A ETAT D’ESPRIT NOUVEAU, COMPORTEMENT NOUVEAU
1. Introduction
Toujours dans le domaine de l’application pratique de la nouvelle identité que nous avons reçue en Christ, Paul aborde ici le domaine concret du comportement chrétien. Comme il en a l’habitude, Paul traite cette question de la manière dont il le fait toujours lorsqu’il s’agit du concret de la vie chrétienne. La première partie de son exposé sur le sujet touche aux raisons et aux principes qui sont à l’origine de nos actes ou de notre façon de nous comporter : 4, 17 à 24. Dans la seconde partie, Paul traite des applications concrètes des principes qu’il a énoncé : Ephés 4,25 à 5,5.
2. Principes et raisons : portrait du non-croyant
V 17 : une affirmation catégorique
C’est par une affirmation catégorique que Paul introduit son exposé sur le sujet du comportement chrétien. Tout le développement qui suivra ne sera que l’explication argumentée de la raison de cette affirmation.
L’affirmation très nette de Paul au sujet de notre comportement est qu’il n’est en aucune façon acceptable que celui qui appartient à Christ se comporte dans le monde de la même manière que celui qui ne lui appartient pas. Une rupture nette doit exister, être visible, entre la façon de vivre qui était la nôtre avant Christ et depuis que nous Le connaissons. Si cette rupture concrète n’existe pas, c’est l’authenticité même de la profession de foi de celui qui se désigne sous le nom de chrétien qui a le droit d’être mise en question : 2 Tim 2,19.
La raison de cette affirmation catégorique de Paul nous est donnée à la fin du verset. Si le comportement du chrétien doit radicalement différer de celui qui ne l’est pas, cela est dû à une seule chose : orientés dans leurs pensées par des paramètres nouveaux, ceux qui relèvent de la connaissance personnelle du Christ, le chrétien est en mesure, dans tous les domaines, de se former un jugement nouveau : 1 Cor 2,14-16. C’est parce qu’il est devenu différent de l’intérieur et que, par conséquent il voit les choses d’un autre œil, que le chrétien l’est sur le plan extérieur. Le comportement du chrétien n’est que la traduction concrète et logique dans les actes de la vie et de la pensée nouvelles qui l’habite. Si nous appartenons à Christ, l’apôtre Paul plaide pour que notre conduite parmi les hommes ne contredise pas, mais révèle au contraire la nouvelle identité qui est la nôtre.
V 18 : une quadruple cause
Quatre différences notoires différencient le chrétien de celui qui ne l’est pas et expliquent la raison de leurs différences de comportement :
a. Celui qui ne connaît pas Christ possède une intelligence obscurcie :
Disant cela, il n’est et n’a jamais été dans la pensée de Paul de déprécier ou mépriser l’intelligence dont peuvent faire preuve ceux qui ne sont pas à Christ. Ce que Paul suggère ici, c’est que, sans Christ, il manque aux non croyants l’éclairage le plus important qui soit pour se former un juste jugement sur les choses. Sans la lumière qui vient de Christ, l’homme naturel est perdu et égaré dans ses pensées : Rom 1,21, aveugles quant aux vérités spirituelles qui relèvent du Royaume de Dieu : 2 Cor 4,3-6. Preuve en est par l’impossibilité de Nicodème, pourtant docteur de la loi réputé, à comprendre ce que lui dit Jésus au sujet du B A-BA de la vie spirituelle : Jean 3,3 à 5.
Attention donc à ce que nous lisons ou entendons sous la plume ou de la voix de ceux qui ne connaissent pas Christ. Tout érudits qu’ils soient dans leurs domaines, il manque souvent à leur interprétation des choses la clé essentielle pour bien les comprendre : cf Hébr 11,3. C’est par révélation, rappelle Paul, et non de sa propre intelligence, qu’il a compris les mystères de Dieu : Ephés 3,3. Sans l’illumination que donne cette révélation, personne n’est en mesure de saisir quoi que ce soit de ce qui nous est ainsi caché : Ephés 1,18.
b. Celui qui ne connaît pas Christ est étranger à la vie de Dieu :
Il est par conséquent incapable d’en reproduire les traits et les qualités. Seule la divine puissance de Dieu, dit Pierre, peux nous donner ce qui contribue à la vie et à la piété : 2 Pierre 1,3 à 10. Autant l’homme naturel est incapable de comprendre les choses de Dieu, autant il lui est aussi impossible de vivre selon Dieu. Seul ceux qui sont recréés peuvent se conduire comme les nouvelles créatures qu’ils sont en Christ : 2 Cor 5,17. C’est en vertu de la nouvelle vie que nous avons reçue que nous sommes des êtres nouveaux, qui le manifestent par le comportement nouveau dont ils font preuve.
c. Celui qui ne connaît pas Christ est habité par une profonde ignorance à l’égard du domaine de la réalité qui Le concerne :
Si le comportement du chrétien est appelé à différer radicalement de celui qui ne l’est pas, c’est d’abord et avant tout dû à la différence fondamentale qui existe au niveau du savoir et de la connaissance qu’on les deux parties à l’égard du Christ. Ignorants quant à l’identité de Christ, les juifs ont décidé de Sa mort ; éclairés, ils sont l’objet de Son pardon : Actes 3,17. Ignorants du Christ, Saul de Tarse était un persécuteur, un blasphémateur et un meurtrier ; éclairé, il est devenu l’apôtre Paul, zélé pour Sa cause : 1 Tim 1,12-13. Ignorants de la vie de Dieu, nous marchions autrefois selon nos convoitises ; éclairés, nous sommes appelés à privilégier la sainteté dans toute notre conduite : 1 Pierre 1,14 à 16.
Si l’ignorance est la caractéristique majeure de ceux qui n’appartiennent pas à Christ à l’égard de Dieu, la certitude est, quant à elle, la marque dominante de la conscience que les chrétiens ont de Sa réalité : Jean 6,67-69 ; 1 Jean 2,3.5. Dans la vie courante, nous savons tous que connaissance et ignorance d’une chose (pensons à la prévision d’une tempête, par exemple) engendrent automatiquement des comportements totalement opposés. Sachant qui est le Christ, conscients qu’ils sont à Lui, les chrétiens sont appelés à en refléter les preuves dans leurs actes !
d. Celui qui ne connaît par Christ souffre d’un cœur marqué par l’endurcissement.
C’est la connaissance de Christ qui transforme nos cœurs de pierre, marqués autrefois par la dureté et l’insensibilité, en des cœurs de chair : Ezéchiel 36,26. Ce changement de sensibilité intérieure devrait immanquablement se traduire par des changements de comportement dans nos relations avec autrui : Colos 3,12-12 ; Ephés 4,32. Patience, support, indulgence, miséricorde, humilité devraient ainsi désormais caractériser les attitudes du chrétien et trancher avec l’entêtement, le caractère obtus, exigeant, arrogant dont font preuve trop souvent les incroyants.
V 19 : Passons aux actes…
Habités par ce quadruple handicap, les actes des non croyants portent inévitablement la marque de ce qui remplit leurs pensées et leurs affections. Ayant perdu tout sens moral, ils sont sans boussole pour s’orienter et juger de ce qui est bien ou mal : cf 1 Tim 1,19. Ils sont, sur le plan moral, semblables, dit Jude, à des astres errants, livrés à eux-mêmes, sans direction précise, des arbres qui n’ont plus de racines et sont, par conséquent, incapables de rester débout face aux vents de la tentation : Jude 12-13.
Déracinés moralement, c’est, montre Paul, dans le domaine de la sexualité que se manifeste le plus dans la pratique, chez celui qui n’est pas à Christ, son état d’égarement : expériences sexuelles de tous ordre, infidélités, bisexualité, homosexualité… Rom 1,24 à 27. Il est notoire que, dans notre monde, l’abandon des valeurs chrétiennes est allé automatiquement de paire avec la validation de comportements autrefois condamnés comme immoraux. Séparés de Christ, les hommes n’ont d’autre choix que celui de se souiller !
3. Principes et raisons : l’apprentissage du croyant
Si celui qui n’est pas à Christ n’a d’autre choix que d’être livré aux caprices et aux désirs de sa mauvaise nature, une autre alternative s’est ouverte par le Christ à celui qui Lui appartient. Cette alternative, dit Paul, consiste pour lui à apprendre Christ, c’est-à-dire à saisir les principes au travers desquels la vie de Christ qu’il a reçu peut s’exprimer et se manifester concrètement à travers lui. Apprendre Christ est une formation qui se résume en trois opérations :
1ère opération : se dépouiller (se défaire, rejeter) de l’homme ancien : v 22
Le vieil homme, c’est l’homme (ou la femme) que nous étions autrefois, alors que, dominés par la puissance du péché et de la chair, nous nous conformions aux désirs et aux convoitises de notre nature mauvaise. Il est important ici, pour ne pas être dans la confusion, de comprendre ce qu’enseigne Paul. Le vieil homme n’est pas l’ancienne nature ou la chair. C’est l’homme qui a été construit sur cette ancienne nature, avec ses œuvres et son comportement : Col 3,9. Ce vieil homme, dit Paul, a été crucifié avec Christ : Rom 6,6, ce qui signifie que, né de nouveau, nous ne sommes plus obligés d’être l’ancienne personne que nous étions. Se dépouiller du vieil homme est un acte qui, à cause du fait de la présence de Christ en nous, est à la portée de chacun de nous.
Tant que nous serons dans ce corps, nous ne pourrons pas extirper de nous les désirs qui proviennent de notre ancienne nature : 1 Pierre 2,11. Il nous est possible, par contre, de mettre fin aux agissements du vieil homme, l’homme que nous étions autrefois avant Christ : Rom 13,14. La chair du chrétien est toujours là, mais, en Christ, sa décision est de ne pas prendre en soin pour en satisfaire les convoitises !
2ème opération : être renouvelés par l’Esprit : v 23
Si la première étape de notre apprentissage à vivre Christ consiste à prendre la décision de liquider le vieil homme et son comportement, la seconde consiste à nous laisser instruire dans notre pensée quant aux vérités nouvelles qui forment désormais notre identité : v 21 et 23. Avant d’avoir le pouvoir d’agir autrement, Paul nous dit qu’il nous faut d’abord apprendre à penser autrement. La transformation de notre façon de penser, l’apprentissage de la nouvelle manière de nous voir en Christ, est une étape indispensable dans le processus qui nous conduira de l’ancien homme que nous étions au nouvel homme que nous sommes devenus : cf Rom 12,2.
Tout l’objectif de Dieu dans cette opération repose sur une seule chose : nous amener par l’éclairage du Saint-Esprit et de la Parole à comprendre qui nous sommes réellement en Christ. « Vous êtes » est, dans l’enseignement du Nouveau Testament, l’expression majeure, la clé au travers de laquelle tous les changements sont désormais possibles dans nos vies : Rom 6,14.18 ; 1 Cor 1,30 ; 12,27 ; Gal 3,26 ; 4,6 ; Ephés 2,19 ; 5,8 ; Col 2,12.20 ; 3,1.
3ème opération : revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu : v 24
Décidés à nous défaire du vieil homme, enseignés quant à la nouvelle personne que nous sommes en Christ, la 3ème opération consiste à traduire dans les actes la réalité nouvelle qui nous habite et qui, selon Paul, porte la double marque de la justice (la droiture, l’équité) et de la sainteté (la séparation d’avec la souillure et la corruption)
Si le vieil homme représentait l’être ancien que nous étions, l’homme nouveau est l’être nouveau que le Christ veut, par Son Esprit, construire au travers de notre personnalité. C’est la nouvelle créature qui, petit à petit, est appelée à émerger des ruines de l’ancienne : 2 Cor 5,17 C’est cet être nouveau qui est le témoin visible du Christ dans le monde, aux yeux de ceux qui ne Le connaissent pas : 2 Cor 6,9 à 11.
La meilleure preuve que nous avons réellement appris Christ dans notre vie se manifeste dans la rupture radicale qui existe entre l’être que nous étions autrefois et celui que nous sommes maintenant : deux expressions que l’on retrouve constamment dans l’enseignement de Paul (et d’autres) pour illustrer le changement qui s’est opéré en lui, comme dans le cœur de tous ceux qui, comme lui, sont nés de nouveau : Gal 1,23 ; 4,8 ; Ephés 2,2.3 ; 5,8 ; Col 1,21 ; 3,7-8 ; 1 Pierre 1,14 ;2,10.


