vendredi 9 décembre 2016

COLOSSIENS 4

V 1 : recommandations aux maîtres

Il en est devant Dieu et dans l’Eglise de Jésus-Christ du maître comme de l’esclave. Quel que soit le rang qu’il occupe, chacun est appelé à agir envers autrui selon les principes et l’esprit du royaume véritable auquel il appartient. Si l’esclave croyant est serviteur de Christ avant de l’être d’un homme, le maître croyant (ou le patron) n’occupe pas l’échelon supérieur de la hiérarchie de sa maison ou de son entreprise. Au-dessus de lui se trouve au ciel un Maître plus grand à qui, lui aussi, aura à rendre compte : le Maître des maîtres, Jésus, le Seigneur. Paul l’a rappelé au début de sa lettre : Dieu a voulu qu’en toutes choses, dans tous les domaines, le Christ soit le premier : Colossiens 1,18. Tout chef chrétien placé à la tête d’une organisation ou d’une équipe doit constamment s’en souvenir. Il n’est pas le premier dans l’échelle du commandement, mais le subalterne du Christ.

Que recommande Paul aux maîtres chrétiens qui témoignent de leur appartenance à Christ et de leur vie dans Son royaume ? Une chose par-dessus tout : la justice et l’équité dans leur façon de rétribuer ceux qui les servent. Si la rébellion ou la duplicité des serviteurs à l’égard de leurs maitres n’est pas admissible, l’exploitation et la spoliation de ceux-ci à leur encontre ne l’est pas davantage. Il existe pour l’enfant de Dieu des tentations propres à chaque position qu’il occupe. Celui-ci doit les dépasser pour agir en conscience devant Dieu et face à Celui qui l’a racheté et à qui il appartient ! Que dans le quotidien, le souci d’être témoin du Christ prévale dans nos vies et notre service sur toute autre considération et avantage !

V 2 à 6 : exhortations diverses

S’acheminant vers la fin de sa lettre, Paul communique aux Colossiens plusieurs exhortations qui lui tiennent à cœur. La première touche à la prière. S’il y a un domaine qui, aux yeux de l’apôtre, ne doit absolument pas être négligé, c’est lui. La prière est une priorité. C’est, avec la lecture de la Parole, la discipline à laquelle l’enfant de Dieu se doit d’être chaque jour le plus assidu. La prière est le lieu du recueillement, du ressourcement et de l’intercession. Qui fait défaut ici faillit partout. La prière n’est pas une activité de laquelle on s’acquitte comme un devoir. C’est le moment où le cœur se livre, se confesse, s’ouvre entièrement à Dieu, se répand, plaide pour lui-même, les autres, le monde. La prière peut être vécue en groupe. Elle est alors un moment privilégié de rapprochement spirituel des uns avec les autres et avec Dieu. Mais elle nécessite aussi des temps de solitude au cours desquels, dans le secret de sa chambre, l’enfant de Dieu s’adresse à son Père céleste : Matthieu 6,6. Paul insiste pour que la prière ne se limite pas à la supplication ou l’intercession, mais qu’elle soit accompagnée de l’action de grâces. Il est inimaginable de s’adresser à Dieu et d’oublier tout ce dont nous sommes l’objet par Sa grâce. La foi qui demande est aussi celle qui se souvient.

Paul n’hésite pas aussi à partager avec les Colossiens qu’il ne connaissait pas des sujets de prière personnels. Le Corps de Christ est un organisme vivant. Ce qui touche l’un des membres touche aussi les autres : cf 1 Corinthiens 12,26. La demande de prière de Paul pour les sujets relatifs à son ministère est d’autant plus importante que celui-ci se trouve sur le front de la bataille pour l’annonce de l’Evangile. Dans ce contexte, il invite les Colossiens à prier pour deux choses. La première est qu’une porte s’ouvre pour la Parole. Il arrive souvent, sur le terrain missionnaire, que le désir et la volonté soient là pour annoncer Christ. Mais les possibilités ne le sont pas. Comme il en était de Jéricho pour Josué, les portes des villes sont fermées et les entrées barricadées : Josué 6,1. Seule la puissance de Dieu a le pouvoir d’abattre les forteresses qui rendent impossible le travail de témoignage et d’implantation de l’Eglise. C’est dans la foi et la prière que le peuple de Dieu participe à cette œuvre de libération.

Le second sujet exprimé par Paul tient à l’annonce elle-même de l’Evangile. Alors qu’il se trouve en prison, Paul n’a pas besoin de l’aide de Dieu seulement pour que la porte de sa geôle s’ouvre, mais aussi pour trouver les mots qui conviennent dans la proclamation du message dont il est le porteur. Certes, Paul connaît la teneur du message de l’Evangile. Mais il sait aussi que sa présentation n’est pas uniforme. Ce qui convient aux Juifs ne répond pas aux Grecs ou aux barbares. Jésus présentait toujours le message de la Bonne Nouvelle à Ses interlocuteurs. Mais ce qu’Il a dit à Nicodème différait dans les mots de ce qu’Il a partagé avec la samaritaine. Il nous faut donc prier, et demander que l’on prie pour nous, afin que là où nous nous trouvons l’Evangile soit clairement annoncé. On peut, en effet, vite se rassurer, en tant qu’évangéliste, en se disant que le message de Christ a été proclamé. Mais s’il n’a été ni audible, ni compréhensible pour ceux qui l’ont entendu, c’est comme si nous n’avions rien fait.

C’est sur leur conduite qu’en premier les incroyants jugent les chrétiens. Il est vital, pour la crédibilité de leur témoignage, que ceux-ci fassent preuve de sagesse dans leur comportement à leur égard. Si l’enfant de Dieu ne fait pas preuve d’attitudes ou de réactions différentes de celles des incrédules, comment ceux-ci pourraient-ils voir qu’ils sont habités par un esprit différent ? L’enfant de Dieu ne doit jamais perdre de vue son identité. Il n’appartient plus à ce monde, il ne vit plus pour les causes qu’il défend. Quels que soient les torts qu’on lui fasse, il n’est plus nécessaire pour lui de défendre à tout prix son honneur ou sa justice. Les opinions qui ont cours dans le monde sur quantité de sujets sont multiples. Que le chrétien apprenne à faire preuve de modération : c’est le royaume de Dieu et le besoin de l’Evangile pour tout homme qu’il doit promouvoir, non la cause d’un parti ou d’une opinion.

Le temps est le bien le plus précieux que possède ici-bas l’enfant de Dieu. Paul exhorte les Colossiens à ne pas le gaspiller, mais à le racheter pour des choses utiles. A ce propos, la sagesse biblique nous invite à ne pas compter nos vies en années, mais en jours : Psaume 90,12. Le jour est l’unité de base du temps. Chaque jour est comme un pas que nous faisons dans une marche qui nous conduit vers une certaine direction. Il nous faut demander à Dieu, à ce sujet, ce que Moïse priait : « Enseigne-nous à bien compter nos jours afin que nous conduisions notre cœur avec sagesse » et « Affermis pour nous l’œuvre de nos mains » : Psaume 90,12 et 17.

Mise à part la conduite, c’est aussi sur nos paroles que nous serons jugés par ceux qui nous entourent. Paul plaide pour que celles-ci soient toujours accompagnées de grâce et assaisonnées de sel. Nous n’avons pas à apporter un message de condamnation et de jugement autour de nous, mais de pardon. Les paroles qui sortent de notre bouche sont comme un aliment que nous offrons au cœur et à l’esprit de ceux qui les entendent. Selon leur teneur, soit elles leur donneront le goût de connaître d’où elles proviennent, soit elles les en dissuaderont. « La bouche du juste annonce la sagesse, et sa langue proclame la justice : Psaume 37,30. » « Les paroles agréables sont un rayon de miel, douces pour l’âme et salutaires pour le corps : Proverbes 16,24. »

V 7 à 18 : messages personnels et salutations

Comme il en a l’habitude, Paul conclut sa lettre par des messages personnels et des salutations. Ne pouvant lui-même se rendre à Colosses, il délègue Tychique et Onésime auprès des Colossiens pour qu’ils leur fassent part de sa situation. Les deux frères leur sont bien connus. Paul n’hésite pas à faire leur éloge et à exprimer toute l’estime qu’il a pour chacun d’eux. Tychique a été un compagnon d’œuvres de Paul lors de son troisième voyage missionnaire : Actes 20,4. Onésime est un ancien esclave de Philémon. Emprisonné avec Paul, il deviendra un disciple de Christ fidèle et utile à l’apôtre : cf épître à Philémon. Les deux hommes ne sont pas envoyés par l’apôtre seulement pour leur apporter des nouvelles de sa situation. Ils sont porteurs de la lettre qu’il leur a écrite, et ils ont la mission de les encourager. Quelles que soient les circonstances que Paul traverse, l’apôtre a toujours veillé à ce qu’elles ne soient pas source de découragement pour les Eglises. Les tribulations, les détresses sont le lot normal du serviteur de Christ ici-bas. Elles sont l’occasion pour lui de faire l’expérience du secours et du soutien de Dieu. Par l’encouragement reçu, elles le rendent aptes ensuite à fortifier tous ceux qui, après lui, passent par les mêmes détresses : 2 Corinthiens 1,4. C’est là le sens du message que l’apôtre veut porter à ses frères au courant de sa situation.

Dans sa prison, Paul n’est pas seul. Un de ses compagnon d’œuvre au moins, Aristarque, cité à trois reprises dans le livre des Actes : Actes 19,29 ; 20,4 ; 27,2, est incarcéré avec lui. Paul fait part de ses salutations fraternelles aux Colossiens. Il leur demande aussi de faire bon accueil à Marc, le cousin de Barnabas, l’auteur d’un Evangile. Dans le passé, Marc fut l’objet d’un vif désaccord entre les deux apôtres : Actes 15,39. Ces choses font désormais d’un passé révolu. Marc ayant fait ses preuves, il n’y a plus de raison chez Paul d’être réservé à son sujet. Au contraire, beau témoignage de la grâce agissante de Dieu dans les pages du Nouveau Testament, il ne peut que le recommander !

Paul cite également parmi les Juifs convertis plusieurs frères qui, à ses yeux, sont des collaborateurs précieux : Justus et, surtout, Epaphras, originaire de Colosses, qui les salue. L’apôtre rend témoignage à son sujet du fardeau qui est le sien pour eux. La prière d’Epaphras pour ses frères rejoint le souci de Paul à leur propos : que les Colossiens, affermis dans la connaissance de Dieu et de Sa volonté, deviennent des chrétiens mûrs et fermes dans leur foi : Colossiens 1,28-29. C’est là, dans toutes les épîtres, le cœur de la prière de l’apôtre. L’est-ce aussi dans les nôtres pour nos frères et sœurs ?

Paul termine sa lettre par diverses communications. Il demande, entre autres, que la lettre que les Colossiens vont recevoir soit aussi lue dans l’Eglise des Laodicéens et qu’eux fassent lire aux frères de Colosses celle qui leur arrivera. Les Eglises des premiers temps n’avaient pas à leur disposition le Nouveau Testament qui contient tout ce dont nous avons besoin pour notre foi. La requête de Paul témoigne cependant d’une circulation intense, sur le plan régional à minima, des écrits dont les apôtres étaient les auteurs. Ses lettres précieuses, sans doute recopiées de nombreuses fois, ont traversé les siècles pour nous parvenir. Estimons-les à leur juste valeur ! Recevons-les, non comme les écrits d’un homme, mais comme la Parole même de Dieu pour nous aujourd’hui : 2 Pierre 3,16.

C’est de sa propre main, preuve de son authenticité, que Paul signe la lettre qu’il envoie aux Colossiens. Il se recommande, en temps que prisonnier, à leur souvenir. C’est là ce dont chacun qui passe par cette situation a le plus besoin : ne pas être oublié. Les prisonniers dans la foi ont besoin de nos prières. Ils sont aussi besoin que l’on pense à eux en se mettant à leur place. Ce n’est que de cette manière qu’une vraie compassion naîtra dans notre cœur pour eux : Hébreux 13,3. Que Dieu nous aide à ne pas nous habituer à la détresse et à la souffrance de nos frères qui, dans le monde, passent par la persécution.


Que la grâce soit avec vous, conclut Paul ! Qu’avons-nous besoin d’autre chaque jour de notre vie ? Elle seule est la source de notre salut, de notre force et de notre soutien au quotidien ! 

lundi 5 décembre 2016

COLOSSIENS 3

V 1 à 11 : morts et ressuscités avec Lui (suite)

De même que nous sommes morts avec Christ, Paul dit que nous sommes aussi ressuscités avec Lui. Comme il en a été de notre identification avec Christ dans Sa mort, celle qui nous unit à Lui dans la résurrection a des incidences pratiques pour notre vie. Le Christ ressuscité n’est plus de ce monde. Il siège en haut à la droite de Dieu. Sur le plan spirituel, la position du Christ est désormais aussi la nôtre. Certes, nous avons les pieds sur terre et notre corps qui est terrestre retournera à la poussière. Mais notre esprit, notre être intérieur vit déjà dans le royaume d’en-haut. Notre vie véritable se déroule dans une sphère qui est hors d’atteinte de tout ce qui se meut et se passe ici-bas. Uni à Christ, notre vie est intégrée à la Sienne, à tel point qu’elle est une composante avec Lui de la Divinité.

Connectés à la vie même de Dieu, nous sommes exhortés à chercher et à nous préoccuper par-dessus tout des choses d’en-haut. Au lieu de se nourrir des choses d’ici-bas, comme le font ceux qui ne connaissent pas Dieu, l’enfant de Dieu se distingue par le fait que ce qui fait l’objet de sa réflexion et de sa méditation quotidienne touche à la vie et aux sujets qui ont trait au royaume de Dieu. L’enfant de Dieu n’échappe pas pour autant à sa condition terrestre. Comme les autres, il se marie, fonde une famille, se rend à son travail, paye ses impôts et participe à la vie sociale de la communauté humaine à laquelle il appartient. Mais une préoccupation majeure l’anime, celle de savoir comment, au milieu même de ses activités, il peut rendre témoignage du royaume dans lequel il vit et au Seigneur à qui il est. L’enfant de Dieu mange et boit comme les autres. Mais quoi qu’il fasse, il vise l’objectif, comme le fit Jésus du temps de Son humanité, de tout faire pour la gloire de Dieu : 1 Corinthiens 10,31.

Manifestons-nous que nous sommes ressuscités avec Christ au milieu de ceux qui, chaque jour, nous voient vivre ? Peuvent-ils constater que ce qui fait notre aspiration ne touche pas aux ambitions, aux buts que poursuivent ceux qui n’ont pour horizon que la vie ici-bas ? Pour l’heure, notre vie véritable est cachée avec Christ en Dieu. Le jour vient cependant où le Christ, notre vie, paraîtra dans Sa gloire. Au jour où l’événement se produira, les hommes comprendront-ils ce qui, à l’intérieur de nous-mêmes, nous faisaient vivre ? Pourront-ils dire qu’à travers nous ils avaient déjà touché du doigt la vie qui est en Christ et senti l’air qui se respire dans le royaume de Dieu ? Ou diront-ils que notre vie était si étrangère à ce royaume qu’ils n’en auront rien perçu ? C’est ce défi que, ici-bas, nous sommes appelés à relever !

Morts et ressuscités avec Christ, nous avons à traduire dans les faits la réalité de notre position. Outre le fait de nous préoccuper et de nous attacher à ce qui est en-haut, il nous faut aussi faire mourir ce qui, en nous, relève d’en-bas. Le premier trait de cette nature terrestre à éradiquer cité par Paul est celui de l’inconduite sexuelle. Donnée par Dieu, la sexualité est réservée au cadre unique du mariage entre un homme et une femme. A cause du péché, ce cadre, depuis longtemps et de bien des manières, a été pulvérisé. Il est du devoir du chrétien, habité par la pensée et la vie de Dieu, de le réhabiliter. Suite à l’inconduite sexuelle, Paul dénonce tout ce qui en nous porte la marque du mal et de l’idolâtrie. Dans ce domaine, l’apôtre estime que la cupidité, l’amour de l’argent, occupe la place première. Il y a peu de risque en effet qu’un véritable enfant de Dieu se mette à adorer des statues de faux dieux. Beaucoup, par contre, peuvent être tentés d’accorder aux richesses et aux biens matériels un amour et une valeur qui ne devraient revenir qu’à Dieu : cf Matthieu 6,24.

Paul rappelle que les péchés qu’il dénonce ne sont pas anodins. C’est, dit-il, à cause d’eux que la colère de Dieu vient sur les rebelles. Nés de nouveau, les enfants de Dieu ont à se séparer de manière radicale des passions anciennes qui les habitaient. Il ne doit plus, d’aucune manière, y avoir en eux de tolérance à leur égard, comme il n’y en a pas chez Dieu. De ce nombre fait aussi partie tout ce qui relève d’une réaction charnelle à une contrariété : colère, malfaisance, médisance, calomnie ou paroles grossières et choquantes. C’est sur les faits et la réalité de sa vie nouvelle que l’enfant de Dieu révèlera la nouvelle identité qui est la sienne. Sans ces preuves, il pourra toujours attester qu’il est réellement un être nouveau : il y a peu de chance qu’il soit cru.

Parce que notre père ancien était le Menteur : Jean 8,44, l’une des caractéristiques fortes de notre vie passée était le mensonge. Dépouillés désormais de l’homme ancien, nous sommes appelés à nous défaire de l’état d’esprit dans lequel il agissait. Ce qui oriente notre façon d’agir désormais ne procède plus de nous-mêmes, mais de la connaissance de Celui qui vit en nous. En Lui, nous avons été recréés. Nous possédons une nature nouvelle qui, chaque jour, se renouvelle au contact de Sa vie. Au bénéfice d’une œuvre continuelle de régénération,  notre être tend chaque jour à une transformation de plus en plus conforme à Son image et à Sa ressemblance. Tout ce qui nous séparait les uns des autres de manière naturelle n’a désormais plus cours. Il n’y a plus dans le nouveau peuple de Dieu de différences ethniques, raciales, sociales, mais une seule réalité, un seul dénominateur commun : Christ est tout en tous. Que cette évidence puisse être auprès de ceux qui ne Le connaissent pas la force du témoignage de l’Eglise de Jésus-Christ !

V 12 à 17 : les effets de la vie nouvelle dans la communauté chrétienne

S’il y a un lieu où la réalité de la vie nouvelle qui habite les enfants de Dieu doit être visible, c’est bien la communauté chrétienne. La communauté chrétienne n’est pas seulement une communauté de pécheurs sauvés par grâce. C’est, rappelle Paul, une communauté d’élus de Dieu, saints et bien-aimés. C’est une société de personnes qui portent les caractéristiques d’une identité qui ne se trouve nulle part ailleurs. L’Eglise, dira Paul ailleurs, n’est pas une institution humaine. C’est la maison du Dieu vivant, la colonne et l’appui de la vérité : 1 Timothée 3,15. Si donc il y a un endroit où peut être faite la démonstration de la vérité de l’Evangile par les fruits qu’il porte dans des vies, c’est dans l’Eglise qu’elle doit se trouver.

Pour se faire, Paul a raison de porter le premier accent sur l’identité nouvelle dont sont parés les enfants de Dieu. Ce n’est que lorsque chacun d’eux a compris qui il est en Jésus-Christ qu’il est capable, dans sa relation avec les autres, de faire preuve des qualités et des vertus qui ont cours dans la famille de Dieu. La première de toutes, dit Paul, est la miséricorde. La miséricorde est le sentiment qui est à l’origine de la grâce dont chaque enfant de Dieu a été l’objet. Elle est l’une des qualités relatives à Dieu les plus souvent citées dans Ses rapports avec Son peuple : Exode 34,6 ; Psaume 86,15 ; 103,8 ; 116,5. Il n’est donc pas étrange que ce soit elle qui prime dans les relations entre membres de Sa famille. Celles que Paul cite ensuite découlent toutes d’elle. Gagnés à Christ par la miséricorde de Dieu, les enfants de Dieu ont à faire preuve entre eux de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Constamment, ils doivent se souvenir que la grâce dont ils sont l’objet est aussi celle qui doit conditionner leur relation avec leurs frères. Certes, la communauté de Dieu n’est pas parfaite. Il s’y trouve encore beaucoup de faiblesses et d’imperfections. Elles sont l’occasion de mettre en valeur aux yeux du monde la beauté de l’Evangile, la réalité pratique de la vie nouvelle qui habite les enfants de Dieu, image de celle qui était en Jésus-Christ.

Par-dessus tout, il faut, insiste Paul, que les enfants de Dieu se revêtent, tel un habit qu’ils portent en tout temps, de l’amour. Un frère doit-il être repris pour sa conduite ? Une vérité doit-elle être délivrée depuis la chaire ? Un chrétien faible doit-il être accompagné ? Un frère, une sœur doivent-ils être secourus matériellement ? Que l’amour soit et reste la motivation qui anime dans l’Eglise toute démarche, toute action des uns envers les autres ! Sans l’amour, l’Eglise peut certes fonctionner. Les rencontres autour de la Parole de Dieu, les réunions de prière peuvent se poursuivre et des œuvres se perpétuer. Mais qui a perdu l’amour a perdu l’essentiel, le parfum agréable qui émane de ce qui est fait : 1 Corinthiens 13,1 à 3. La perte de l’amour est la cause, le commencement de tout déclin dans la vie de l’Eglise : Apocalypse 2,4. Sans amour, il peut y avoir du bruit, des activités, des paroles, des actes. Mais il n’y a plus rien qui fait le lien entre eux. L’amour est le ciment de la communauté chrétienne, le liant qui lui donne sa force, son unité. L’amour est l’attache qui rend l’Eglise parfaite, digne de Celui qui en est la Tête. Prions et travaillons à ce que, jamais, il ne manque au milieu de nous !

Outre la priorité de l’amour, l’apôtre Paul poursuit ses recommandations à l’Eglise de Colosses quant à ce qui doit se trouver en elle, pour être cette société nouvelle qui exprime la vie qui a cours dans le royaume de Dieu, par quatre injonctions. Paul demande :

1.       Que la paix du Christ, à laquelle les Colossiens ont été appelés, règne dans leur cœur.  Cette paix du Christ est à la fois la condition et la preuve de l’unité du corps. Elle est le signe dans l’Eglise que Christ est bien la Tête et le Seigneur de chaque membre. Nous pouvons dans nos prières invoquer Jésus comme notre Seigneur : si nous sommes animés d’un esprit querelleur et revanchard envers nos frères, nous démentons par notre comportement ce que nous professons par nos lèvres. Soyons de ceux qui, dans la communauté chrétienne, procurent la paix. C’est de cette manière, dit Jésus, que nous serons reconnus pour des fils de Dieu : Matthieu 5,9

2.       Qu’ils soient reconnaissants. La reconnaissance devrait être l’état d’esprit qui domine de manière permanente dans l’Eglise. Nul, en effet, n’a plus de raisons de se réjouir ici-bas de ce qu’il possède que l’enfant de Dieu. Tout incroyant qui entre dans l’Eglise de Jésus-Christ devrait le remarquer : la différence qui existe entre les enfants de Dieu et ceux du diable tient à ce que les premiers ne se plaignent jamais, mais louent Dieu sans cesse inversement aux seconds. « Rendez grâces en toutes choses, dira Paul ailleurs, car c’est là la volonté de Dieu pour vous en Jésus-Christ : 1 Thessaloniciens 5,18.

3.       Que la parole du Christ habite en eux avec toute sa richesse. Pour se faire, Paul en indique la voie la plus fructueuse. C’est à ses yeux celle du chant. Le chant possède un pouvoir que la prédication la meilleure ne possède pas : celui de graver dans les cœurs et les esprits les paroles qui le composent. Le chant dans l’Eglise ne devrait pas être simplement perçu comme une expression de louange envers Dieu. Le chant est aussi un support pour l’instruction, l’exhortation. C’est pourquoi aussi les psaumes, les hymnes anciens sont si riches sur le plan de l’enseignement, du témoignage ou de la théologie. La richesse du contenu des cantiques que nous utilisons devrait être un des critères prioritaires de choix quant à leur sélection dans le recueil que nous proposons d’utiliser en église.

4.       Que quoi qu’il fasse en parole ou en œuvre, tout soit fait au nom du Seigneur Jésus et dans l’action de grâce envers le Père. Outre des adorateurs, les enfants de Dieu sont appelés à être des témoins de Jésus. Le but de la communauté chrétienne ne devrait jamais être d’être admirée pour elle-même. Tout ce qui émane d’elle et qui la rend belle et attirante aux yeux des incrédules n’a qu’un but : témoigner de Jésus. Car c’est Lui l’Auteur de la vie et du fruit qui s’y trouve. Quel que soit le bien ou le témoignage qu’on nous rende, ne volons jamais à Jésus la gloire qui Lui revient. Nous commettrions ici une faute pire que celle commise par ceux qui ne Le connaissent pas, et qui s’attribuent à eux seuls le mérite de ce qu’ils sont.

V 18 à 21 : les effets de la vie nouvelle dans le cercle familial

Les recommandations que fait Paul aux différentes personnes qui composent le cercle familial rejoignent celles que l’on trouve par ailleurs dans le reste du Nouveau Testament :

-          Les femmes sont appelées à être soumises à leurs maris. C’est là ce qui convient au Seigneur, ce qui Lui est agréable : Ephésiens 5,22 à 24 ; 1 Pierre 3,1.5 ; Tite 2,5. Paul, dans sa première lettre à Timothée, justifie cette ordonnance divine à l’égard de la femme de deux manières. Elle est d’abord liée à l’ordre qui a prévalu dans la création : l’homme a été créé le premier avant la femme. Elle tient aussi aux faits qui ont conduit l’humanité à la chute : c’est Eve séduite, qui, la première, a transgressé l’ordre de Dieu : 1 Timothée 2,12 à 15. Pour ces deux raisons, la femme ne doit pas dominer sur l’homme, mais lui être soumise.
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-          Les maris se doivent d’aimer leurs femmes et de ne pas s’irriter contre elles. Paul précise dans sa lettre aux éphésiens quel modèle le mari doit suivre, en termes d’amour, à l’égard de son épouse, pour satisfaire à la volonté de Dieu : « Maris, dit-il, aimez votre femme comme Christ a aimé l’Eglise. Il s’est livré lui-même pour elle… : Ephésiens 5,25. » Si la femme doit être soumise à son mari, notons que c’est au mari à qui est ordonnée l’exigence la plus élevée dans une vie de couple conforme à la pensée et à la nature de Dieu.

-          Les enfants sont appelés à obéir à leurs parents, tout comme le fera Jésus dans son enfance : Luc 2,51. Pour l’apôtre, les enfants comme les adultes participent au témoignage qui doit être rendu à Christ dans le cadre du cercle familial. Même s’ils sont jeunes, ils sont capables de faire preuve de responsabilité dans leur comportement à l’égard de leurs parents. Une famille chrétienne est un ensemble. Et c’est ensemble que, dans le cercle familial, nous reflétons les vertus de la vie nouvelle que nous avons reçue de Dieu.

-          Les pères sont exhortés à ne pas exaspérer leurs enfants pour ne pas les décourager. L’enfant n’est pas un adulte. Il n’en a ni la maturité, ni la force. Les exigences des pères à l’égard de leurs enfants doivent en tenir compte. L’éducation, pour être bonne, doit englober tous les paramètres qui composent la réalité de la vie de nos enfants. Il doit en être de notre attitude et de nos exigences à leur égard comme de celles de Dieu envers nous. Il n’attend pas de nous ce qu’Il sait que nous ne pouvons produire. Il ne nous condamne pas quand nous échouons, mais fait preuve envers nous de grâce et de patience. Que Son attitude de Père soit pour nous source d’inspiration pour notre conduite envers nos enfants.

Il est notoire que ce soit le cercle familial qui, le premier, soit mentionné dans le projet de Dieu de faire de l’Eglise une société qui reflète la vie et les vertus qui ont cours dans le Royaume de Dieu et la Divinité. C’est ici, en effet, que celle-ci fait et donne ses preuves. Echouer dans ce cadre-là, c’est échouer partout. C’est se rendre inapte à exercer des responsabilités dans la maison de Dieu : 1 Timothée 3,4-5. Que Dieu fasse de nos familles des lieux où Christ puisse être vu et glorifié !

V 22 à 25 : les effets de la vie nouvelle dans le cadre sociétal

Hors du cadre familial, c’est dans son milieu professionnel que l’enfant de Dieu passe le plus de temps au contact des autres. Certes, les conditions dans lesquelles les employés exercent leur activité aujourd’hui diffèrent de celles des personnes auxquelles s’adresse l’apôtre ici. Il n’y avait au temps où Paul parle ni code du travail, ni syndicats pour défendre la cause des travailleurs face aux abus éventuels des patrons. Les employés étaient des esclaves qui ne s’appartenaient pas, mais qui étaient entièrement dévoués au service de leurs maîtres. Au vu de cette réalité, les recommandations de Paul à leur encontre sont d’autant plus applicables aux enfants de Dieu de notre temps. En effet, qui peut le plus dans des conditions difficiles peut autant quand elles sont plus aisées.


Que recommande Paul aux esclaves croyants qui puisse témoigner de la réalité de la vie nouvelle qui les habite et magnifier Christ aux yeux de leurs maîtres ? Quoi qu’ils soient au service d’un homme, il les appelle à ne pas considérer leur position de cette manière. Racheté par Christ, le croyant a Christ comme véritable Seigneur. C’est à Lui qu’il doit donc chercher en priorité à plaire dans tout ce qu’il fait. Même si son maître ne le voit pas ou n’est pas présent, l’esclave croyant doit avoir conscience qu’à chaque instant son Seigneur le voit. Aussi, doit-il tout faire, comme Joseph dans la maison de Potiphar, pour ne pas pécher contre Dieu, puisque c’est à Lui, ultimement, qu’il devra rendre compte de ses actes : Genèse 39,9. Il est également possible que, dans son service, le croyant ne soit pas rétribué justement ou en proportion du travail qu’il fournit. Qu’il ne s’en afflige pas pour autant ! Son Seigneur a vu son zèle, sa conscience professionnelle, son sérieux dans le service, sa fidélité et son intégrité. C’est de Lui qu’il recevra, le moment venu, sa récompense qui dépassera largement, en termes de gratification, tout ce qu’il aurait pu espérer obtenir. Ainsi, qui que ce soit que nous servions sur le plan humain, que ce soit à Christ seul que nous cherchions à plaire et d’être agréé !

lundi 28 novembre 2016

COLOSSIENS 2

V 1 à 4 : le fardeau de Paul pour les Colossiens

Ce n’est pas parce que les Colossiens n’ont jamais vu son visage que Paul n’a pas de fardeau pour eux. Au contraire ! Parce que l’apôtre sait que l’Eglise dans le monde est une, il a au fond du cœur les mêmes préoccupations pour toutes les communautés. Quels que soient leur origine ou le lieu où elles se situent, toutes les Eglises locales connaissent les mêmes combats. Elles ont besoin de grandir dans les mêmes vertus pour être affermies et en mesure de jouer le rôle de chandelier et de témoin du Christ là où elles sont. La première, citée par l’apôtre, est l’unité dans l’amour. Cette nécessité fut, en Son temps, le cœur de la prière de Jésus pour Ses disciples avant Son départ : Jean 17,20-21. L’unité dans l’amour est et doit rester la première priorité, le premier but auquel tous devraient tendre dans la communauté. La seconde est la pleine conviction de ce que Jésus est. La première et la seconde vertu citées par Paul sont liées l’une à l’autre. Plus la compréhension de Christ est claire dans le cœur de chaque enfant de Dieu, plus il est en mesure de L’aimer et d’aimer ceux qui sont à Lui. C’est pourquoi dans l’Eglise, il ne suffit pas de nous stimuler les uns les autres à l’amour. Il nous faut aussi enseigner, éclairer, instruire de telle manière que l’amour soit le fruit de la connaissance de Celui de qui il procède. Nous pouvons déplorer le manque d’amour qui existe parfois entre les membres d’une communauté. La question qui, derrière, se pose est la suivante : avons-nous eu le souci d’instruire les enfants de Dieu dans les trésors de sagesse et de connaissance qui sont cachés en Christ ?

Car, s’il y a un domaine dans lequel Dieu veut que nous excellions en connaissance, c’est Christ. Paul l’a déjà dit : en Christ ne se trouve pas seulement notre salut, mais toute la plénitude de Dieu : Colossiens 1,19. Si donc il y a quelque chose dont nous aurions besoin ou qui nous est nécessaire dans notre vie personnelle ou communautaire, c’est à un seul endroit que nous le trouverons : en Christ. Les générations de croyants qui nous ont précédés ont bénéficié de bien des révélations. Mais elles n’ont pas eu accès au privilège qui est le nôtre. La proclamation de Jésus-Christ met fin, dit Paul, au mystère de Dieu, mystère tenu secret depuis toujours, mais manifesté maintenant par les Ecritures prophétiques et porté désormais à la connaissance de toutes les nations : Romains 16,25-26.

Christ étant la somme totale de tout ce que Dieu veut et peut nous révéler sur Lui-même, on comprend que la priorité première de Paul dans ses écrits sera de Le magnifier. De beaux discours peuvent être prononcés pour essayer de charmer les oreilles des croyants. Ils n’auront d’effets que sur ceux qui ne connaissent pas suffisamment Christ. Car Christ est le soleil de Dieu ! Qui vit à sa lumière n’a nul besoin d’autre éclairage. Il possède en Lui tout ce qui lui est nécessaire pour vivre et marcher au grand jour. Apprenons pour nous-mêmes et aux autres à juger de ce que nous entendons. Ne nous laissons séduire ni par les mots employés, ni par la belle tournure sous laquelle ils sont présentés. Le discours que l’on nous livre magnifie-t-il Christ ? Cherche-t-il à nous faire entrer dans une connaissance personnelle plus profonde, plus intime, plus entière de ce qu’Il est ? Si tel n’est pas le cas, il passe à côté du but même de Dieu !

Pour l’heure, Paul, bien que soucieux de l’affermissement des croyants de Colosses et de Laodicée qu’il ne connaît pas, n’est pas inquiet à leur sujet. Les rapports qu’il a reçus les concernant sont plutôt de source à le réjouir et le rassurer. L’Eglise de Colosses n’est pas celle de Corinthe. Le bon ordre qui y règne témoigne d’une certaine maturité et d’une foi déjà bien ancrée en Christ. Pour autant, les avertissements et les exhortations destinés à enraciner les croyants toujours plus en Christ ne sont pas déplacés. C’est ce à quoi l’apôtre va se consacrer dans le reste de sa lettre.

V 6 à 16 : ce que nous avons en Christ

Si Christ est la source et la somme totale de tout ce que Dieu met à la disposition de l’Eglise, la question se pose pour chacun qui en fait partie : comment vivre en Lui ? La réponse n’est pas difficile à trouver. A partir du moment où quelqu’un a reçu Christ, il a aussi reçu les clés pour marcher et vivre avec Lui dans le futur. Pourquoi avons-nous reçu Christ ? Parce que nous avons saisi par l’Esprit de Dieu que nous étions incapables de nous sauver nous-mêmes ! Ecrasés par notre péché, notre impuissance à nous en libérer, nous nous sommes tournés vers Lui par la foi pour recevoir de Lui ce que nous ne pouvions produire par nous-mêmes : cf Romains 5,8. Dépendants de Christ pour commencer notre vie nouvelle, c’est dans la même condition que nous la poursuivons. Chaque enfant de Dieu le sait. La vie nouvelle qu’il a reçue ne l’affranchit pas de tout immédiatement. A cause des blessures et des dégâts que notre péché (ou celui des autres) a occasionné à notre âme, il nous faut du temps pour reconstruire notre identité. C’est en Christ que se trouvent toutes les ressources dont nous avons besoin. Enracinés en Lui, nous pouvons être libres de ce qui a façonné autrefois notre être. Identifiés à Lui, nous pouvons être libres de ce qui a déformé notre caractère ou notre personnalité. En Lui, nous ne sommes plus prisonniers de notre passé. Un avenir nouveau s’ouvre à nous, fait de réalités neuves et libératrices : 2 Corinthiens 5,17.

Quelle est la priorité du ministère de tout pasteur ou enseignant ? Il est d’affermir les croyants dans la foi en Christ. Il est de leur apprendre à voir, saisir tout ce qu’ils ont en Lui, de manière à ne plus vivre dans l’amertume et la tristesse du péché, mais dans l’action de grâces ! Il est de dénoncer toute parole ou toute philosophie qui voudrait éclipser Christ et placer les croyants sous un autre joug que le Sien. La vie chrétienne n’est pas une vie faite de règles, d’interdits ou de préceptes religieux. Elle est une vie de communion avec Christ, en qui se trouve la plénitude de la divinité. Le chrétien doit le savoir : rien de ce qui se trouve hors du Christ n’a le pouvoir de le faire vivre. Christ est Celui dont il a besoin pour tout ! Rien, hors de Lui, n’a le pouvoir de le combler. Cette plénitude qui est en Christ tient à une seule chose : à la position qu’Il occupe. Parce que Christ est au-dessus de tout et de tous, Il est aussi Celui qui peut répondre au-dessus de tout et de tous aux besoins profonds de l’enfant de Dieu !

Qu’avons-nous donc reçu de Christ qui fait que nous n’ayons plus besoin, comme les hommes religieux, d’un arsenal de règles pour vivre la vie que Dieu attend de nous ? Paul y répond ici ! Le premier don que le Christ nous a fait en nous associant à Lui est une circoncision intérieure, la circoncision du cœur : cf Romains 2,28-29. D’origine, la circoncision était une marque dans la chair qui était le signe de l’alliance que Dieu avait contractée avec Abraham, le père des croyants : Genèse 17,9-10. Pratiquée à l’âge de huit jours sur le nourrisson, elle attestait que celui-ci faisait partie du peuple élu de Dieu. Pour ne pas qu’elle devienne le piège d’une fausse sécurité, Paul précise dans l’épître aux romains que le signe ne suffit pas en lui-même pour prétendre être un vrai fils d’Abraham. Encore faut-il être habité par la foi qui était la sienne. En effet, la circoncision n’a pas été donnée au patriarche avant qu’il ne soit croyant, mais après : Romains 4,9 à 12. Comme le baptême d’eau, la circoncision physique est le signe d’une réalité qui la dépasse. Les chrétiens d’origine païenne ne sont pas circoncis dans la chair. Mais, en Christ, ils sont habités par la foi qui était en Abraham, foi qui lui valut ensuite, par la volonté de Dieu, d’être circoncis. Marqués dans leur être par leur appartenance à Dieu, les chrétiens sont, comme le fut Abraham, des circoncis du Christ. Ils en témoignent, non plus par la circoncision physique qui était le signe de l’alliance de Dieu avec le peuple issu physiquement d’Abraham, mais désormais par le baptême.

Comme il en est de la circoncision à laquelle Paul le compare pour l’unique fois dans toutes ses lettres, le baptême d’eau ne peut précéder la réalité spirituelle qu’il signifie. C’est parce que nous avons été, dans la foi en Lui, ensevelis et ressuscités avec Christ (ce qui est le vrai baptême : Romains 6,3 à 5) que nous en témoignons par un signe visible et extérieur qui est le baptême d’eau. Avant que cette œuvre de Dieu ne se produise dans nos cœurs, nous ne faisions pas partie de Son peuple. Comme Abraham avant qu’il ne croie, nous étions incirconcis, morts sur le plan spirituel à cause de nos fautes. C’est par Sa grâce seule que nous devons depuis d’avoir part à la vie. Nos fautes effacées en vertu de la grâce qui nous est offerte en Christ, nous sommes désormais par le Saint-Esprit connectés à Dieu, bénéficiaires de la vie qui est en Lui et dont nous étions privés.

Il y a plus encore, dit Paul. Nous sommes désormais affranchis du régime de la loi qui était source d’accusation permanente et de condamnation pour nous. Car, c’est par la loi et sous la loi que le Christ, bien qu’innocent, est mort. Alors qu’Il était sans faute, Il a été désigné comme coupable, condamné comme rebelle et blasphémateur devant Dieu. Lui qui était juste, dit Paul, a été par Dieu fait péché pour nous : 2 Corinthiens 5,21. La loi, dans toutes ses exigences, ayant été accomplie par Christ, nous ne sommes plus tenus de chercher à nous y conformer pour plaire à Dieu. Christ l’a fait pour nous ! Dans Sa vie, Il a obéi à tous les commandements auxquels nous étions incapables d’obéir à cause de l’incirconcision de notre chair. Par Sa mort, il a payé pour toutes nos transgressions. La loi, désormais, n’a plus de pouvoir sur nous, puisqu’en Christ elle est à la fois satisfaite en ce qui concerne l’obéissance qu’elle exige et la sanction qu’elle impose à tout rebelle.

Il y a mieux encore, poursuit Paul ! Outre la loi, nous étions sans Christ le sujet d’un autre joug : celui des puissances célestes mauvaises. Or, par son triomphe sur le péché et sur la mort, le Christ les a aussi vaincues. Toute la puissance du diable sur l’humanité repose, depuis la chute, sur deux choses : le mensonge et l’accusation : Jean 8,44 ; Apocalypse 12,10. Par le mensonge, le diable trompe l’homme sur Dieu, la réalité de Son amour et la bienveillance de Son projet à son égard. Par l’accusation, il le tient éloigné de Dieu et le conduit à Le fuir, par crainte de Sa juste réprobation. La croix où Jésus meurt dépouille les puissances mauvaises de leurs armes. Elle sape ce qui leur donne leur pouvoir et leur autorité sur nous. Par la venue de Jésus et Sa mort sur la croix, Dieu rétablit la vérité sur Lui-même et Ses intentions à notre égard. Si nous avions besoin d’une preuve de l’amour de Dieu pour nous, c’est ici qu’elle nous est donnée. Par la croix, Dieu nous montre mieux que jamais que, s’Il nous aime, ce n’est pas en raison de notre justice, mais en vertu de Sa grâce seule : cf Romains 5,8. Christ mourant pour des impies, des rebelles, des êtres sans force pour produire une quelconque justice, l’accusation qui les tient éloignés de Dieu s’effondre d’elle-même. Nous pouvons sortir des ténèbres et venir à la lumière. Nous pouvons nous approcher de Dieu tels que nous sommes et être accueillis. Nous quittons nos habits souillés pour être revêtus des vêtements du salut. Nous ne sommes plus les ennemis de Dieu, mais Ses fils et Ses filles, réconciliés avec Lui au travers du sang de Son Fils. Délivrés de l’autorité des ténèbres, nous sommes transférés dans le royaume de Son Fils bien-aimé en qui nous avons la rédemption, le pardon de nos péchés : Colossiens 1,14.

La victoire remportée par le Christ à la croix est comparable au triomphe public réservé aux généraux romains lorsqu’ils rentraient de leurs batailles. A la tête de leurs troupes, les vainqueurs défilaient dans les rues à la vue de tous, suivis des captifs dépouillés de leurs armes. Chaque spectateur pouvait le constater de visu : l’ennemi qui, autrefois, inspirait une telle crainte, était bien défait. La victoire du général ne bénéficiait pas qu’à lui-même, mais à tout le peuple. Il en est ainsi également pou nous de celle du Christ sur l’ennemi de nos âmes.

V 16 à 19 : dès lors…

Forts des bénéfices que le Christ leur a acquis par Sa mort et Sa résurrection, les croyants jouissent d’une liberté que nul autre ne possède. Ils doivent cependant le savoir : cette liberté dans laquelle ils vivent est dérangeante, gênante pour tous ceux qui croient que sans effort ou sans contrition de la chair, nul ne peut prétendre plaire à Dieu. Aussi sont-ils prompts à les juger au sujet de ce qui leur paraît du dehors comme de la légèreté. Le problème cependant ne se situe pas chez les enfants de Dieu, mais chez leurs détracteurs. Sous le joug de la loi et de ses prescriptions, ils n’ont pas encore vu que ce qui a été donné à Moïse n’était que l’ombre de la réalité à venir qui s’est accomplie en Christ. Toute l’épître aux hébreux est là pour le dire et l’expliquer. La loi, dit son auteur, possède une ombre des biens à venir et non pas l’image même de ces choses ; c’est pourquoi elle ne peut jamais, par les mêmes sacrifices qu’on présente perpétuellement, année après année, porter à leur accomplissement ceux qui s’en approchent : Hébreux 10,1-2.

Dès lors qu’ils ont en Christ tout ce qui est suffisant pour être déclarés justes et vivre avec Dieu, les croyants doivent veiller à ne pas se laisser accuser pour la liberté dont ils font preuve. Il n’y a là de leur part ni frivolité, ni arrogance. Leur liberté ne vient pas d’eux-mêmes. Elle leur est donnée pour magnifier la grâce dont ils ont été l’objet en Christ. Les autres peuvent, en apparence, paraître plus consacrés et assidus qu’eux. En réalité, leurs efforts ne servent qu’à les magnifier eux-mêmes. Ils ne donnent aucune gloire à Dieu, mais, sous prétexte d’humilité, ils ne contribuent en fait qu’à la satisfaction de leur chair. Pour nous, ce n’est ni de nous-mêmes, ni par l’intermédiaire d’aucune puissance céleste que nous recevons notre force pour vivre selon Dieu (ce que prôneront les gnostiques du IIème siècle qui dresseront la liste d’êtres spirituels qui seraient des émanations de Dieu par l’intermédiaire desquels l’homme pouvait s’approcher de Lui). Tout nous vient de Christ et du lien direct que nous avons avec Lui par le Saint-Esprit. Il est, Lui, la Tête du Corps qu’est l’Eglise. Par Lui, le corps bien uni se développe dans une saine croissance, grâce aux articulations et jointures (les ministères que Dieu donne) qui le desservent. Qu’aurions-nous donc besoin de plus si nous avons tout en Lui et dans Son Corps ?

V 20 à 3,11 : morts et ressuscités avec Lui

Morts avec le Christ, les croyants ne le sont pas uniquement à l’égard de leur chair ou de leur nature terrestre. Ils le sont aussi aux éléments du monde, c’est-à-dire à tous les enseignements humains par lesquels l’homme prétend, par ses efforts ou l’obéissance à des règles, se sauver lui-même ou satisfaire à la justice de Dieu : cf Colossiens 2,8. Connus de Dieu Lui-même, dira Paul aux galates, les croyants tombent dans une absurdité totale lorsqu’ils retournent à ces éléments impuissants et misérables qui n’ont sauvé aucun de ceux qui s’y sont confiés dans ce but : Galates 4,3.9. Certes, ces règles, qui s’énoncent essentiellement sous forme d’interdits, peuvent faire forte impression. Elle donne l’image d’une très grande rigueur, d’une forte volonté et d’un sérieux exemplaire dans la recherche d’une vie qui plaise à Dieu de la part de ceux qui les observent. Elles les astreignent à une discipline et un renoncement desquels peu d’enfants de Dieu se montrent capables. En réalité, dit Paul, elles sont sans valeur pour le but en vue duquel elles sont pratiquées. Incapables d’éradiquer la puissance qui est la cause de notre séparation avec Dieu, celle du péché dans le cœur, elles ne servent finalement qu’à nourrir l’orgueil naturel et produisent un résultat inverse au but recherché.


Morts avec Christ, veillons, en tant qu’enfants de Dieu, à ne nous laisser ravir en rien notre liberté. Aucune conception humaine du salut, si sage et si marquée par l’abnégation puisse-t-elle paraître, ne doit empiéter sur elle. Ou le Christ suffit pleinement pour nous réconcilier avec Dieu par Sa mort, ou c’est à nous de produire l’effort qui nous le permet. Un mélange des deux voies est impossible et antinomique. Que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ soit loué pour la liberté que Sa grâce nous a donné en Lui !

mardi 15 novembre 2016

COLOSSIENS 1

INTRODUCTION :

Ce n’est pas l’apôtre Paul, mais Epaphras, qui fut l’outil de Dieu pour l’implantation de l’Eglise de Colosses, ville d’Asie Mineure : Colossiens 1,6-7. Plusieurs autres personnes connues et chères à l’apôtre étaient aussi membres de cette Eglise : Philémon, Onésime… : Colossiens 4,9. Comme beaucoup d’Eglises de l’époque, celle établie à Colosses n’échappait pas à l’influence de faux enseignements diffusés par des personnes mêlant le pur Evangile à leurs croyances ou leurs traditions. C’est pour y répondre que Paul, informé par Epaphras venu jusqu’à Rome pour lui en parler, écrit cette épître. Son but premier sera, comme toujours, de magnifier la suffisance et la suprématie de Christ sur toute autre chose. « Nous avons tout pleinement en Lui, dira-t-il, et en Lui sont contenus tous les trésors de la sagesse et de la science : Colossiens 2,10 ; 2,3. » Partons à la découverte de cette belle épître de Paul qui nous ramène au cœur de notre foi !

CHAPITRE 1

V 1 et 2 : Salutations

Une fois de plus, Paul rappelle dans sa présentation de qui il détient sa vocation. Quoi que ne faisant pas partie des douze appelés directement par Jésus, c’est par la volonté de Dieu qu’il est compté parmi les apôtres. La précision est ici d’importance par le fait que les chrétiens de Colosses sont de ceux qui n’ont jamais connus de visu l’apôtre : Colossiens 2,1. Paul adjoint à son nom celui de Timothée avec qui, sans doute, il se trouve. Il signera cependant seul cette lettre, manière de dire qu’il en est l’unique auteur : Colossiens 4,18.

Paul ne connaît pas personnellement les chrétiens de Colosses. Pour autant, cela ne l’empêche nullement de les qualifier de saints et de fidèles, car c’est ce qu’ils sont en Christ par la grâce de Dieu. C’est là aussi le statut de tout vrai enfant de Dieu dans le monde. Comme il en est pour Paul, des millions de chrétiens dans le monde nous sont inconnus de visage. Chaque fois que nous en entendons parler, nous pouvons cependant nous réjouir de ce qu’ils sont pour Dieu. Ils ont été mis à part pour Lui par l’Esprit. Ils Lui appartiennent. Ils sont dans le Christ dignes de confiance. Que la compréhension de ces réalités premières au sujet de chacun qui est à Christ surpasse devant nos yeux toute autre considération !

V 3 à 8 : réputation des Colossiens

Même si Paul ne connaît pas les chrétiens de Colosses, le témoignage qui lui a été rapporté d’eux par Epaphras suffit pour qu’il éclate en actions de grâces envers Dieu à leur sujet. En effet, rien ne manque chez les Colossiens des trois vertus cardinales de la vie chrétienne : cf 1 Corinthiens 13,13. Une foi vivante en Jésus-Christ les habite. Les Colossiens la confesse ouvertement. Ils ont reconnu en Sa Personne le Fils de Dieu, le Seigneur et Sauveur envoyé pour leur salut. Un amour authentique et pratique pour tous les saints les anime. Cet amour débordait largement le cercle de leur simple communauté. Qui se rendait chez eux comme frère était aussitôt accueilli. Une espérance solide les soutient. Les Colossiens savaient que leur véritable patrie n’était pas terrestre, mais céleste. Cet horizon ultime les portait dans le quotidien de leur marche avec Dieu.
Il n’y a pas d’Evangile sans fruit. Partout, quel que soit le lieu où il est reçu, l’Evangile suscite dans les cœurs les mêmes effets : la foi en Jésus-Christ, l’amour entre ceux qui Lui appartiennent, l’espérance d’être un jour avec Lui. Avec toutes les Eglises dans le monde entier, les Colossiens sont le témoignage de l’expansion et de la puissance de l’Evangile. Paul ne peut que s’en réjouir et tout chrétien authentique avec lui. L’apôtre rappelle en même temps que la force de propagation de l’Evangile ne tient pas seulement dans sa prédication. Elle est dans les changements que la bonne nouvelle produit dans les cœurs de ceux en qui elle agit. C’est lorsque les vérités de l’Evangile habitent dans les cœurs et produisent des actes en rapport avec elles que son impact se mesure au mieux.

L’Evangile est le fruit de la grâce agissante de Dieu dans les vies. Pour les Colossiens, c’est par Epaphras, un compagnon d’œuvre apprécié de Paul, que celle-ci leur a été communiquée. L’Evangile est un don de Dieu, mais c’est par Ses serviteurs que Dieu le dispense. Le porteur du message de l’Evangile est, pour ceux qui l’entendent, la première preuve, le premier témoignage de ce qu’il opère dans des vies. Certes, l’Evangile est pertinent en lui-même. Mais c’est aussi par Ses proclamateurs qu’il manifeste, aux yeux des incrédules, ses lettres de noblesse. Tel fut le cas pour les Colossiens par Epaphras, ministre du Christ qui, selon le témoignage de Paul, est un homme fidèle et digne de confiance. Le fruit de l’Evangile est-il visible dans ma vie, dans nos communautés ? Sachons que, si tel n’est pas le cas, sa propagation dans le monde en sera inévitablement affaiblie !

V 9 à 11 : prière de Paul pour les Colossiens

Si Paul a pu rendre grâces à Dieu pour la foi, l’amour et l’espérance qui animaient la piété des Colossiens, il sait par expérience que ceux-ci ont encore besoin de grandir pour être des hommes faits et propres à toute bonne œuvre. Paul prie donc à leur sujet pour qu’ils soient au bénéfice d’une double connaissance sans laquelle tout progrès dans la foi et la maturité est impossible. La première connaissance dont les Colossiens ont besoin d’être remplis est celle de la volonté de Dieu. La connaissance de la volonté de Dieu n’est pas une question d’intuition. Elle est le fruit d’une sagesse et d’une intelligence spirituelle accrue. Plus le chrétien saisit ce que Dieu veut pour Lui, ce qu’Il vise et ambitionne pour sa vie, plus il est apte à se comporter d’une manière qui L’honore. La prière que formule Paul à ce sujet pour les Colossiens est didactique. Elle nous indique quel est le besoin premier du peuple de Dieu, le besoin de la connaissance. Nous pouvons déplorer que la conduite des chrétiens ne soit pas à la hauteur de leur identité. Seule une connaissance intérieure grandissante de la volonté de Dieu leur permettra de croître dans une conduite qui Lui soit agréable à tous points de vue et une pratique d’œuvres bonnes qui en soit le fruit.

Le second aspect de la connaissance qui est au cœur de la prière de Paul pour les Colossiens est celle de Dieu Lui-même. Si la connaissance de la volonté de Dieu induit un comportement et des actes qui L’honorent, celle de Dieu procure la force et la puissance nécessaires à la persévérance en vue de cet objectif. Savoir ce que Dieu l’appelle à vivre ne suffit pas au chrétien pour le vivre. Il lui faut aussi être connecté à la source qui le rend possible. Cette source se trouve en Dieu Lui-même, dans la relation que, par Jésus-Christ, l’enfant de Dieu a avec Lui. Tous les enfants de Dieu ont besoin du double sujet de prière de Paul pour les Colossiens. Tous sont appelés, en effet, à vivre leur vie, non selon leurs propres critères, mais selon ceux définis par la volonté de Dieu. Pour se faire, aucun n’a la puissance en lui-même pour y arriver. Celle-ci leur est communiquée par la connaissance que Dieu donne de Lui-même par le Saint-Esprit. Il nous faut donc prier les uns pour les autres pour la relation que chacun a avec Lui. C’est de sa qualité que découle le désir, le vouloir et le faire d’une vie chrétienne à Sa gloire !

Comparons les sujets de prière de Paul pour les Colossiens à ceux que nous formulons dans nos Eglises ! Nos préoccupations premières rejoignent-elles celles de l’apôtre ? Sommes-nous aussi christocentriques dans notre intercession que lui ? Ou n’est-ce pas trop souvent l’homme et ses intérêts qui prédominent ? Que Dieu nous rappelle qu’il n’y a ni témoignage puissant, ni croissance fructueuse hors de la connaissance de Dieu et de Sa volonté !

V 12 à 20 : tout est en Christ

Outre la nécessité de la connaissance, un second élément est facteur de la bonne santé des enfants de Dieu : la reconnaissance. Quelles que soient les circonstances par lesquelles il passe, le chrétien ne devrait jamais oublier une chose : ce qu’il doit à la grâce de Dieu pour lui en Jésus-Christ. Alors qu’il était pécheur, séparé de Dieu, destiné à la colère, par Lui, le chrétien est devenu, avec tous les saints, un héritier de Dieu. Alors qu’il vivait dans les ténèbres, le chrétien a été délivré de l’autorité de son pouvoir pour être transféré dans le royaume lumineux du Fils bien-aimé de Dieu. La grâce qui nous a été octroyée par Dieu en Jésus-Christ ne se limite pas au pardon des péchés. Si merveilleux que soit cet aspect de la bonne nouvelle, il n’en est qu’une partie. La grâce de Dieu a opéré notre rédemption. Par elle, Dieu nous rachète pour que nous soyons à Lui. Par elle, Dieu nous établit dans un nouveau statut. La grâce de Dieu en Jésus-Christ fait de nous des fils et des filles de Dieu à part entière qui jouissons d’un même accès au royaume et des mêmes privilèges que Lui.

Il est vital que, chaque jour, le chrétien se souvienne de qui il est en Jésus-Christ. Le monde peut le persécuter, refuser de le connaître. Le chrétien trouvera sa consolation dans le fait qu’il est connu de Dieu : Galates 4,9. Le chrétien peut passer par l’échec, la pauvreté, la perte ici-bas de son statut ou de tous ses biens. Il possède en Jésus-Christ des avantages et un trésor que nul ne peut lui ravir. Le chrétien n’est pas appeler à marcher ici-bas par la vue, mais par la foi. Il doit considérer les réalités spirituelles qui le concernent comme plus certaines que tout ce avec quoi il a contact par ses sens. Il doit se souvenir que si la mort finira par le dépouiller de tout, il possède en Jésus-Christ un héritage inégalable. Paul prend le temps ici de rappeler aux Colossiens qui est ce Fils par lequel Dieu les a rachetés :

-          Il est l’image, la réplique exacte, le portrait visible du Dieu invisible. Il y a entre le Père et le Fils une telle similitude et correspondance que ce n’est que peiné que Jésus répondra à Philippe qui Lui demande de lui montrer le Père : « Il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne Me connais, pas Philippe ? Celui qui M’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire, toi : « Montre-nous le Père ! » : Jean 14,8. Dès le début de son Evangile, l’apôtre Jean définit l’objectif qu’il vise en le rédigeant. Présentant Jésus comme la Parole, il écrit : Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu : Jean 1,1. Plus loin,  il réitère la même affirmation : Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu, le Fils unique, qui est dans l’intimité du Père est celui qui l’a fait connaître : Jean 1,18. S’il y a une vérité sans réserve que l’Ecriture affirme au sujet de Jésus, c’est qu’Il est authentiquement Dieu, et que ce n’est que par Lui que l’homme peut Le connaître. Le Fils est le rayonnement de la gloire de Dieu, l’expression de Sa réalité même, l’empreinte exacte de Sa Personne : Hébreux 1,3.

-          Il est le premier-né de toute la création. L’expression pourrait prêter à confusion et faire penser aux non-instruits sur son sens que Jésus ne serait pas égal à Dieu dans son éternité. Malgré la ressemblance, Le Fils ne serait pas de nature divine, mais un être qui relève de l’ordre de la création. Pour éviter cette confusion, prônée par certains mouvements sectaires, Paul précise par la suite ce qu’il entend par là. Jésus est le premier-né de la création parce qu’Il a la prééminence sur elle. Jésus ne possède pas cette position parce qu’Il serait la première ou la plus élevée des créatures, mais parce qu’Il est, Lui, l’Auteur de tout ce qui existe. Le Fils de Dieu n’a pas de commencement : Il est avant toutes choses. Le Fils de Dieu ne peut se confondre avec les êtres créés : c’est par Lui que tout se tient et subsiste. Il soutient toutes choses par Sa parole puissante, affirme l’auteur de l’épître aux hébreux : Hébreux 1,3. Le Fils de Dieu ne peut être mis sur un rang d’égalité avec la création : non seulement celle-ci existe par Lui, mais encore pour Lui.

En procédant comme il le fait ici, Paul nous donne une leçon d’interprétation de l’Ecriture. Chaque terme de celle-ci a sa signification propre. Le travail de l’exégète ne consiste pas seulement à relever ce que le texte de l’Ecriture dit, mais à en bien comprendre le sens. Pour se faire, celui-ci ne doit pas plaquer ses propres interprétations sur lui, mais étudier la Parole pour saisir la signification qu’elle donne aux mots qu’elle emploie pour décrire la réalité. Or, dans l’Ecriture, le terme premier-né a toujours le même sens. Il souligne l’idée d’une prééminence dans un ordre précis : Exode 4,22 ; Psaume 89,21 à 28. Ainsi le Fils, précise l’apôtre, n’est pas seulement le premier-né de la création. Il est aussi le premier-né d’entre les morts, Celui qui ouvre la voie et indique à l’humanité mortelle qu’Il a partagée, ce qui est devant elle. En effet, dit Paul aux Corinthiens, comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement : 1 Corinthiens 15,22. Parce qu’Il est le premier en toutes choses, nous pouvons dire que l’Ecriture n’a qu’un objet : magnifier Christ !

Notons ici que si Jésus n’était pas Dieu, Il ravirait outrageusement, par tout ce qui Lui est attribué, la gloire qui ne doit revenir qu’à Dieu seul. L’Ecriture, qui a pour but de nous pousser à l’adoration, serait elle-même, par la prééminence qu’elle donne à Jésus sur tout, la source première de notre idolâtrie. Il y a là une telle absurdité que nous ne pouvons que nous rendre à l’avis de Paul ! Le Fils est à la fois l’image de Dieu et le Dieu Créateur de toutes choses : cf Jean 1,1-2.

-          Ce Fils, premier en toutes choses, est aussi, cela va de soi, la tête du corps qu’est l’Eglise : Ephésiens 1,22. Alors que le Fils de Dieu a la prééminence sur toutes choses et tout être créé, l’Eglise possède dans sa relation avec Lui un privilège qui lui est propre. L’Eglise et le Fils ne constituent ensemble qu’un organisme, ce qui n’est pas le cas de la création avec Lui. La tête n’est pas séparée du corps, elle vit avec lui. L’Eglise est ainsi dans l’univers la seule entité à connaître le Christ intimement, de l’intérieur, pourrait-on dire. Elle est la seule à avoir avec Lui des liens de communion. L’Eglise ne sait pas seulement qui est le Christ, elle Le connaît. Elle partage avec Lui Sa nature, Sa pensée, Ses sentiments… Elle participe à Ses desseins. Parce qu’Il en est la tête, elle n’a de raison d’être ici-bas qu’en relation avec Lui. L’Eglise n’existe pas pour être seulement une force d’opposition au mal. Elle n’est pas ici-bas la représentante d’un système religieux meilleur ou supérieur aux autres. Elle est là pour être l’exécutante de la volonté de Celui qui en est la tête. Elle est le corps, les bras, les mains, les pieds, la bouche de Celui qui, physiquement, n’est plus ici-bas, mais qui, du haut des cieux, agit à travers tous ceux en qui Son Esprit habite : Romains 8,9.

-          Il est Celui par qui Dieu réconcilie tout avec Lui-même, aussi bien dans les cieux que sur la terre, par le sang de la croix. La fracture que le péché a occasionnée entre Dieu et les hommes n’est pas première. Si celle-ci existe, c’est parce qu’antérieurement elle s’est produite dans le monde céleste. Le salut ne saurait être complet si, se limitant à la terre, il ne résolvait pas le climat de guerre qui existe depuis la chute. La portée de la victoire remportée par Jésus sur la croix n’est pas seulement humaine. Elle est aussi cosmique. Par Sa mort, Jésus n’a pas seulement levé la condamnation qui pesait sur nous à cause du péché. Il a dépouillé les autorités spirituelles ennemies de leur pouvoir et les a rendues captives de Son triomphe : Colossiens 2,15. A la croix, le jugement du prince rebelle de ce monde a été prononcé : Jean 16,11. Il a été trouvé menteur et, par Sa grâce, Dieu a été justifié dans Son amour. La paix est désormais possible sur terre, entre Dieu et Ses élus, et dans le ciel, avec tous ceux qui participent à Son royaume.

Oui ! Nous avons tout en Christ ! La raison de cette réalité tient à ce que, volontairement, Il a plu à Dieu de faire habiter en Lui toute plénitude. Il nous faut refuser la tentation de croire qu’il y aurait pour nous quelque chose à trouver pour notre âme, notre félicité ou notre force en-dehors de Lui. La volonté expresse de Dieu est que Christ soit la source exclusive à partir de laquelle tous nos besoins sont comblés. Certes, Il met à notre disposition Ses ressources par bien des canaux divers : Son Esprit, Sa Parole, Son corps…. Mais tous servent le même but : nous amener à mieux chercher en Lui notre béatitude. Que notre vie serve à ce que le nom de Christ soit magnifié ! Si tel est le cas, elle aura atteint le but que Dieu lui a assigné !

V 21 à 23 : application aux Colossiens

Paul, ayant préalablement mis l’emphase sur la perfection de la Personne glorieuse du Fils et Son œuvre de réconciliation avec Dieu, s’adresse maintenant personnellement aux Colossiens. La réconciliation accomplie, quels effets attendus doit-elle produire dans la vie de ceux qui en sont les bénéficiaires ? L’apôtre le souligne : une ligne de démarcation nette sépare désormais l’autrefois de la vie menée loin de Dieu à celle du maintenant fait de la communion avec Lui. Autrefois, les Colossiens (et nous avec eux) n’avaient aucun choix. Habités par le péché, ils étaient par nature étrangers à la vie de Dieu, et Ses ennemis par leurs pensées et leurs œuvres. Le but de la réconciliation opérée par le Fils ne se limite pas au pardon. Il inclut la restauration. Alors qu’au regard de Dieu nous étions haïssables, Le Fils, par Son œuvre pour nous et en nous, vise désormais de nous faire paraître devant Lui saints, sans défaut et sans reproche. Lui, qui est la joie de Son Père, l’objet de toute Son affection : Luc 3,22, travaille maintenant en nous pour que, par Lui, nous le soyons aussi.

Que nous faut-il pour coopérer à ce but du Fils avec nous ? La mutation de notre être est-elle le produit de nos efforts ? Nullement ! Le seul effort que nous sommes appelés à faire est de Lui rester fortement attachés par la foi. Une espérance solide et certaine a été mise à notre portée par le Christ. La barrière de séparation qui nous privait de l’accès à Dieu a été ôtée. Pour autant, la guerre n’est pas finie. Notre adversaire, qui ne voit pas d’un bon œil cette nouvelle position qui est la nôtre, n’a pas dit son dernier mot. Connaissant notre faiblesse, il fera tout ce qui lui est possible pour détourner nos regards de la gloire et de la félicité qui nous attendent. Nous devons lui résister avec une foi ferme : 1 Pierre 5,8-9. Envers et contre toute pensée et tout sentiment qui chercheraient à nier la réalité de notre espérance, nous devons croire, tenir pour vrai, ce que le Christ est et ce qu’Il a fait pour nous. L’Evangile est une vraie bonne nouvelle, non une promesse utopique. L’Evangile annonce ce que le Fils de Dieu a fait pour nous, notre salut. Il nous dit ce que nous sommes désormais en Lui et par Lui pour Dieu. Tenons-nous donc fermement sur le rocher de notre espérance ! Rien désormais ne peut nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Sauveur et Seigneur : Romains 8,38-39.

V 24 et 29 : le combat et la vocation de l’apôtre

Ministre de la bonne nouvelle porteuse de l’espérance qui est dans le Fils de Dieu, Paul se réjouit tout en souffrant de contribuer à sa proclamation. Comme le Christ a souffert dans ce monde en vue d’accomplir Sa mission, Son serviteur doit aussi s’y préparer. En vue de notre salut, il était pour le Christ incontournable de souffrir. Il l’est de même pour tous ceux qui, dans ce monde qui L’a rejeté, sont appelés à Le suivre et à être les hérauts de Son message. Les souffrances du Christ en vue du rachat de l’Eglise ont été suffisantes. Il n’y a rien à y ajouter. En vue de sa constitution parmi les nations, les ouvriers qui y travaillent ne doivent pas s’attendre à autre chose que ce que leur Maître a connu. Par les  détresses qu’il traverse, les persécutions qu’il subit, Paul complète les souffrances que Jésus a connues en vue du plein accomplissement du projet de Dieu dans le monde : la formation de l’Eglise, corps du Christ.

Ministre de l’Evangile, Paul, dit-il, l’est aussi de l’Eglise selon la vocation que Dieu lui a adressée. Son service n’a qu’un objet : que le mystère de Dieu, tenu secret pendant des siècles, qui est le cœur de Son projet pour l’humanité, s’accomplisse. Certes, avant que le Fils de Dieu paraisse, les prophètes qui L’ont précédé en ont eu la prescience. « Les prophètes, qui ont prophétisé touchant la grâce qui vous était réservée, dit Pierre, ont fait de ce salut l’objet de leurs recherches et de leurs investigations, voulant sonder l’époque et les circonstances marquées par l’Esprit de Christ qui était en eux, et qui attestait d’avance les souffrances de Christ et la gloire dont elles seraient suivies : 1 Pierre 1,10-11. » Mais le dessein de Dieu, qui était derrière ce salut, échappait à la majorité. Ce n’est que par Jésus, et la mission qu’Il confia à Ses disciples avant Son départ, qu’il fut pleinement révélé. Désormais, montre Paul, l’œuvre de Dieu déborde de loin le cadre restreint du peuple juif. Elle s’étend à toutes les nations. Son objet est, parmi elles, de se constituer un peuple élu, destiné à la gloire éternelle, en qui le Christ Lui-même vit. « Puisque celui pour qui et par qui tout existe, dit l’auteur de l’épître aux Hébreux, voulait conduire à la gloire beaucoup de fils, il convenait qu’il porte à son accomplissement, par des souffrances, le pionnier de leur salut : Hébreux 2,10. » Avec Lui, soyons aussi prêts, selon ce que Dieu nous demande, à souffrir en vue de cette glorieuse espérance !

En quoi consiste réellement le ministère de Paul ? Quel but vise-t-il ? Il nous le dit ici. Son premier aspect est l’annonce de l’Evangile. Tout commence ici. Il est en effet impossible que quelqu’un croit au Christ s’il n’en a pas entendu parler. Et il est impossible d’entendre parler de Lui si personne ne L’annonce : cf Romains 10,14. L’Evangile annoncé, Paul ne considère pas que sa tâche soi terminée. Comme une mère qui enfante, Paul considère qu’il a un devoir d’éducation et de formation auprès des nouveau-nés dans la foi. Chaque disciple de Christ a besoin d’être instruit, de grandir dans la connaissance de son Maître et des richesses que Sa grâce lui a octroyées. Le ministère de Paul s’inscrit dans le cadre du mandat missionnaire donné par Jésus lors de Son départ : Matthieu 28,19-20. Ici encore, Paul n’estime pas que son travail soit achevé. En effet, la seule transmission des vérités constitutives de la foi ne suffit pas pour faire d’un jeune chrétien un homme mûr, adulte dans sa foi. Il faut que la parole de vérité soit crue, appliquée dans les vies. Encore et encore, il faut répéter inlassablement les mêmes choses jusqu’à ce qu’elles fassent partie intégrante du croyant : Philippiens 3,1. Tel le parent responsable, l’apôtre n’estime avoir atteint le but dans la vie de ceux que Dieu lui confie que lorsque ceux-ci sont aptes à marcher d’une manière digne de l’Evangile, pour être à leur tour des modèles pour d’autres.

Epousons-nous la vision de l’apôtre ou nous arrêtons-nous en chemin ? Combattons-nous, avec la force que Dieu nous donne, comme le fait l’apôtre, pour que l’objectif de Dieu soit atteint dans chaque vie ? Ou nous résignons-nous à la médiocrité ? Oui, le ministère d’implanteur, tout comme celui de parents, est exigeant. Il nécessite un engagement de chaque instant, un souci pour les autres et une motivation centrée sur la gloire de Dieu permanents. Qui en est habité ne peut se satisfaire de moins que l’excellence. Que Dieu renouvelle en nous la passion du Christ pour le salut et le perfectionnement de Son œuvre dans les vies.