mardi 16 août 2016

2 TIMOTHEE CHAPITRE 1

INTRODUCTION

De toutes les lettres qu’il a écrites, la seconde à Timothée est sans nul doute la dernière. Paul sait que sa dernière heure est venue. Il ne compte plus le temps qui est devant lui en années, mais se prépare à un départ imminent dans la gloire : 2 Timothée 4,6. Prisonnier à Rome, dans l’attente de la décision de l’empereur Néron à son sujet, l’apôtre fait part à Timothée, son enfant bien-aimé, des sentiments mitigés qui l’animent. D’une part, pour diverses raisons, il est seul : 2 Timothée 4,9 à 11 ; d’autre part, il peut regarder le passé avec satisfaction et envisager l’avenir avec sérénité : 2 Timothée 4,7-8. Dans ce temps particulier d’adversité par lequel passe la communauté chrétienne, l’apôtre a le souci que son jeune frère qu’il affectionne tant ne faiblisse pas, mais qu’il se comporte comme un véritable soldat de Jésus-Christ : 2 Timothée 2,3. La persécution, souligne-t-il, fait partie de l’ordinaire du disciple du Crucifié : 2 Timothée 3,12. Au-delà de sa situation personnelle et de celle de Timothée, Paul continue à se soucier des Eglises. Il sait que, pour elles, le vrai danger n’est pas l’opposition dont font preuve les incroyants à son égard, mais l’erreur et la fausse doctrine qui renversent la foi de certains : 2 Timothée 2,18. Comme lors de sa première lettre, il appelle Timothée à être un gardien de la foi et du bel enseignement qu’il a reçu. L’Ecriture seule doit être le fondement de la foi et l’arme du serviteur de Dieu : 2 Timothée 3,14 à 16. La seconde lettre de Paul à Timothée est son testament spirituel. Lisons-la comme telle et retenons pour nous, qui sommes dans les derniers jours, les leçons fondamentales qu’on y trouve.

CHAPITRE 1

V 1 et 2 : Salutations

C’est, comme dans sa première lettre, sous le glorieux titre d’apôtre de Jésus-Christ que Paul s’identifie pour s’adresser à Timothée. De manière évidente, Paul ne cherche nullement, comme le font certains en notre temps, à se prévaloir d’une autorité spirituelle qui obligerait Timothée à l’écouter. La relation qui existe entre les deux hommes est si ancienne et si étroite qu’elle n’a nul besoin de tels sophismes. L’objectif de Paul est plutôt de situer le cadre dans lequel sa lettre, mais aussi tous ses actes, s’inscrit. Pour moi, avait-il écrit aux Philippiens, la vie, c’est le Christ : Philippiens 1,21. Paul n’a pas d’autre raison d’être ! C’est pourquoi, sur la carte de visite de l’apôtre, ne figure que ce seul titre. Partout où il est, dans tout ce qu’il fait, il n’a qu’une seule fierté, qu’une seule joie : être par la volonté de Dieu, l’ambassadeur, le témoin, le missionnaire de Jésus-Christ.
La mission d’apôtre de Paul trouve son sens dans le dessein de Dieu. C’est ce qu’il rappelle ici. Ce dessein est le sujet, le thème même de l’Evangile dont l’apôtre est le porteur. Par Jésus-Christ, une promesse de vie éternelle est faite par Dieu à tous ceux qui croient. La bonne nouvelle pour laquelle il a été institué héraut et apôtre, dit Paul, est celle qui met en lumière la vie impérissable. Elle est la bonne nouvelle de la victoire de Dieu par Jésus-Christ sur la mort et tout ce qui en est la cause : 2 Timothée 1,10-11. Qui ne serait fier d’être le porteur d’un tel message !

Paul conclut sa salutation en souhaitant à son enfant bien-aimé le triptyque des bénédictions les plus grandes qu’apporte l’Evangile à son bénéficiaire : la grâce, la compassion et la paix de la part de Dieu le Père et de Jésus-Christ, notre Seigneur. Qu’elles soient aussi celles que nous invoquons sur tous nos bien-aimés dans la foi !

V 3 à 5 : Reconnaissance envers Dieu

C’est le cœur plein de gratitude envers Dieu que Paul entame sa lettre à Timothée. Si l’apôtre ne sait ce qu’il va devenir dans les jours prochains, cette perspective ne pèse aucunement sur son état moral. Au point où il est arrivé dans sa vie, il ne peut que se réjouir de la réalité de la relation qu’il a avec Dieu. Si l’horizon temporel de l’apôtre est bouché, sa vue sur le ciel est dégagée. Il n’y a pas d’ombre entre lui et son Dieu. La conscience de Paul le lui atteste. Au regard de sa situation, la satisfaction de Paul ne se limite pas à lui-même. S’il doit terminer sa vie prochainement, Paul est heureux d’inscrire son parcours dans la lignée de ceux qui, dans sa parenté, l’ont précédé. C’est, tel Jacob, en adorateur de Dieu que Paul vit ses derniers jours : Hébreux 11,21. Que Dieu nous donne la grâce de l’imiter !

Pensant à Timothée du fond de sa cellule, Paul exprime toute l’affection qu’il ressent à son sujet. Cher à son cœur, son ami l’est aussi dans ses prières. N’ayant rien d’autre à faire nuit et jour, l’apôtre consacre tout son temps à cette activité. Les murs seuls de son cachot savent combien de prières, de supplications sont montées de là vers le trône de Dieu pour Timothée et tant d’autres. Paul sait que l’affection qui le lie à son bien-aimé n’est pas unilatérale. Il se souvient des larmes de Timothée à son sujet. Il se rappelle aussi la qualité de la foi qui l’habite, une foi du même matériau que celle que l’on trouvait dans sa grand-mère Loïs et sa mère Eunice. On comprend dès lors que, habité par de tels souvenirs, le cœur de Paul éprouve une telle langueur à l’idée de revoir son bien-aimé.

Arrivé au terme de sa vie, il est intéressant de noter la place que Paul donne dans son itinéraire de foi et celui de Timothée à leurs ancêtres. C’est un sujet qui n’est pratiquement abordé qu’ici. Sur le point de partir pour l’éternité, peut-être réalisons-nous mieux ce que l’on doit à ceux qui nous ont précédés. Oui ! Heureux les fils et les filles dont les parents et les grands-parents ont été des modèles de foi. Si ce n’est le cas pour nous, soyons les premiers d’une longue lignée. Qu’au jour de leur départ vers la patrie céleste nos enfants n’aient pas à déplorer notre mauvais exemple, mais rendent grâces à Dieu pour l’inspiration que nous avons pu être pour eux.

V 6 à 12 : appel au courage de souffrir pour l’Evangile

Timothée étant fort d’un tel héritage, Paul l’exhorte à ne pas laisser s’éteindre la flamme du don qu’il a reçu de la grâce de Dieu par l’imposition de ses mains. Alors qu’il écrit aux Corinthiens imbus d’eux-mêmes, l’apôtre leur pose une question centrale : « qu’as-tu, leur dit-il, que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi fais-tu le fier comme si tu ne l’avais pas reçu ? » : 1 Corinthiens 4,7. La tendance de l’orgueil sera toujours de nous pousser à croire que c’est à nous-mêmes que nous devons d’être ce que nous sommes. En rappelant à Timothée tout ce qu’il doit aux autres (ses aïeux, l’apôtre), Paul va à l’encontre de cette idée. Aucun de nous ne s’est fait lui-même ! Nous sommes tous, au contraire, les héritiers et les bénéficiaires de dons que Dieu nous a faits directement ou par l’entremise d’autres qui nous ont précédé.

Bénéficiaire des richesses de la grâce multiple de Dieu pour lui, Timothée n’est pas pour autant sans devoir ni responsabilité. Au contraire ! Puisque son bien-aimé a tant reçu, Paul l’appelle à ne pas être timoré, mais à brûler littéralement pour Christ. L’Esprit que Timothée a reçu, lui dit-il, n’est pas un esprit de timidité ou de lâcheté. C’est un esprit de force, d’amour et de sagesse. Vivre pleinement en Christ ne fait pas de nous des êtres ternes, effacés mais rayonnants, courageux. Paul est de ce nombre et il appelle son bien-aimé à l’être tout autant que lui.

Il est notable qu’avant d’appeler Timothée à faire preuve d’une certaine qualité, Paul commence par lui rappeler ce qu’il est et ce qu’il a reçu de la grâce de Dieu. C’est ainsi que l’apôtre opère dans toutes ses lettres. La vie chrétienne ne commence jamais par le devoir d’être ou de faire. Elle s’ancre d’abord dans ce que nous avons reçu de Dieu et ce que nous sommes par le Saint-Esprit. C’est celui en qui vit pleinement l’Esprit qui est capable d’être à la hauteur du témoignage qu’il est appelé à rendre. En-dehors de lui, nous ne valons pas mieux que les autres. Soit nous sommes présomptueux, soit nous sommes lâches. Seul l’Esprit de Dieu, l’Esprit de force, d’amour et de sagesse, nous donne la capacité d’être ici-bas, face aux autres, le témoin que Dieu veut que nous soyons, prêt s’il le faut à souffrir pour Lui.

Car c’est bien à cela en premier auquel Paul invite Timothée à se préparer. Si l’apôtre est en prison et face à l’imminence de son martyr, il ne considère pas que son cas soit une exception. La tranquillité n’est pas la condition normative de la vie de l’Eglise véritable dans le monde. Au contraire ! La persécution, la souffrance sont le lot inévitable de tous ceux qui vivent en disciples du Christ. Aussi, tout chrétien qui voit ses frères dans la foi souffrir doit se préparer à partager leurs souffrances. C’est une exigence de l’amour de souffrir avec ceux qui souffrent et d’être solidaires, quand on ne le connaît pas encore, de ceux qui sont le feu de la persécution. Oui, toi Timothée, mon enfant bien-aimé, au nom des liens fraternels si profonds qui nous unissent, souffre avec moi, dira Paul, à deux reprises : 2 Timothée 1,8 ; 2,3. Ce ne sera pas là d’ailleurs la première fois que tu le feras. Car, écrit-il plus loin, déjà dans le passé, tu m’as suivi de près dans mes persécutions et mes souffrances : 2 Timothée 3,10. Compagnons d’œuvres, soyons prêts aussi le moment venu à l’être dans la douleur pour Christ !

Car il vaut la peine de souffrir pour la bonne nouvelle. En effet, quelle que soit la cause pour laquelle un homme serait prêt à se sacrifier, rien ne la surpasse. L’Evangile est l’expression de l’appel de Dieu pour le salut, un salut qui n’a de raison que Sa grâce, une grâce qui nous a été octroyés en Jésus-Christ avant même les temps éternels. Cette grâce s’est manifestée dans l’histoire par l’apparition de Jésus-Christ par lequel la vérité du salut, dont il est le porteur, a éclaté au grand jour au travers de Son triomphe sur la mort. Par Lui ont été mis en évidence de manière irréfutable le triomphe et la nature éternelle de la vie. Qui a compris ce qu’est l’Evangile ne peut, face à la perspective temporelle de la souffrance et de la mort, qu’être solidaire de l’assurance et de la détermination dont fait preuve ici l’apôtre. Oui, il y a une sainte fierté à servir la cause de l’Evangile dans ce monde et à endurer toutes sortes de maux à cause de lui. Ni la honte, ni la tiédeur, ni le recul, ni la lâcheté n’ont de place dans le cœur de qui est rempli de l’espérance qu’il véhicule. La fidélité à l’Evangile ne repose pas sur nous. Elle s’alimente au regard de celle de Celui qui nous a appelés et qui a la puissance de garder le dépôt de notre vie et de notre foi jusqu’à la fin. Veillons à entretenir dans nos cœurs la haute et juste idée de ce qu’est l’Evangile ! C’est là le meilleur moyen d’être prêt à tout affronter à cause de lui !

V 13 et 14 : Retiens… garde

Fils spirituel de Paul, Timothée en est aussi l’héritier. Au seuil de son départ, l’apôtre l’invite à ne pas perdre ou dilapider le trésor qu’il a reçu de lui. Ce trésor est à la fois un dépôt doctrinal et un modèle qui l’incarne. Si l’Evangile est de Dieu, le moyen par lequel il se transmet d’une génération à une autre est humain. Tels les coureurs qui se remettent l’un à l’autre la flamme olympique, les chrétiens forment une chaîne ininterrompue au travers de laquelle le flambeau de l’Evangile est transmis. Gardien de la foi, la première vertu de Timothée doit être la fidélité à l’enseignement et au modèle reçus.

Aussi volontaire soit Timothée dans cette tâche, Paul sait cependant que ce n’est pas par lui-même qu’il l’accomplira. Seuls des moyens spirituels nous rendent aptes à accomplir une tâche du même ordre.  C’est dans la foi et l’amour que Timothée gardera le modèle que Paul lui a laissé. C’est par le Saint-Esprit, dans la prière et la relation intime avec Dieu qu’il préservera toutes les belles choses qu’il a reçues et entendues. Ce qui a été le secret de la marche de Paul doit l’être pour Timothée s’il veut être son imitateur et le porteur de son héritage. Il n’y a ici ni raccourci, ni ersatz possibles. Mais, gloire à Dieu, rien ne Lui est impossible ! Ce qu’Il a pu faire dans la vie de l’un, Il le peut dans celle d’un autre. Attachons-nous à Lui et Il fera de nous les transmetteurs fidèle de son Evangile et du modèle qui l’incarne pour ceux qui nous suivent !

V  15 à 18 : Hommage à Onésiphore

Si Paul dut endurer de la part des incroyants de multiples souffrances à cause de l’Evangile, ceux-ci n’en furent pas la seule cause. Comme son Maître à l’instant où la croix se profilait devant Lui, l’apôtre connut, au moment le plus difficile, la désertion de plusieurs de ses compagnons. Il n’hésite d’ailleurs pas à en citer deux, connus de lui et de Timothée. Dans ce contexte, Paul ne peut tenir qu’en grande estime ceux qui lui sont restés fidèles. Tel fut Onésiphore qui, soucieux du bien de l’apôtre, n’a pas hésité à se montrer solidaire de lui dans sa captivité. Non seulement, venu à Rome, il fera tout pour le trouver, mais il mettra aussi tout en œuvre pour adoucir son sort de prisonnier. Pau en est persuadé : l’amour dont a fait preuve Onésiphore ne sera pas oublié du Seigneur au jour de la rétribution de toutes choses. Tous les services qu’il a rendu, à Paul mais aussi à l’Eglise d’Ephèse, seront pris en compte et récompensés à leur juste valeur.


La persécution est, et a toujours été, un moment de vérité pour les cœurs. On peut dans la tranquillité donner l’image d’un grand attachement à l’Evangile. C’est lorsque le prix à payer pour y rester fidèle est élevé que l’on voit qui est prêt à suivre réellement le Maître sur le chemin de la croix. Quelle que soit la position qu’adopte la majorité à ce moment-là, chaque chrétien est responsable devant Dieu du choix qu’il fait. La question qui se pose à chacun de nous est donc la suivante : notre nom se trouvera-t-il sur la liste des déserteurs où se trouvent Phygèle et Hermogène, ou sur celle des fidèles, tel Onésiphore ? Sachons-le : la position que nous adopterons ne sera pas sans conséquence. Car, dit Paul ailleurs, il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura fait, étant dans son corps : 2 Corinthiens 5,10.

lundi 8 août 2016

1 Timothée, Chapitre 6

V 1 et 2 : à l’attention des esclaves

Parce que l’Evangile est la bonne nouvelle d’une libération : Luc 4,18, on pourrait penser que le premier message qu’il adresse à ceux qui vivent dans la condition d’esclave aille dans ce sens. Il n’en est rien. Ni dans les paroles de Jésus, ni dans les écrits des apôtres, nous ne trouvons de promesses ou d’incitations laissant croire à ceux qui sont dans l’esclavage qu’ils doivent lutter pour s’affranchir de ce joug. A peine trouvons-nous chez Paul un conseil favorable à ce sujet. « As-tu été appelé étant esclave, ne t’en inquiète pas, dit-il ; mais si tu peux devenir libre, profites-en plutôt : 1 Corinthiens 7,21. » Si celle-ci a dégénéré et a été l’objet d’exactions au cours des siècles, l’affranchissement de la condition d’esclave n’était clairement pas au temps de Jésus et des apôtres au cœur de leur combat.

Le premier précepte de Paul au sujet des esclaves croyants n’est pas une incitation à la rébellion, mais un appel clair à être auprès de leurs maîtres un témoin du Christ par leur attitude à leur égard. De même qu’un maître chrétien doit se distinguer d’un autre qui ne l’est pas par son comportement, il doit en être ainsi de l’esclave chrétien. Ce qui doit apparaître chez l’esclave chrétien, c’est l’odeur de Christ, une odeur que le maître sentira au respect, à l’honneur, à l’estime que l’esclave manifeste à son égard. Comme le rappelle Paul ailleurs, celui que l’esclave chrétien sert en premier n’est pas un homme, mais Christ : Ephésiens 6,6. Esclave de Christ, l’esclave chrétien ne saurait agir autrement qu’en honorant son vrai Maître auprès de celui qu’il sert.

La condition d’esclave n’étant pas contraire à l’Evangile, il pouvait arriver que des maîtres chrétiens aient à leur service des esclaves chrétiens. Une fois de plus, Paul adresse ici un message à l’intention de ces derniers. Au service de leurs frères, ceux-ci pourraient être tentés de se montrer moins respectueux à leur égard. Il ne doit pas en être ainsi. Au contraire ! La motivation de servir un frère bien-aimé de Dieu devrait pousser l’esclave chrétien à faire d’autant mieux ce qui est bon pour lui.

Il y a, dans l’esprit de Paul, quelque chose qui est pire que la condition d’esclave : c’est la souffrance qu’occasionnent la rancœur, la haine ou la rébellion. Il était possible au temps de Paul qu’un esclave chrétien le reste toute sa vie. Par contre, celui-ci dans sa condition pouvait être libre à l’égard de ce qui aurait pu le détruire intérieurement. C’est là la vraie libération que le Christ annonçait et qu’Il était venu apporter dans ce monde. Que tous, dans nos conditions diverses, nous en soyons témoins !

V 3 à 10 : les attitudes non conformes à la piété

Arrivé à la fin de sa lettre, l’apôtre revient sur ce qui, dès le début, en était le leitmotiv : 1 Timothée 1,3-4. La mission de Timothée auprès des éphésiens est d’être un gardien de la foi. Il doit veiller à ce qu’aucun enseignement contraire à l’Evangile et à la saine doctrine ne pénètre dans l’Eglise de Jésus-Christ. Car, dit-il, l’erreur n’est pas seulement préjudiciable à la vérité. Elle l’est aussi pour l’unité, la cohésion et l’amour dans l’Eglise. C’est de l’erreur que naissent les controverses qui divisent, séparent, sèment la discorde, les querelles de mots interminables et les disputes. Tout ceci, clairement, manifeste que ce n’est pas là le fruit de l’Esprit, mais le résultat de l’œuvre d’hommes charnels, motivés trop souvent par l’orgueil ou l’intérêt personnel. Or, tel ne doit pas être le but de la piété. Aucun service dans l’Eglise ne doit avoir pour autre objet que la gloire de Christ. Qui travaille pour un autre objectif ne peut que semer des graines de division.

Certes, dit Paul, la pratique de la piété n’est pas sans apporter de profit ! Au contraire ! Qui s’y exerce est riche de toutes les richesses que la communion avec Dieu engendre. Celles-ci cependant n’ont rien à voir avec un quelconque gain financier. Il y a, dit Paul, quelque chose d’antithétique entre la recherche du profit matériel et l’exercice de la piété. Satisfait en Dieu, l’homme pieux peut vivre dans le contentement. Il sait, par ailleurs, que nulle richesse, nul bien dont il peut jouir dans ce monde ne durent. Comme il est entré dans ce monde, il en sortira. Si ce n’est les trésors spirituels par lesquels, dans la communion avec Dieu, son âme se sera enrichie, il sait qu’il n’emportera rien d’ici-bas. S’il a donc de quoi se nourrir et se vêtir, cela devrait lui suffire.

Il y a ici-bas un véritable danger pour ceux qui font profession de foi à vouloir tout de même s’enrichir. Plus qu’un simple défaut, la cupidité est une véritable idolâtrie : Colossiens 3,5. Non seulement l’amour de l’argent est incompatible avec l’amour de Dieu, mais qui en est possédé, dit Paul, se prépare un avenir bien tourmenté. Qui aime l’argent n’en n’est jamais rassasié. Il lui en faut toujours plus. A peine a-t-il acquis ce qu’il désirait que son cœur le pousse à convoiter un autre bien. N’ayant pas assez pour obtenir ce dont il a envie, le cupide se met à jouer, à miser, à dépenser ce qu’il a pour en avoir encore plus. Le résultat est que plus il cherche à s’enrichir, plus, en réalité, il s’appauvrit. L’homme cupide, prisonnier de l’amour de l’argent, ne s’en sort jamais. Plus le temps passe, plus il plonge vers la ruine et la perdition.

Gardons-nous comme de la peste de la simonie, cette attitude qui, à l’exemple de Simon le magicien, consiste à faire des choses saintes une source de profit personnel : cf Actes 8,18 à 24. Les dons que Dieu nous fait ne s’achètent ni ne se vendent. Ils sont tous le fruit de sa grâce libre et souveraine. Que, rassasiés de Sa Présence, notre cœur le dise : de quoi, Seigneur, aurais-je encore besoin, puisque je T’ai !

V 11 à 16 : consignes finales de Paul à Timothée

C’est à son statut et à son identité d’homme de Dieu que Paul fait appel pour prescrire à Timothée ses dernières recommandations. Paul suit ici, en ce qui concerne la vie, la logique de l’Ecriture. En elle, ce que nous sommes commande ce que nous devons être et faire. Homme de Dieu, Timothée est appelé à se comporter comme tel.  La conduite de Timothée doit suivre un double mouvement. Homme de Dieu, il s’attachera à fuir certaines choses, telles que celles que Paul vient d’évoquer, pour en poursuivre d’autres, celles qu’il cite ensuite. A travers elles, l’apôtre souligne que c’est ce à quoi son cœur s’attache qui fait l’homme de Dieu, et non une position. Paul désigne à Timothée six vertus qui, constamment, doivent être devant lui comme un trésor à acquérir : la justice (la droiture, l’équité), la piété (une relation personnelle et vivante avec Dieu) la foi (terme qui englobe la fidélité et la confiance), l’amour (pour Dieu et les frères), la persévérance (qui inclut la patience, l’endurance, la capacité à surmonter les épreuves et l’opposition), la douceur (qui comprend une pleine maîtrise de soi). Timothée doit en être conscient : la vie d’un homme de Dieu est celle d’un coureur de fond. C’est toute son existence qui est vouée à la poursuite de la perfection qui était en Christ. S’il se relâche, non seulement il n’avance plus, mais il perd tout ce qu’il a acquis jusque-là. L’homme de Dieu n’a la force de fuir ce qui lui nuit qu’en poursuivant ce qui l’édifie. C’est pourquoi, outre une course, sa vie est une lutte, un combat à mener.

Ce combat n’est pas comme ceux que livrent les guerriers dans ce monde. C’est, dit Paul, un bon et un beau combat, le combat de la foi. La foi, nous enseigne l’Ecriture, situe son objet hors de nous-mêmes, en Jésus-Christ. Aussi le combat de la foi ne consiste pas d’abord en un effort de la volonté, mais en une appropriation personnelle des richesses que la grâce que nous avons reçue nous octroie. Par Jésus-Christ, nous ne sommes plus ce que nous étions autrefois. Nous avons été renouvelés dans notre être comme dans notre entendement. Mener le bon combat de la foi consiste à ne pas nous laisser ravir le bénéfice de la victoire que Jésus-Christ nous a acquise sur le péché, le monde, le diable et toutes les forces adverses. Nous ne nous présentons pas nus, avec pour arme nos seules forces, pour livrer ce combat, mais revêtus d’un équipement spirituel complet fourni par Dieu Lui-même : Ephésiens 6,11. Le combat de la foi n’est pas livré en vue d’acquérir quelque chose. Il l’est pour défendre une position, celle que le Christ Lui-même nous a acquise par Sa mort, Sa résurrection et Son élévation à la droite du Père. Avec Lui, nous dit Paul, nous sommes morts, ressuscités et assis dans les lieux célestes : Ephésiens 2,4 à 6. Aussi, c’est dans cette sphère et avec des armes spirituelles que le combat de la foi se mène. Il nous faut être ceints de la vérité, dans nos pensées comme nos désirs, et rejeter tout mensonge, toute illusion que la chair et le diable nous suggèrent. Revêtons la cuirasse de la justice, celle d’une vie droite et honnête devant Dieu et les hommes. Courons avec les bonnes chaussures, celles du zèle et de la passion pour l’Evangile. Avançons couvert par le bouclier de la foi, seule protection possible face aux traits enflammés du Malin. Oui, ce n’est ni ce que nous ressentons, ni pensons qui est vrai, mais ce que Dieu dit. Revêtons-nous encore du casque du salut, cette ferme assurance que nous procure la grâce à ce sujet. Prenons à la main l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu, par laquelle Jésus Lui-même dans le désert a triomphé du diable : cf Matthieu 4,1 à 11.  Ne nous privons enfin jamais de la prière et du contact permanent en esprit avec Dieu : cf Ephésiens 6,14 à 18. Tout est là pour que nous ne soyons pas vaincus, mais vainqueurs. Oui ! Menons avec Paul, Timothée, tous les héros de la foi du passé et du présent le bon combat !

Timothée étant l’objet d’une telle grâce, Paul l’exhorte à saisir à pleines mains la vie éternelle à laquelle il a été appelé. La vie éternelle est le don spécifique que Dieu a fait au travers de Son Fils à tous ceux qui croient : Jean 3,16. Pour autant, nous ne sommes pas appelés à rester passifs à son égard. La vie éternelle est une vie pleine de perspectives qui ne demandent qu’à être exploitées. Elle est comme la mine de la parabole donnée à chaque serviteur, que chacun peut faire fructifier à la gloire de Dieu : Luc 19,11 à 27. Alors que tout ce que nous étions et faisions servait le péché, par la vie éternelle reçue nous pouvons désormais mettre nos membres au service de la justice : Romains 6,18. Si la persécution, l’opposition sont de grands malheurs pour les chrétiens, il en est un qui les surpasse. C’est celui qui consiste à faire preuve de négligence à l’égard des possibilités multiples que la vie du Christ offre à ceux qui l’ont reçue. Car, dès le premier jour de notre vie nouvelle il nous est possible de capitaliser en vue du Royaume de Dieu. C’est cette espérance qui est le fondement de notre salut, espérance au sujet de laquelle, dit Paul, Timothée a fait une si belle confession. Souvenons-nous avec lui que la vie chrétienne est un tout. Elle n’est pas un moment du passé, mais la mise en œuvre de ce qui a fait notre foi le jour où nous avons cru et témoigné par le baptême de notre pleine identification à la mort et la résurrection de Christ.

C’est de façon solennelle que Paul conclut l’exhortation dernière qu’il fait à Timothée. L’apôtre le sait : la réussite de la mission de Timothée auprès des éphésiens passe par la fidélité de celui-ci aux directives qu’il a reçues. Ces directives ne viennent pas d’un homme. Elles sont le commandement précis de Dieu pour Timothée, ce qu’Il attend de lui. C’est pourquoi Paul, s’adressant à son jeune collaborateur, en appelle aux autorités qui sont à la source même de sa missive : Dieu, qui donne la vie à tous les êtres, et Jésus-Christ, Son Fils, notre parfait exemple dans la façon qu’Il a eu de remplir ici-bas la mission de témoin pour laquelle le Père L’avait envoyé. Comme Paul le dit ailleurs pour lui-même, l’objectif prioritaire de Timothée tient à une chose : jusqu’au jour de la manifestation glorieuse de Jésus-Christ, il doit garder sans tache et sans reproche le commandement qu’il a reçu de Dieu : cf Philippiens 3,13-14. C’est là aussi la part qui revient à chaque serviteur de Dieu qui l’est par appel de Dieu. Celui-ci est et doit, jusqu’à la fin de ses jours, rester sa raison d’être.

Il se peut, comme ce fut le cas de Timothée, que la fin de notre parcours se produise avant le retour de notre Seigneur. Quoi qu’il en soit, c’est, montre Paul, à la lumière de cet événement que nous devons vivre notre vie chrétienne. Le serviteur de Dieu ne rend pas son tablier à la retraite. Son appel est un appel à vie. Perdre de vue que le retour du Seigneur peut se produire à chaque instant fait courir au serviteur le risque du relâchement. Soyons donc, comme le Maître l’attend de nous des serviteurs fidèles, avisés, attelés à la tâche qu’Il leur a confié jusqu’à ce qu’Il vienne : Luc 12,42 à 46.

Car assurément, Il paraîtra bientôt dans Sa gloire, le bienheureux et seul Souverain, le Roi de ceux qui règnent en rois, le Seigneur de ceux qui dominent en seigneurs. Lui seul possède l’immortalité. Nul homme ne L’a vu, ni ne peut Le voir, tant la demeure lumineuse où Il habite est inaccessible. A Lui seul, selon cette doxologie finale de Paul, revient l’honneur et le pouvoir éternel !

V 17 à 19 : aux riches

En conclusion de son avertissement sur le danger que représente l’amour de l’argent, Paul souhaite adresser à Timothée les grandes lignes du message de l’Evangile pour les riches. La recommandation facile aurait été, à l’image du message de Jésus au jeune homme riche, de demander à ceux-ci de se séparer de leurs biens pour tout donner aux pauvres : cf Matthieu 19,21. De riche qu’Il était, le Maître Lui-même ne s’est-Il pas fait pauvre pour nous enrichir : 2 Corinthiens 8,9 ? Bien que pouvant s’appliquer encore aujourd’hui à des cas particuliers, cette ligne ne sera pas celle dictée par l’apôtre pour le général. Plutôt que de renoncer une fois pour toutes à la richesse, Paul veut équiper les riches à vivre d’une manière qui glorifie Dieu et serve Christ avec leurs biens. Dans ce but, il leur dit quatre choses :

- Il les exhorte d’abord à ne pas se laisser abuser par l’impression de sécurité, de puissance ou de grandeur que semble donner l’argent. La vie d’un homme, disait Jésus, ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l’abondance : un propos toujours vrai : cf Luc 12,14. Si l’argent peut nous permettre d’acquérir beaucoup de choses, il est impuissant pour nous prémunir du pire ou nous assurer sur l’essentiel. Qui met son espoir dans les richesses s’illusionne lui-même, car rien n’est plus incertain que la fortune.

- Il les invite ensuite à reconnaître, dans leur prospérité, la bonté de Dieu à leur égard. Quel que soit le talent, le don, le bien qu’un homme possède, il le tient non de lui-même, mais de Dieu. Certes, il se peut que le riche ait dû beaucoup travailler ou s’investir pour acquérir sa richesse. Mais quel que soit l’effort fourni, il n’aurait rien pu obtenir si Dieu ne l’avait pas favorisé.

- Il les appelle, en reconnaissance à Dieu, à utiliser leurs richesses pour en enrichir d’autres et, à l’image de leur Maître, être solidaires de la pauvreté et du besoin des autres. Comme tous les dons reçus, la richesse n’est un bien que si elle est utilisée en vue du bien commun. Ce qui fait la vraie richesse d’un homme, dit Paul, n’est pas le nombre de zéro qui compose le chiffre auquel sa fortune peut être évaluée, mais la quantité de belles œuvres qu’elle lui aura permis de réaliser.

- Il leur rappelle enfin que le vrai trésor d’un homme ne se trouve pas dans le coffre-fort d’une banque, mais dans ce qu’il aura pu amasser au ciel, « là où ni vers ni rouille ne détruisent et où les voleurs ne fracturent ni ne volent : Matthieu 6,20. » Le riche sage, dit Paul, est celui qui se construit un fonds d’investissement, non pour ce monde, mais pour l’éternité. Que nous soyons de ceux-ci !

V 20 et 21 : exhortation finale

C’est sur un mot personnel à Timothée que Paul termine sa lettre. Si Paul est habité par le souci de la bonne santé spirituelle des Eglises qu’il a contribué à implanter, il l’est tout autant par celui de la rigueur, de la constance et de la fidélité à Dieu dont doivent faire preuve ceux qui ont la charge de diriger celles-ci. Gardien du dépôt de la foi pour les autres : 1 Timothée 1,3, Timothée doit  d’abord l’être pour lui-même. C’est pourquoi, tout en veillant sur les autres, Paul appellera Timothée à veiller en premier sur lui-même et son enseignement. C’est ainsi, ajoute-t-il, qu’il se sauvera ainsi que ceux qui l’écoutent : 1 Timothée 4,16.

La pertinence du conseil final de Paul à Timothée se vérifie tout au long de l’histoire de l’Eglise. Qui l’étudie sait à quel point elle a été minée par des débats contradictoires interminables. Les apôtres comme les pères de l’Eglise ont parfois dû manœuvrer dur pour maintenir l’embarcation orientée vers le bon cap. Ils n’ont pu le faire qu’au prix d’une étude approfondie des doctrines de l’Ecriture. Tout serviteur de Dieu, tout dirigeant spirituel ne pourra faire autrement que d’être confronté à la controverse. Or, il n’a pour se défendre qu’une seule arme : la Parole de Dieu. C’est en elle que se trouve le bon enseignement à suivre et à dispenser : 1 Timothée 4,6.13. Aussi est-il de son devoir de la travailler, de la méditer et de la pratiquer pour être armé contre « les discours vides et profanateurs et les contradictions de la pseudo-connaissance : v 21. » C’est là le conseil ultime que donne Paul à son fils bien-aimé, celui, s’il en est un, que nous devrions garder de sa lettre.


Paul la conclut par la salutation habituelle qui ferme la plupart d’entre elles. Oui ! Que la grâce de Dieu soit avec nous et nous rendent aptes, face aux multiples courants déviants, à être de bons gardiens de la foi.

lundi 4 juillet 2016

1 TIMOTHEE, CHAPITRE 5

V  1 et 2 : relations familiales

Maison du Dieu vivant, l’Eglise de Jésus-Christ est une famille. Aussi, c’est dans un esprit familial que doivent se vivre les relations entre ses membres. Un vieillard dans l’assemblée ne doit pas être considéré simplement comme une personne âgée. Paul invite Timothée à le regarder comme un père et les femmes âgées comme des mères. Un fils ne réprimande pas un père, il cherche plutôt à le soutenir et l’encourager. C’est dans cet esprit que Timothée doit, s’il le faut, aller vers ceux qui sont les plus âgés. Dans le même esprit, Paul invite Timothée à considérer ses égaux en âge comme des frères et des sœurs. Pour ces dernières, l’apôtre recommande de veiller particulièrement à la question de la pureté. Rien, dans la relation que le serviteur de Dieu tisse avec ses sœurs en Christ, ne doit être entaché par des motivations qui relèvent de la convoitise ou de la sensualité. L’Eglise, a dit Paul, a pour mission dans le monde d’être colonne et appui de la vérité : 1 Timothée 3,15. Elle peut l’être froidement par la simple proclamation des vérités constitutives de sa foi. Elle peut aussi l’être chaleureusement par le caractère familial des relations qui lient ses membres les uns aux autres. C’est cet objectif que le Seigneur vise pour elle. La vérité doit être au cœur de la vie de l’Eglise. Mais elle n’a de force de persuasion que dans la mesure où elle se démontre dans les relations de respect et d’amour que ses membres tissent entre eux. « Voyez comme ils s’aiment ! » était la marque de crédit de l’Eglise primitive ! Qu’elle soit aussi la force qui attire et convainc aujourd’hui ceux qui s’en approchent !

V 3 à 16 : le cas des veuves dans l’Eglise

Parce qu’elle est une famille, il est du devoir de l’Eglise de prendre soin en son sein des personnes en souffrance ou en difficulté sociale. De ce nombre sont, en première ligne, les veuves. Si celles qui le deviennent de notre temps peuvent trouver de l’aide auprès de multiples organismes séculiers, tel n’était pas le cas à l’époque de l’Eglise primitive. Il revenait donc à la famille de Dieu de s’organiser pour répondre à leurs besoins.

Si l’Eglise est un lieu où la charité s’exerce, celle-ci nécessite, pour être juste et efficace, d’être mise en œuvre avec discernement et intelligence. Les directives que Paul donne ici, pour établir la procédure qui doit être suivie en vue de secourir les veuves, ont cet objectif. La compassion n’exempte pas l’Eglise de la réflexion et de la mise en place d’une certaine forme de réglementation. Le but de l’aide sociale dans l’Eglise est qu’elle bénéficie réellement aux personnes les plus nécessiteuses. D’où la raison pour laquelle Paul indique à Timothée, par des critères d’identification précis, qui sont les vraies veuves à secourir :
1er critère : la condition sociale de la veuve

La vraie veuve est celle qui est isolée socialement. C’est une femme qui n’a pas d’enfants ou de petits-enfants qui peuvent la secourir, soit qu’elle n’en a jamais eu, soit que ceux-ci ne sont pas enfants de Dieu. Si tel n’est pas le cas, l’Eglise n’a pas à se substituer aux devoirs familiaux des croyants envers leurs parents nécessiteux. Paul considère qu’il n’y a pas de pire faute pour quelqu’un qui se dit croyant que de refuser de prendre soin de ceux qui font partie de son cercle familial. Se comporter d’une telle manière, c’est, selon Paul, renier sa foi et agir d’une façon qui est pire que celle des non-croyants. Comment, en effet, pourrait-on prétendre croire à l’amour de Dieu, et faire preuve envers les siens d’un amour d’un niveau inférieur à celui qu’on trouve dans le cœur des personnes irrégénérées ? Si quelque fidèle, homme ou femme, a des veuves, exige Paul, qu’il les assiste, et que l’Eglise n’en soit point chargée, afin qu’elle puisse assister celles qui sont véritablement veuves : v 16.

2ème critère : la condition spirituelle de la veuve

La veuve digne d’être assistée est celle qui fait preuve d’une véritable vie de piété. Le second critère porte sur la qualité de vie des personnes à secourir. C’est la veuve qui a mis son espérance en Dieu que l’Eglise est appelée, en tant que communauté spirituelle, à secourir. L’Eglise n’est pas redevable de son soutien envers celles qui, de manière évidente, ne sont pas attachées à Christ, mais qui ne cherchent que le plaisir. Cette seconde disposition, qui conditionne l’aide que dispense l’Eglise à un critère de piété et de qualité morale, est nécessaire. Le secours matériel qu’apporte l’Eglise n’est pas premier dans les objectifs qu’elle poursuit. Il vient après les critères d’ordre spirituel. Si ce n’est le cas, il se peut que l’aide fournie fasse en fin de compte plus de mal que de bien aux personnes à qui elle est prodiguée. Il n’est pas contraire à l’amour d’examiner et de jauger les attitudes des personnes à qui l’on pense venir en aide avant d’agir.

3ème critère : la condition d’âge de la veuve

Aucune veuve ne doit être inscrite sur la liste des personnes à secourir si elle n’a 60 ans au minimum. Ce critère d’âge est fixé pour plusieurs raisons. La première est, qu’en-dessous de cet âge, il est probable que la jeune veuve ne le reste pas longtemps. La seconde est que, certainement, celle-ci n’est pas dans une faiblesse telle qu’elle soit dans l’incapacité de gagner sa vie.

Si l’âge des veuves à secourir est un critère à prendre en compte, c’est aussi, dans la pensée de Paul, pour le fait que l’aide apportée par l’Eglise n’est pas une grâce, mais en quelque sorte un acte de reconnaissance de la communauté pour toutes les preuves de service et d’amour que la personne aidée a donné tout le long de son existence. La veuve soutenue est une veuve digne d’être secourue, car elle a donné la preuve de sa fidélité à son mari décédé, de son dévouement envers ses enfants, de sa disponibilité au service pour tous les saints et de sa compassion pour tous ceux qui passaient par la détresse.

Pour ce qui concerne les jeunes veuves, Paul ordonne de manière catégorique qu’elles ne figurent pas sur la liste des personnes que la communauté doit secourir. Les raisons principales de ce refus tiennent, dans l’esprit de l’apôtre, aux caractéristiques propres à la jeunesse, aux penchants naturels de la femme, et aux dangers inévitables que fait courir l’oisiveté. Aussi, en raison de la nature humaine, le réalisme doit ici, dit Paul, l’emporter sur la compassion aveugle. Oui, on peut s’attendre à ce qu’une veuve âgée, qui a donné toute sa vie les preuves de sa piété et de son dévouement aux autres, puissent consacrer le reste de ses jours à Christ. Mais attendre une pareille consécration d’une veuve qui est jeune n’est pas objectif. Au lieu de rester dans le veuvage, avec tous les excès que risque d’entraîner la condition de femme seule et jeune, Paul préfère plutôt conseiller à celle-ci de se remarier et de fonder une famille. Les jeunes veuves livrées à elles-mêmes sont une cible facile pour le diable. Ne sachant comment occuper leur temps, elles sont exposées plus que d’autres à la médisance, au bavardage et aux péchés de la langue. Plusieurs d’entre elles déjà, dit Paul, ont dévié pour tomber dans les pièges du diable, soit qu’elles se soient laissées séduire par un non-croyant, soit qu’elles aient été un outil entre ses mains pour semer la zizanie dans des familles.

Pour conclure ce point d’enseignement de Paul, il est à noter que Paul ne mentionne jamais ici le cas d’un veuf. Plusieurs évidences nous fournissent les raisons de ce silence. La première est que Paul ne s’attend pas à ce qu’un veuf le reste. Certainement celui-ci se remariera.  La seconde est que la perte de l’épouse ne conduit pas le veuf à se trouver sans ressource. Il peut continuer à pourvoir à ses besoins comme il le faisait au temps où il était marié.

A la lecture des directives précises que donne Paul ici au sujet de l’aide sociale que la communauté peut prodiguer à certains de ses membres dans le besoin, on peut éprouver le sentiment que l’apôtre fait preuve d’un rationalisme excessif. Ce serait mal le comprendre.  L’apôtre a, dans le traitement du sujet, deux préoccupations supérieures en tête. La première est que la communauté ne devienne pas un organisme d’assistanat qui se substitue à la responsabilité familiale. Paul le souligne à plusieurs reprises. C’est aux membres des familles de prendre soin les uns des autres. L’aide apportée par la communauté n’est pas première, mais seconde. C’est une aide par défaut d’autres secours, non à la place de ceux-ci. La seconde est que l’Eglise ne se discrédite pas auprès des non-croyants par l’aide qu’elle fournirait à certaines personnes qui se montrent indignes du Christ. L’assistance financière et sociale de l’Eglise exige du discernement. Compassion n’est pas contraire à la raison. Que Dieu nous donne d’agir à la fois par grâce et par sagesse dans tout ce que nous faisons les uns pour les autres !

V 17 à 21 : en ce qui concerne les anciens

Comme il pourrait en être des veuves, il ne faut pas que les anciens soient les parents pauvres de l’Eglise. Tout spirituel qu’ils soient, il est juste que les membres de la communauté fassent preuve envers eux de considération. Il y a toujours danger de penser que, parce qu’ils sont les dirigeants, les anciens n’aient aucunement besoin de l’encouragement de leurs frères. Qu’eux soient là, disponibles pour le bien et le service de l’Eglise, passe pour normal. Ils font juste ce que l’on attend d’eux. Mais que la communauté leur soit redevable peux lui échapper.

C’est pour pallier à ce défaut que Paul donne ses instructions. Il invite Timothée à veiller à ce que l’Eglise d’Ephèse honore ses responsables, surtout, précise-t-il, ceux qui se donnent de la peine dans l’étude de la Parole de Dieu et dans l’enseignement. Que la communauté en soit consciente : ce ministère est exigeant. Il est un vrai labeur qui nécessite temps, énergie, prière, assiduité, rigueur et sérieux. L’enseignant de la Parole de Dieu sait qu’il porte une lourde responsabilité, celle d’instruire ses frères dans la pensée de Dieu. Il n’a pas droit à l‘approximatif car de ses paroles dépend la conduite et la solidité de la foi de l’Eglise que Dieu a confiée à ses soins. Il y sera gardé de deux manières. La première consiste en la crainte de Dieu. L’enseignant de la Parole de Dieu doit le savoir : il sera, selon Jacques, jugé plus sévèrement que les autres : Jacques 3,1. Cette conscience de l’examen de Dieu sur ses paroles devrait être pour chaque enseignant un stimulant à l’excellence. La seconde tient au fait que l’ancien qui enseigne n’est pas seul. Il est membre d’un collège dans lequel chacun veille sur l’autre.

Il est du devoir de la communauté d’honorer doublement les anciens qui font bien leur travail, surtout ceux qui enseignent. Le premier aspect de cet honneur dû tient à la gratitude et au respect des membres envers leurs dirigeants. C’est ici  la moindre des choses. Le second tient au soutien financier de l’Eglise pour leur ministère. Il est une règle, rappelle Paul, qui s’applique à tout ouvrier : quel que soit le travail qu’il fournit, il mérite son salaire. Ne pas rémunérer quelqu’un qui travaille, c’est faire preuve envers lui de moins de compassion qu’un paysan pour un bœuf qui foule le grain. Il y a un juste retour des choses au fait que celui qui se donne de la peine pour une œuvre en touche quelques dividendes.

Parce qu’il occupe une position de direction et d’autorité, l’ancien est facilement attaquable. Si donc une accusation quelconque est lancée sur lui, elle ne peut être reçue qu’à une condition : qu’elle ne soit pas le fait d’une personne seule, mais de deux ou trois au minimum. Il est trop facile dans l’Eglise d’utiliser des griefs personnels contre un ancien pour le discréditer. S’il s’avère, par contre, que l’accusation contre un ancien est fondée, celui-ci ne doit bénéficier d’aucun régime de faveur. Il doit être ouvertement repris devant tous, afin, dit Paul, que les autres aient aussi de la crainte. C’est ici la meilleure façon de protéger les anciens d’eux-mêmes et de tout abus de pouvoir dans leur position.

En conclusion de ce point, Paul insiste auprès de Timothée pour que les instructions qu’il donne ici soient pleinement suivies sans préjugé ni favoritisme. Tout jugement prononcé dans l’Eglise, encore plus s’il concerne un responsable, se doit d’être impartial et fondé sur les faits. Car ce n’est pas devant des hommes que, dans l’Eglise, nous statuons, mais devant Dieu, Jésus-Christ et toute la cohorte des anges élus. Jésus a prévenu à ce sujet Ses disciples : Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre (dans l’Eglise) sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel : Matthieu 18,18. La délégation d’autorité que Dieu a donnée aux dirigeants de l’Eglise n’est pas fantoche, mais réelle. Le ciel prend acte des décisions de discipline spirituelle prises ici-bas par ceux à qui Dieu a confié la charge de la direction de Son œuvre. Que, de part et d’autre, une juste crainte remplisse le cœur de chacun dans la relation qu’il entretient avec ses frères !

V 22 à 25 : conseils personnels

Toujours dans le cadre du même sujet, Paul invite Timothée à faire preuve d’une grande prudence en ce qui concerne son implication personnelle dans la mise en place des anciens. S’il y a un domaine dans lequel il ne faut ni se hâter, ni se tromper, c’est bien dans celui du choix des futurs responsables d’une communauté. Trop de difficultés peuvent en résulter pour l’avenir. Avant de confirmer les futurs anciens dans leur tâche en leur imposant les mains en signe d’identification en vue de leur ministère, Timothée se doit d’être sûr de ce qu’il fait. Il doit avoir pris le temps de bien connaître les postulants et éliminer le moindre doute ou la moindre réserve qui pourrait subsister dans son cœur à leur propos. L’imposition des mains sur une personne n’est pas un simple rite. C’est un geste de pleine solidarité, une marque d’adhésion qui engage celui qui le pratique envers celui qui en est l’objet. C’est un signe d’engagement public d’une autorité signifiant son plein accord pour l’installation d’un frère dans la responsabilité pour laquelle il a été pressenti.

Trop de rapidité dans ce domaine fait courir de nombreux risques à tout le monde. Le premier consiste à se rendre compte à posteriori que le frère nommé n’avait pas la qualité spirituelle attendue. Paul le dit : il faut du temps pour bien connaître et cerner une personne. Il en est des péchés des personnes comme de leurs bonnes œuvres. Chez certains, ils se voient à l’œil nu et rapidement, tandis que chez d’autres, ils ne se découvrent qu’au fil du temps. Qui a la charge de confirmer des responsables pour une communauté se doit ne pas se fier à l’apparence, mais avoir acquis une connaissance précise du cœur des personnes pressenties. Le second risque touche celui qui a mis en place les anciens dans leurs fonctions. En s’identifiant à eux, il se fait un avec eux sur le plan spirituel. Sans le discerner, il peut se rendre complice de leurs péchés… et se retrouver ensuite en fâcheuse position. Il est impossible, en effet, pour quiconque qui est en situation de responsabilité, de se cacher. Tôt ou tard, ce qu’il est réellement apparaît. Si le responsable désigné déçoit, le 3ème risque est que l’assemblée toute entière perde la confiance qu’elle avait jusque-là en son ou ses dirigeants. Gardons-nous donc dans ce domaine de nous laisser presser par le temps. Il se peut que, poussé par des considérations humaines, nous ayons des objectifs datés pour la croissance d’une église. Veillons cependant à ce que ceux-ci coïncident avec la réalité spirituelle qu’on y trouve !

Soucieux du bien-être de son jeune collaborateur, Paul inclut au milieu de conseils d’ordre spirituel une recommandation médicale naturelle pour sa santé. La spiritualité n’exclut pas le fait de se donner les moyens de mieux se porter. La bonne santé est aussi un facteur d’efficacité dans le ministère à ne pas négliger, surtout s’il existe, comme Paul le préconise ici, des moyens simples pour l’améliorer. Travaillons, tant que Dieu nous donne vie, pour avoir au maximum un esprit saint dans un corps sain !


jeudi 23 juin 2016

1 TIMOTHEE, CHAPITRE 4

V 1 à 5 : avertissement de l’Esprit pour les derniers temps

Si Christ, le mystère qui est au cœur de la piété de l’Eglise, possède en Lui-même des atouts inégalables pour fonder la crédibilité de Son témoignage, la mission qui revient à celle-ci d’être colonne et appui de la vérité n’est pas pour autant gagnée. De manière expresse, l’Esprit de Dieu, dit Paul, avertit que, dans les derniers temps, plusieurs, sous l’impulsion de faux docteurs inspirés par des esprits démoniaques et séducteurs, s’éloigneront du cœur de la foi de l’Eglise pour tomber dans un système prônant un ascétisme qui n’a rien à voir avec le renoncement auquel l’Ecriture appelle les disciples de Jésus. Si l’avertissement de l’Esprit nous concerne, il s’appliquait d’abord à la première génération de chrétiens et aux suivantes. En effet, les derniers temps, dont parle Paul, ont commencé avec la venue même de Jésus : Hébreux 1,2. Aussi le danger auquel l’Esprit avertissait l’apôtre était déjà présent à son époque. Il ne cessera, tout au long des siècles, de resurgir sous des formes différentes. Déformation primaire de l’Evangile, il se manifestera par le courant gnostique qui, dès le début, s’opposera aux doctrines fondamentales de celui-ci, à commencer par l’incarnation du Fils de Dieu.

Qu’est-ce que la gnose ? La gnose est un courant ésotérique qui possède ses propres évangiles et lettres qu’il attribuera à certains disciples de Jésus. D’après eux, Jésus aurait mis à part certains disciples pour leur dévoiler des secrets qu’Il aurait cachés aux autres. Courant syncrétiste, la gnose ne repose pas sur le fondement de l’Ecriture. Le point central de l’enseignement gnostique touche à la connaissance. Selon les penseurs gnostiques, bien que l’homme ait en lui une étincelle de lumière divine provenant de l’Inconnaissable, il est dans le monde comme un prisonnier dans un cachot obscur. Le monde des hommes n’est pas ce que Dieu a voulu. Il est une prison voulue par un dieu inférieur –le démiurge, créateur du monde – qui a condamné l’homme à l’ignorance et à l’oubli de soi en l’enserrant dans les liens du corps. Il existe toutefois certains hommes qui, par une révélation, pourront revivifier leur lumière intérieure et regagner leur patrie céleste : c’est la gnose.[1] L’enseignement des gnostiques rejoint ce que dénonce ici Paul. Le corps, selon eux, étant mauvais, le salut de l’esprit ne peut s’opérer que par la répression de celui-ci et de ses désirs. C’est pourquoi le gnosticisme prône de manière si vigoureuse la vertu du célibat et de l’ascétisme et nie de manière si catégorique que le Fils de Dieu ait pu prendre forme humaine.

Bien qu’ayant l’apparence de la sagesse par la rigueur qu’il impose à ses adeptes : cf Colossiens 2,23, le gnosticisme est un mensonge. Pour la défense de l’Evangile, l’apôtre utilise comme preuve contre lui deux arguments :

-          Le premier vise les promoteurs de cette doctrine. S’appuyant sur le fait que, selon Jésus, c’est au fruit que l’on reconnaît l’arbre : Matthieu 7,15-16, Paul dénonce le caractère dissolu de la vie des gnostiques, fruit de leur conscience cautérisée. Les faux docteurs ne le sont pas par hasard. Ils le sont devenus parce qu’ils se sont habitués à la fausseté et au mensonge. Le mensonge est devenu une telle habitude que leur conscience est devenue calcinée, comme l’est une chair marquée au fer rouge. Lorsque celui-ci brûle la peau, la douleur au début est grande. Puis la partie brûlée s’engourdit. Quand la blessure guérit, la cicatrice reste insensible, les extrémités nerveuses ayant disparu. Tel est l’état dans lequel se trouvent, du point de vue de la conscience, les gnostiques, qui, selon les écoles, sont incités à s’atteler à un strict ascétisme qui les rend suffisants et orgueilleux, ou à la débauche (la matière étant sans valeur). Les faux docteurs ne le savent pas, mais eux-mêmes sont les victimes du mensonge. Car, dit Paul, ce n’est pas par eux-mêmes qu’ils sont arrivés à la connaissance des doctrines qu’ils propagent. Leur inspiration vient des démons dont le but n’est pas de nier Jésus, mais, souvent, de pousser le monde à croire à un autre Jésus que celui de l’Evangile : 2 Corinthiens 11,4.

-          Le second vise le cœur de la doctrine gnostique, à savoir le caractère malsain de ce qui est matériel. C’est faire injure à Dieu, le Créateur de l’homme, de penser que Celui-ci soit si faible qu’il n’ait pu éviter à sa créature une telle condition. Quel Dieu serait Dieu si Sa volonté créatrice serait mise en échec à ce point par une force qui Lui est contraire ? Le chrétien peut jouir et se réjouir sans scrupule de tout ce que Dieu, son Créateur véritable et celui des conditions de sa vie, lui a donné. Ni la sexualité, ni aucun aliment ne sont mauvais en soi. Au contraire, ces dons reçus de Dieu dans la reconnaissance et la prière, contribuent à l’adoration qui Lui est due. Ce qui souille l’homme, a dit Jésus, ne procède pas de ce qui lui est extérieur, mais de son cœur mauvais et séparé de Dieu : Marc 7,18 à 23. Puisque tout ce que Dieu a donné aux hommes est bon, il n’y a rien de dégradant pour la Divinité de s’être revêtue de l’humanité.

Jusqu’au IVème siècle, le gnosticisme a tenté de faire son nid dans le christianisme naissant en s’emparant de la personnalité de Jésus-Christ pour en faire ce qu’on appellerait aujourd’hui « sa tête de gondole » dans la promotion de ses thèses d’inspiration orientale. Si l’Evangile a triomphé du gnosticisme, celui-ci n’a pas disparu. De manière rampante, il est toujours présent dans le monde dans des mouvements qui, tels la franc-maçonnerie ou la Rose-Croix, détournent Jésus et Son enseignement à des fins occultes. Veillons à ce que le Jésus et l’Evangile que nous apportons soient celui que nous ont légué les apôtres : rien n’est plus important pour l’Eglise.

V 6 à 11 : être un bon ministre de Jésus-Christ

Face aux hérésies potentielles auxquelles l’Eglise est confrontée, Paul appelle Timothée à être un bon ministre de Jésus-Christ. Pour se faire, Timothée doit se donner à des tâches essentielles, liées toutes à la Parole de Dieu. Elle doit être la nourriture de sa foi, le ferment de ses pensées, ce qui inspire sa ligne de conduite. Le serviteur de Dieu ne peut être le garant de la bonne doctrine dans la communauté que si les vérités qui en constituent le corps lui sont familières. Ce n’est qu’à ce prix qu’il pourra réfuter l’erreur et exposer les mensonges qui en sont l’origine.

L’exercice primordial auquel doit se donner le ministre de Jésus-Christ chaque jour est celui de la piété. L’exercice corporel, auquel l’apôtre le compare, n’est pas sans valeur. Mais son utilité, dit Paul, est très limitée dans le temps et pour la vie. La piété, quant à elle, est utile à tout. Par la relation intime qu’il a avec son Dieu chaque jour, le serviteur de Dieu est fortifié, nourri, équipé pour son service. Il est en mesure, non seulement de vivre ce que Dieu attend de lui, mais d’être dans l’Eglise cet élément d’encouragement et d’édification auquel Dieu l’appelle auprès de ses frères. Tout ministre de Jésus-Christ le sait : ce n’est que dans la proximité et la dépendance de Dieu que se trouvent les ressources dont il a besoin pour son service. La piété possède en elle, non seulement la promesse de la vie pour le présent, mais encore celle de l’avenir et de l’éternité. Ne la négligeons pas, car le faire c’est nous priver du vital de notre existence.
Si la piété est la condition d’un service fructueux, la motivation qui en est la cause, rappelle Paul, dépasse ce cadre. Il est des vérités qu’il nous faut dans notre vie de foi absolument nous approprier. Car ce sont elles qui constituent les raisons d’être profondes de nos existences. Que le ministre de Jésus-Christ se souvienne de celle-ci. S’il lutte et se donne de la peine pour s’acquitter de son service ici-bas, ce ne doit pas être juste pour la satisfaction de la réussite, mais surtout en vertu de l’espérance qui l’habite. Car le ministre de Jésus-Christ n’est pas le serviteur d’une cause passagère et locale. Il est au service du Dieu vivant dont le projet de salut englobe l’humanité entière. Il a une mission qui touche à la fois la communauté des élus et celle, bien plus vaste, des peuples du monde. La vision qui porte le ministre de Jésus-Christ doit être à la taille du dessein dans lequel elle s’inscrit. Ce n’est que dans cette mesure que le ministre trouvera la valeur et la vraie signification de son service.

V 12 à 16 : être un modèle pour les croyants

Si, à l’égard de Jésus-Christ, Timothée est appelé à être un bon ministre, à l’égard des croyants, il se doit d’être un modèle. Pour se faire, Paul cible cinq domaines dans lesquels il appelle son jeune collaborateur à exceller :

-          Les paroles. C’est, selon Jacques, le domaine dans lequel nous bronchons le plus facilement : Jacques 3,2. L’une des preuves évidentes de la vie nouvelle est le changement qui s’opère dans le langage de l’enfant de Dieu. Les paroles malsaines disparaissent pour faire place à des propos qui édifient. La présence du Saint-Esprit en lui ne lui permet plus d’être grivois, grossier ou extravagant. La langue qui proférait des insanités se met à louer Dieu, Le chanter et Lui adresser des actions de grâces : cf Ephésiens 4,29 ; 5,3. Qui est appelé à enseigner, exhorter, conduire les autres dans la vérité doit, pour sa crédibilité, être exemplaire dans ses paroles.

-          La conduite. Le mot englobe tout ce qui touche au comportement, la façon d’être et d’agir de Timothée en public. Il inclut l’idée d’être irrépréhensible dans ses actes, dans tous les domaines et vis-à-vis de chacune et chacun. Paul donnera à ce sujet quelques conseils pratiques à Timothée dans le chapitre suivant : 1 Timothée 5,1-2. Veillons en toutes choses, sobriété, maîtrise de soi, libéralité, détachement à l’égard de l’argent, des honneurs, à être, en tant que responsables, irréprochables.

-          L’amour. Si le but que doit viser tout enseignement est de produire l’amour : 1 Timothée 1,5, il ne peut être atteint que si celui qui enseigne en donne la preuve pratique dans sa vie. Pour exemple, ce n’est qu’après avoir lavé les pieds de Ses disciples que Jésus leur a ordonné de suivre Son exemple et de s’aimer les uns les autres comme Il les a aimés : Jean 13,34-35. Tout berger est un guide. Il ne peut mener les autres plus loin que là où lui-même se trouve. Que Jésus, qui mit un point d’honneur à mettre le comble à Son amour pour les Siens en se faisant leur serviteur, soit le modèle que nous visons à imiter.

-          La foi. Il est inévitable que chaque enfant de Dieu passe par l’adversité, le découragement ou l’épreuve. Le responsable ne pourra être modèle pour ses frères dans ce domaine que dans la mesure où lui-même, dans des circonstances éprouvantes, aura fait preuve d’une confiance sereine en Dieu. Ne négligeons pas la valeur de l’endurance et de la persévérance dans la foi. Elles seront aux jours mauvais, pour ceux qui nous observent, une stimulation sans égale à croire et à espérer contre toute espérance.

-          La pureté. Il y a toujours danger pour des responsables de pécher dans ce domaine. Aussi se doivent-ils de faire preuve ici d’une extrême vigilance. La relation qu’un responsable entretient avec les sœurs de la communauté ne doit prêter à aucune ambigüité. Elle ne doit être ni familière, ni privée, mais doit se vivre au vu et su de tous. La question est d’autant plus importante lorsque le responsable est charismatique et qu’il suscite l’admiration. Il peut, par son aura, soit se mettre en danger lui-même, soit ses sœurs les plus fragiles.

Etre modèle, c’est être une référence, un point de repère, une source d’inspiration pour les autres. Outre le fait d’être un évangéliste et un implanteur d’églises, Paul poursuivait cet objectif. Imitateur de Jésus-Christ, il appelait ses frères à suivre son exemple : 1 Corinthiens 11,1. Tout responsable sérieux avec Dieu et dans son engagement devrait viser d’être modèle pour les autres. C’est l’une des missions premières de Timothée dans l’Eglise d’Ephèse.

Quelles doivent être, en tant que modèle, les sources d’occupation de Timothée ? A quoi doit-il se donner en priorité ? Sur quoi doit-il veiller ? C’est ce à quoi répond Paul dans les directives qu’il donne à son jeune collaborateur :

1ère priorité : la Parole de Dieu. Outre le fait déjà vu qu’il doit se nourrir pour lui-même de la Parole : v 6 à 8, la première responsabilité de Timothée à l’égard de ses frères consiste en la lecture, l’explication, l’enseignement de la Parole de Dieu en vue de son application. Alors que chaque chrétien de notre temps en Occident a le loisir de posséder la Parole de Dieu et de la lire, nous devons nous souvenir qu’il n’en était pas de même au temps de Timothée. Beaucoup de ceux qui étaient nés de nouveau ne savaient peut-être pas lire ou n’avaient pas les moyens de se procurer les Ecritures. La lecture publique de celle-ci était primordiale pour l’acquisition de la connaissance des fondamentaux de la foi. C’est ce à quoi Timothée devait se donner en premier.

2ème priorité : la mise en œuvre du don reçu. Appelé au ministère par Paul, Timothée n’est pas parti les mains vides. Il a reçu en son temps une parole de Dieu qui précisait le charisme par lequel Dieu l’avait équipé. La prophétie avait été confirmée par les anciens de son église qui l’avait envoyé en lui imposant les mains, signe de leur approbation et de leur identification avec lui dans son ministère. Beaucoup de choses pourraient absorber le temps de Timothée. S’il doit se donner à une tâche, lui dit Paul, c’est en priorité à celle pour laquelle Dieu l’a si clairement appelé. Ses progrès dans le ministère en dépendent.

3ème priorité : le fait de veiller sur soi-même et son enseignement. Si le service auquel Dieu appelle Timothée auprès de ses frères doit être le cœur de sa tâche, il ne peut être correctement accompli qu’à une condition : que celui-ci soit en bonne santé spirituelle et qu’il se donne le temps de maîtriser et de fonder l’enseignement qu’il est appelé à délivrer à ses frères. Il ne s’agit pas là, en effet, d’une mince affaire. C’est sur la base de l’enseignement prodigué que les croyants fondent leur foi. Un enseignement mal donné ou mal acquis ne peut qu’engendrer des vies mal orientées. Il est donc du devoir du serviteur, appelé à nourrir le troupeau de Dieu, de prendre le temps qu’il lui faut pour, d’une part, veiller sur lui-même, la qualité de sa vie et de sa relation avec Dieu, et, d’autre part, approfondir sa connaissance de l’Ecriture.

Chaque serviteur de Dieu a reçu une mission précise pour laquelle Dieu l’a qualifié. Il ne sera une source de bénédiction pour les autres dans le domaine précis où il a reçu l’appel de Dieu que s’il se donne les moyens d’exceller dans son ministère. Avec le temps, s’il le fait, les progrès du serviteur de Dieu dans le domaine de prédilection qui est le sien s’imposeront à tous. Celui-ci ne doit jamais, d’autre part, perdre de vue la portée spirituelle de son service. Il y va de la sécurité spirituelle des élus, de la stabilité de leur foi et de la pérennité de l’œuvre de Dieu dans leurs vies. Ce qu’on demande d’un intendant de l’œuvre de Dieu, c’est qu’il soit fidèle, dira Paul : 1 Corinthiens 4,2. Que, par la grâce de Dieu, nous le soyons !





[1] Le monde des religions : Hors série n° 10