qui Lui appartiennent, ceux qui se prétendent Ses enfants doivent en fournir les preuves dans leurs vies. Jésus l’a aussi dit autrement : Ce n’est pas tous ceux qui me disent : « Seigneur ! Seigneur ! qui entreront dans le royaume de Dieu, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux : Matthieu 7,21. Il a pu également dire de Judas qu’il n’était pas un vrai disciple, mais un démon : Jean 6,70. Si nous n’avons pas à juger ultimement de la réalité de l’appartenance d’une personne à Christ, cette parole nous donne le droit de nous poser la question de la réalité de la foi de celui qui ne vit pas selon Christ et Ses commandements. Qui ne donne pas la preuve qu’il s’éloigne du péché témoigne qu’il l’aime encore et y est attaché.

Paul conclut sa description de la vision de l’Eglise par une métaphore qui prend en compte les paramètres de la réalité qu’on y trouve. L’Eglise, dit-il, est comme une grande maison. Dans cet espace considérable, de multiples objets de toute nature y logent. Certains, on le voit immédiatement, sont faits de métal précieux, d’autres sont plus communs. Certains sont destinés à un usage noble, d’autres sont d’un usage vil. Le but auquel chacun devrait tendre est d’être un ustensile qui soit utile au maître de la maison et qui l’honore par ce qu’il peut en faire. Pour cela, dit Paul, une œuvre obligatoire de séparation est nécessaire. Qui vise à être utile au Maître doit faire des choix. S’il se doit d’aimer chacun, le chrétien qui se veut consacré à Dieu ne peut être bien avec chacun. Il y a des personnes desquelles, pour son bien et en vue du but qu’il s’est fixé, il doit impérativement se distancer. La sainteté, la pureté, l’attachement à la vérité ne sont pas des principes négociables. La communion du chrétien consacré n’est possible qu’avec ceux qui visent au même but et vivent dans le même esprit que lui.

V 22 à 28 : le modèle que doit être le serviteur de Dieu

En vue de ce but qu’il vient de définir, être une vase d’honneur utile au Maître, Paul fait à Timothée, serviteur de Dieu, une double recommandation pratique :

-          Timothée doit fuir les désirs de jeunesse et poursuivre avec ceux qui ont un cœur pur les vertus de la justice, de la foi, de l’amour et de la paix. Ce double mouvement est inséparable de la course chrétienne. On ne peut aller de l’avant vers le but de sa vocation qu’en tournant radicalement le dos à ce qui lui est contraire. Il y a des moments dans la vie chrétienne où le fait de fuir n’est pas preuve de lâcheté, mais de courage. Tel est celui dont a fait preuve, par exemple, Joseph dans la maison de Potiphar au moment où il fut tenté par son épouse qui lui proposait de coucher avec elle : Genèse 39,11-12. Le temps de la jeunesse est, selon la Bible, un temps souvent propice à la poursuite de choses vaines : Ecclésiaste 11,9-10. Le jeune serviteur de Dieu consacré se distinguera de ceux de son âge qui ne le sont pas de deux manières : d’une part, par la compagnie qu’il recherchera, celle des hommes qui font preuve de pureté et de sainteté dans leurs vies ; d’autre part, par la passion qu’il démontrera pour l’acquisition dans sa vie des plus hautes valeurs de la vie en Christ.


-          Timothée doit se garder de toute dispute au sujet de débats extravagants et ineptes. Le serviteur de Dieu doit veiller à ce que la Parole de Dieu ne devienne dans sa bouche un sujet de querelle avec d’autres. Plutôt que de s’embarquer dans des discussions interminables, il travaillera à ce que son enseignement soit solidement étayé. Dans les controverses inévitables dans lesquelles il pourrait être mêlé, il fera en sorte de veiller à corriger avec douceur les contradicteurs. Le serviteur de Dieu doit savoir qu’il n’est jamais en son pouvoir de faire changer d’avis à quelqu’un sur ses opinions. Dieu seul le peut, Lui qui, à Son heure, produit la repentance dans les cœurs. Paul le rappelle ici : le combat contre la fausse doctrine n’est pas un combat humain. C’est un combat spirituel. Ceux qui tordent l’Evangile de Christ ne sont pas seulement des gens de mauvaise foi. Ce sont aussi des victimes du diable qui les a trompés par ses mensonges. Plus que par des paroles, c’est par la prière que ce combat doit être mené.

mardi 16 août 2016

2 TIMOTHEE CHAPITRE 1

INTRODUCTION

De toutes les lettres qu’il a écrites, la seconde à Timothée est sans nul doute la dernière. Paul sait que sa dernière heure est venue. Il ne compte plus le temps qui est devant lui en années, mais se prépare à un départ imminent dans la gloire : 2 Timothée 4,6. Prisonnier à Rome, dans l’attente de la décision de l’empereur Néron à son sujet, l’apôtre fait part à Timothée, son enfant bien-aimé, des sentiments mitigés qui l’animent. D’une part, pour diverses raisons, il est seul : 2 Timothée 4,9 à 11 ; d’autre part, il peut regarder le passé avec satisfaction et envisager l’avenir avec sérénité : 2 Timothée 4,7-8. Dans ce temps particulier d’adversité par lequel passe la communauté chrétienne, l’apôtre a le souci que son jeune frère qu’il affectionne tant ne faiblisse pas, mais qu’il se comporte comme un véritable soldat de Jésus-Christ : 2 Timothée 2,3. La persécution, souligne-t-il, fait partie de l’ordinaire du disciple du Crucifié : 2 Timothée 3,12. Au-delà de sa situation personnelle et de celle de Timothée, Paul continue à se soucier des Eglises. Il sait que, pour elles, le vrai danger n’est pas l’opposition dont font preuve les incroyants à son égard, mais l’erreur et la fausse doctrine qui renversent la foi de certains : 2 Timothée 2,18. Comme lors de sa première lettre, il appelle Timothée à être un gardien de la foi et du bel enseignement qu’il a reçu. L’Ecriture seule doit être le fondement de la foi et l’arme du serviteur de Dieu : 2 Timothée 3,14 à 16. La seconde lettre de Paul à Timothée est son testament spirituel. Lisons-la comme telle et retenons pour nous, qui sommes dans les derniers jours, les leçons fondamentales qu’on y trouve.

CHAPITRE 1

V 1 et 2 : Salutations

C’est, comme dans sa première lettre, sous le glorieux titre d’apôtre de Jésus-Christ que Paul s’identifie pour s’adresser à Timothée. De manière évidente, Paul ne cherche nullement, comme le font certains en notre temps, à se prévaloir d’une autorité spirituelle qui obligerait Timothée à l’écouter. La relation qui existe entre les deux hommes est si ancienne et si étroite qu’elle n’a nul besoin de tels sophismes. L’objectif de Paul est plutôt de situer le cadre dans lequel sa lettre, mais aussi tous ses actes, s’inscrit. Pour moi, avait-il écrit aux Philippiens, la vie, c’est le Christ : Philippiens 1,21. Paul n’a pas d’autre raison d’être ! C’est pourquoi, sur la carte de visite de l’apôtre, ne figure que ce seul titre. Partout où il est, dans tout ce qu’il fait, il n’a qu’une seule fierté, qu’une seule joie : être par la volonté de Dieu, l’ambassadeur, le témoin, le missionnaire de Jésus-Christ.
La mission d’apôtre de Paul trouve son sens dans le dessein de Dieu. C’est ce qu’il rappelle ici. Ce dessein est le sujet, le thème même de l’Evangile dont l’apôtre est le porteur. Par Jésus-Christ, une promesse de vie éternelle est faite par Dieu à tous ceux qui croient. La bonne nouvelle pour laquelle il a été institué héraut et apôtre, dit Paul, est celle qui met en lumière la vie impérissable. Elle est la bonne nouvelle de la victoire de Dieu par Jésus-Christ sur la mort et tout ce qui en est la cause : 2 Timothée 1,10-11. Qui ne serait fier d’être le porteur d’un tel message !

Paul conclut sa salutation en souhaitant à son enfant bien-aimé le triptyque des bénédictions les plus grandes qu’apporte l’Evangile à son bénéficiaire : la grâce, la compassion et la paix de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ, notre Seigneur. Qu’elles soient aussi celles que nous invoquons sur tous nos bien-aimés dans la foi !

V 3 à 5 : Reconnaissance envers Dieu

C’est le cœur plein de gratitude envers Dieu que Paul entame sa lettre à Timothée. Si l’apôtre ne sait ce qu’il va devenir dans les jours prochains, cette perspective ne pèse aucunement sur son état moral. Au point où il est arrivé dans sa vie, il ne peut que se réjouir de la réalité de la relation qu’il a avec Dieu. Si l’horizon temporel de l’apôtre est bouché, sa vue sur le ciel est dégagée. Il n’y a pas d’ombre entre lui et son Dieu. La conscience de Paul le lui atteste. Au regard de sa situation, la satisfaction de Paul ne se limite pas à lui-même. S’il doit terminer sa vie prochainement, Paul est heureux d’inscrire son parcours dans la lignée de ceux qui, dans sa parenté, l’ont précédé. C’est, tel Jacob, en adorateur de Dieu que Paul vit ses derniers jours : Hébreux 11,21. Que Dieu nous donne la grâce de l’imiter !

Pensant à Timothée du fond de sa cellule, Paul exprime toute l’affection qu’il ressent à son sujet. Cher à son cœur, son ami l’est aussi dans ses prières. N’ayant rien d’autre à faire nuit et jour, l’apôtre consacre tout son temps à cette activité. Les murs seuls de son cachot savent combien de prières, de supplications sont montées de là vers le trône de Dieu pour Timothée et tant d’autres. Paul sait que l’affection qui le lie à son bien-aimé n’est pas unilatérale. Il se souvient des larmes de Timothée à son sujet. Il se rappelle aussi la qualité de la foi qui l’habite, une foi du même matériau que celle que l’on trouvait dans sa grand-mère Loïs et sa mère Eunice. On comprend dès lors que, habité par de tels souvenirs, le cœur de Paul éprouve une telle langueur à l’idée de revoir son bien-aimé.

Arrivé au terme de sa vie, il est intéressant de noter la place que Paul donne dans son itinéraire de foi et celui de Timothée à leurs ancêtres. C’est un sujet qui n’est pratiquement abordé qu’ici. Sur le point de partir pour l’éternité, peut-être réalisons-nous mieux ce que l’on doit à ceux qui nous ont précédés. Oui ! Heureux les fils et les filles dont les parents et les grands-parents ont été des modèles de foi. Si ce n’est le cas pour nous, soyons les premiers d’une longue lignée. Qu’au jour de leur départ vers la patrie céleste nos enfants n’aient pas à déplorer notre mauvais exemple, mais rendent grâces à Dieu pour l’inspiration que nous avons pu être pour eux.

V 6 à 12 : appel au courage de souffrir pour l’Evangile

Timothée étant fort d’un tel héritage, Paul l’exhorte à ne pas laisser s’éteindre la flamme du don qu’il a reçu de la grâce de Dieu par l’imposition de ses mains. Alors qu’il écrit aux Corinthiens imbus d’eux-mêmes, l’apôtre leur pose une question centrale : « qu’as-tu, leur dit-il, que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi fais-tu le fier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » : 1 Corinthiens 4,7. La tendance de l’orgueil sera toujours de nous pousser à croire que c’est à nous-mêmes que nous devons d’être ce que nous sommes. En rappelant à Timothée tout ce qu’il doit aux autres (ses aïeux, l’apôtre), Paul va à l’encontre de cette idée. Aucun de nous ne s’est fait lui-même ! Nous sommes tous, au contraire, les héritiers et les bénéficiaires de dons que Dieu nous a faits directement ou par l’entremise d’autres qui nous ont précédé.

Bénéficiaire des richesses de la grâce multiple de Dieu pour lui, Timothée n’est pas pour autant sans devoir ni responsabilité. Au contraire ! Puisque son bien-aimé a tant reçu, Paul l’appelle à ne pas être timoré, mais à brûler littéralement pour Christ. L’Esprit que Timothée a reçu, lui dit-il, n’est pas un esprit de timidité ou de lâcheté. C’est un esprit de force, d’amour et de sagesse. Vivre pleinement en Christ ne fait pas de nous des êtres ternes, effacés mais rayonnants, courageux. Paul est de ce nombre et il appelle son bien-aimé à l’être tout autant que lui.

Il est notable qu’avant d’appeler Timothée à faire preuve d’une certaine qualité, Paul commence par lui rappeler ce qu’il est et ce qu’il a reçu de la grâce de Dieu. C’est ainsi que l’apôtre opère dans toutes ses lettres. La vie chrétienne ne commence jamais par le devoir d’être ou de faire. Elle s’ancre d’abord dans ce que nous avons reçu de Dieu et ce que nous sommes par le Saint-Esprit. C’est celui en qui vit pleinement l’Esprit qui est capable d’être à la hauteur du témoignage qu’il est appelé à rendre. En-dehors de lui, nous ne valons pas mieux que les autres. Soit nous sommes présomptueux, soit nous sommes lâches. Seul l’Esprit de Dieu, l’Esprit de force, d’amour et de sagesse, nous donne la capacité d’être ici-bas, face aux autres, le témoin que Dieu veut que nous soyons, prêt s’il le faut à souffrir pour Lui.

Car c’est bien à cela en premier auquel Paul invite Timothée à se préparer. Si l’apôtre est en prison et face à l’imminence de son martyr, il ne considère pas que son cas soit une exception. La tranquillité n’est pas la condition normative de la vie de l’Eglise véritable dans le monde. Au contraire ! La persécution, la souffrance sont le lot inévitable de tous ceux qui vivent en disciples du Christ. Aussi, tout chrétien qui voit ses frères dans la foi souffrir doit se préparer à partager leurs souffrances. C’est une exigence de l’amour de souffrir avec ceux qui souffrent et d’être solidaires, quand on ne le connaît pas encore, de ceux qui sont le feu de la persécution. Oui, toi Timothée, mon enfant bien-aimé, au nom des liens fraternels si profonds qui nous unissent, souffre avec moi, dira Paul, à deux reprises : 2 Timothée 1,8 ; 2,3. Ce ne sera pas là d’ailleurs la première fois que tu le feras. Car, écrit-il plus loin, déjà dans le passé, tu m’as suivi de près dans mes persécutions et mes souffrances : 2 Timothée 3,10. Compagnons d’œuvres, soyons prêts aussi le moment venu à l’être dans la douleur pour Christ !

Car il vaut la peine de souffrir pour la bonne nouvelle. En effet, quelle que soit la cause pour laquelle un homme serait prêt à se sacrifier, rien ne la surpasse. L’Evangile est l’expression de l’appel de Dieu pour le salut, un salut qui n’a de raison que Sa grâce, une grâce qui nous a été octroyés en Jésus-Christ avant même les temps éternels. Cette grâce s’est manifestée dans l’histoire par l’apparition de Jésus-Christ par lequel la vérité du salut, dont il est le porteur, a éclaté au grand jour au travers de Son triomphe sur la mort. Par Lui ont été mis en évidence de manière irréfutable le triomphe et la nature éternelle de la vie. Qui a compris ce qu’est l’Evangile ne peut, face à la perspective temporelle de la souffrance et de la mort, qu’être solidaire de l’assurance et de la détermination dont fait preuve ici l’apôtre. Oui, il y a une sainte fierté à servir la cause de l’Evangile dans ce monde et à endurer toutes sortes de maux à cause de lui. Ni la honte, ni la tiédeur, ni le recul, ni la lâcheté n’ont de place dans le cœur de qui est rempli de l’espérance qu’il véhicule. La fidélité à l’Evangile ne repose pas sur nous. Elle s’alimente au regard de celle de Celui qui nous a appelés et qui a la puissance de garder le dépôt de notre vie et de notre foi jusqu’à la fin. Veillons à entretenir dans nos cœurs la haute et juste idée de ce qu’est l’Evangile ! C’est là le meilleur moyen d’être prêt à tout affronter à cause de lui !

V 13 et 14 : Retiens… garde

Fils spirituel de Paul, Timothée en est aussi l’héritier. Au seuil de son départ, l’apôtre l’invite à ne pas perdre ou dilapider le trésor qu’il a reçu de lui. Ce trésor est à la fois un dépôt doctrinal et un modèle qui l’incarne. Si l’Evangile est de Dieu, le moyen par lequel il se transmet d’une génération à une autre est humain. Tels les coureurs qui se remettent l’un à l’autre la flamme olympique, les chrétiens forment une chaîne ininterrompue au travers de laquelle le flambeau de l’Evangile est transmis. Gardien de la foi, la première vertu de Timothée doit être la fidélité à l’enseignement et au modèle reçus.

Aussi volontaire soit Timothée dans cette tâche, Paul sait cependant que ce n’est pas par lui-même qu’il l’accomplira. Seuls des moyens spirituels nous rendent aptes à accomplir une tâche du même ordre.  C’est dans la foi et l’amour que Timothée gardera le modèle que Paul lui a laissé. C’est par le Saint-Esprit, dans la prière et la relation intime avec Dieu qu’il préservera toutes les belles choses qu’il a reçues et entendues. Ce qui a été le secret de la marche de Paul doit l’être pour Timothée s’il veut être son imitateur et le porteur de son héritage. Il n’y a ici ni raccourci, ni ersatz possibles. Mais, gloire à Dieu, rien ne Lui est impossible ! Ce qu’Il a pu faire dans la vie de l’un, Il le peut dans celle d’un autre. Attachons-nous à Lui et Il fera de nous les transmetteurs fidèle de son Evangile et du modèle qui l’incarne pour ceux qui nous suivent !

V  15 à 18 : Hommage à Onésiphore

Si Paul dut endurer de la part des incroyants de multiples souffrances à cause de l’Evangile, ceux-ci n’en furent pas la seule cause. Comme son Maître à l’instant où la croix se profilait devant Lui, l’apôtre connut, au moment le plus difficile, la désertion de plusieurs de ses compagnons. Il n’hésite d’ailleurs pas à en citer deux, connus de lui et de Timothée. Dans ce contexte, Paul ne peut tenir qu’en grande estime ceux qui lui sont restés fidèles. Tel fut Onésiphore qui, soucieux du bien de l’apôtre, n’a pas hésité à se montrer solidaire de lui dans sa captivité. Non seulement, venu à Rome, il fera tout pour le trouver, mais il mettra aussi tout en œuvre pour adoucir son sort de prisonnier. Pau en est persuadé : l’amour dont a fait preuve Onésiphore ne sera pas oublié du Seigneur au jour de la rétribution de toutes choses. Tous les services qu’il a rendu, à Paul mais aussi à l’Eglise d’Ephèse, seront pris en compte et récompensés à leur juste valeur.


La persécution est, et a toujours été, un moment de vérité pour les cœurs. On peut dans la tranquillité donner l’image d’un grand attachement à l’Evangile. C’est lorsque le prix à payer pour y rester fidèle est élevé que l’on voit qui est prêt à suivre réellement le Maître sur le chemin de la croix. Quelle que soit la position qu’adopte la majorité à ce moment-là, chaque chrétien est responsable devant Dieu du choix qu’il fait. La question qui se pose à chacun de nous est donc la suivante : notre nom se trouvera-t-il sur la liste des déserteurs où se trouvent Phygèle et Hermogène, ou sur celle des fidèles, tel Onésiphore ? Sachons-le : la position que nous adopterons ne sera pas sans conséquence. Car, dit Paul ailleurs, il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura fait, étant dans son corps : 2 Corinthiens 5,10.