lundi 20 février 2017

EPHESIENS 6

V 1 à 4 : enfants et parents

Toujours dans le cadre familial, Paul s’adresse aux enfants puis aux pères. Si les premiers n’ont pas la maturité des adultes, l’apôtre n’estime pas qu’ils soient dans l’incapacité de contribuer au témoignage collectif rendu à Christ par l’Eglise. Au contraire ! Comme il en est de la loi qui, dans sa 2ème table, s’adresse en priorité aux enfants, c’est aussi à eux dans l’Eglise qu’il revient en premier d’apprendre l’obéissance. Le cadre parental est le lieu voulu par Dieu dans ce but. Une promesse, rappelle Paul, est assortie dans la loi au respect et à l’honneur que l’enfant rend à ses parents. Elle est celle d’une vie future marquée par le bonheur et la longévité. Voulons-nous que nos enfants entrent dans la vie d’adulte avec les meilleurs atouts ? Apprenons-leur, avec l’aide de Dieu, les bienfaits de l’apprentissage de l’obéissance et du respect. C’est là le meilleur héritage que nous puissions leur laisser.

Si l’enfant doit apprendre à obéir, il revient aux pères de les éduquer de telle manière que cette école ne soit pour eux en aucune manière source de rancœur. Comme il en est de sa relation avec sa femme, c’est dans l’amour que la correction du père s’exerce envers ses fils et ses filles. La correction n’équivaut pas à la punition. Si celle-ci n’est pas exclue, elle ne devrait jamais s’exercer sans avertissement et instruction. L’enfant ne doit pas simplement être corrigé ou puni. Il doit connaître les raisons qui lui valent le châtiment, comme il en est de la part de Dieu à notre égard (Hébreux 12,5 à 11). L’enfant doit aussi savoir que la correction appliquée, le père n’y reviendra pas. C’est dans une atmosphère de grâce et de pardon que se fait l’éducation, non dans un climat de crainte et de colère. Là aussi, que ce soit la connaissance de Dieu en Christ qui guide et inspire le comportement des enfants et des parents les uns à l’égard des autres.

V 5 à 9 : esclaves et maîtres

Si le statut des chrétiens est le même pour chacun devant Dieu (Ephésiens 2,8), il n’en est pas ainsi sur le plan social. Dans la communauté chrétienne, certains étaient des esclaves, d’autres des maîtres. C’est à ces deux catégories que Paul s’adresse maintenant. En opposition à la logique humaine moderne, le message que l’apôtre livre aux esclaves chrétiens n’a rien d’un appel à une lutte pour retrouver l’autonomie. Ailleurs, Paul dira que, si l’esclave en a la possibilité, il la saisisse (1 Corinthiens 7,21). Mais, pour l’heure, telle ne doit pas être sa préoccupation. Comme il en est du père ou du mari chrétien, l’esclave chrétien est d’abord appelé à se distinguer des autres par ses attitudes et son comportement. S’il est au service d’un homme sur le plan social, il l’est de Christ sur le plan moral et spirituel. Cette réalité doit être, aux yeux de son maître et des autres esclaves, la marque de son témoignage. Désireux de plaire à son vrai Chef, l’esclave chrétien veillera à ne pas se comporter comme il se doit seulement lorsque son maître humain le voit. Au contraire, il travaillera en tout temps à satisfaire dans son service les exigences du Christ. C’est de lui, en effet, qu’au terme de sa vie, il recevra son salaire. L’atout de l’esclave chrétien sur ceux qui, sans Christ, partagent la même condition, est dans sa motivation. Habité par des considérations d’une hauteur supérieure à la terre, il se trouve libre de tout ce qui, ici-bas, pourrait susciter en lui colère, rancœur ou amertume. L’esclave chrétien, dit Paul, est un affranchi du Christ (1 Corinthiens 7,22). Plutôt que de chercher à s’en libérer, qu’il mette à profit sa condition pour faire briller aux yeux de tous la joie que lui procure la liberté qu’il a trouvée en Lui.

Le message de Paul pour les maîtres chrétiens va dans le même sens que celui qu’il adresse aux esclaves. Le maître chrétien doit se distinguer des autres par sa manière d’être différente. Bien qu’il soit chef sur le plan humain, il sait qu’il y en un autre au ciel auquel il devra lui aussi rendre compte pour ses actes. L’apôtre appelle le maître chrétien à faire preuve d’humanité envers ses esclaves. A cause de Christ, il doit s’abstenir de toute menace, violence verbale ou intimidation. Certes, il reste celui qui dirige et exerce l’autorité. Mais il veillera à le faire d’une manière qui soit irréprochable sur le plan de la conscience et des méthodes. Le maître chrétien doit le savoir : si sur la terre il occupe un statut élevé, devant Dieu il n’en est rien. Notre Dieu est un Dieu qui ne fait aucune différence entre les hommes. Il juge chacun sans favoritisme, ni acception de personnes (Deutéronome 10,17 ; Romains 2,11 ; Galates 2,6 ; Colossiens 3,25 ; 1 Pierre 1,17).

V 10 à 20 : le combat spirituel

Après nous avoir dit tout ce que nous avons en Christ pour vivre le projet de Dieu qu’est l’Eglise, et de quelle manière marcher dans la vie pour être Ses témoins, Paul conclut sa lettre en abordant le dernier thème qui lui tient à cœur : celui du combat spirituel. Chaque enfant de Dieu a en effet à faire face à trois réalités tout au long de sa vie chrétienne. En premier, il a besoin de connaître, savoir et saisir tout ce qu’il a en Christ. C’est là le fondement à partir duquel il va vivre sa vie chrétienne. A partir de la nouvelle identité qui le caractérise, il a ensuite à apprendre à marcher avec Christ dans la vie nouvelle reçue. C’est là ce qui fera son témoignage dans la société. Il doit enfin être conscient que ce qui s’oppose à lui dans sa marche avec Dieu n’est pas du ressort de l’homme, mais de puissances spirituelles hostiles contre lesquelles les ressources humaines sont sans effet. Il lui faut donc être équipé et armé s’il veut vivre au quotidien dans la victoire. Pour n’en avoir pas assez conscience, nombre d’enfants de Dieu baissent les bras, sombrent dans le découragement et connaissent défaites sur défaites.

Que nous faut-il pour mener à bien le combat spirituel dans lequel tous, en tant qu’enfants de Dieu, nous sommes engagés ?

1.       Puiser dans la force et les ressources de Dieu

Comme il était impensable d’affronter un gladiateur romain avec une épée en bois, nous devons être conscients que nos moyens humains sont inadaptés pour combattre l’ennemi de nos âmes sur le plan spirituel. Il nous faut nous rendre à l’arsenal divin pour y trouver les armes appropriées au défi qui se présente à nous. C’est dans la dépendance totale de Dieu que se livre le combat auquel nous avons à faire. Paul l’a déjà écrit ailleurs : « les armes avec lesquelles nous combattons ne sont pas celles de la chair ; cependant, elles ont le pouvoir, du fait de Dieu, de démolir des forteresses (2 Corinthiens 10,4). » Dans le combat spirituel, rien de ce qui se trouve en nous, pensée, sentiment, raisonnement, volonté même, ne suffisent à nous procurer la victoire. Il nous faut absolument, impérativement nous tenir sur un autre terrain que celui de la force humaine, sans quoi notre défaite est assurée.

2.       Etre conscient de la réalité de l’ennemi

La première ruse de l’ennemi du chrétien est de tout faire pour que celui-ci n’ait pas conscience de son influence sur sa vie. Le chrétien vit-il dans un environnement hostile à sa foi ? Il en attribuera la cause aux personnes mal disposées à l’égard de l’Evangile qui l’entourent. A ne trop voir qu’elles, il finira par s’en désintéresser et ne plus avoir l’ambition de les gagner à Christ. Le chrétien est-il sujet à des tentations récurrentes ? Il sait que dans la prière modèle que Jésus a donné à Ses disciples, Celui-ci les invite à prier le Père qu’ils soient délivrés du malin. Oublieux de ce point, il va réagir par ses propres forces, répétant indéfiniment le schéma de la première chute relatée dans la Bible. Le chrétien se sent-il accusé, découragé par ses propres faiblesses ? Il se laissera aller à la pitié de lui-même, ressassant sans cesse les mêmes pensées négatives à son sujet, au lieu de se saisir de la grâce abondante qu’il a en Christ pour se relever. Gardons présent à l’esprit que nous sommes dans une guerre spirituelle. Notre ennemi n’est pas fait de chair et de sang. Il est le prince de la puissance de l’air, l’esprit de rébellion contre Dieu (Ephésiens 2,2), entouré d’une myriade d’esprits mauvais à son service. Perdre de vue cette réalité, c’est inévitablement passer à côté de la cause essentielle de nos luttes.

3.       Tenir bon

En Christ, nous ne combattons pas pour être victorieux, mais pour demeurer dans la victoire qu’Il nous a acquis. Le diable le sait : il n’a sur nous que le pouvoir que nous voulons bien lui laisser. Le combat spirituel que nous livrons ne consiste pas à vaincre l’adversaire. Cela, c’est le Christ qui l’a fait pour nous. Il consiste plutôt à tenir ferme dans la position dans laquelle, par Sa grâce, le Christ nous a établis. Il y a dans le monde chrétien de multiples faux enseignements qui circulent sur la façon de mener le bon combat de la foi. Ils partent tous d’un même point de départ : l’idée selon laquelle c’est aux enfants de Dieu de vaincre le diable et ses acolytes. L’enseignement de Paul ne va pas dans ce sens. Il nous appelle plutôt à résister et à tenir bon pour ne pas déchoir de la position victorieuse que le Christ nous a acquise, qu’à partir à l’assaut des puissances spirituelles mauvaises pour les vaincre.

4.       Nous équiper des sept armes de Dieu pour tenir ferme

La première citée par Paul est la ceinture de la vérité, ceinture appelée à enserrer les reins. L’expression apparaît de nombreuses fois dans l’Ecriture, de manière réelle (Exode 12,11 ; 1 Rois 2,5 ; 18,46) ou figurative (Job 38,3 ; 40,7 ; Proverbes 31,17 ; Esaïe 11,5). Parfois traduits par cœur ou entrailles, les reins représentent dans l’Ecriture le siège des désirs ou de l’entendement (1 Pierre 1,13). Toutes sortes de pensées ou de désirs peuvent jaillir du cœur et de l’esprit du chrétien. S’il ne veut pas que les puissances diaboliques s’en emparent pour le faire chuter, le chrétien veillera à les passer au crible de la vérité. Tout soldat qui partait au combat le savait. Le rôle de la ceinture dans son équipement était primordial. Sans elle, il n’y avait ni aisance, ni cohésion entre les autres partie de l’armure. La ceinture de la vérité dans la vie du chrétien n’a pas comme objet de l’encombrer, mais de lui faciliter la marche. Il peut nous sembler ardu dans la vie quotidienne de devoir soumettre nos désirs et nos pensées à la vérité. Mais nous ferons l’expérience que plus tôt, nous le faisons, moins de difficultés nous aurons pour l’avenir. C’est à la ceinture de la vérité que le diable s’est attaqué en premier chez Eve, en la faisant douter de la véracité de ce que Dieu a dit (Genèse 3,1). Aussi jugea-t-elle de la réalité des choses avec sa raison et sur la base de ses impressions. Elle commit ici une erreur fatale. La ceinture de la vérité assure sa mission dans notre vie aussi longtemps que la Parole de Dieu garde son autorité sur nos désirs et notre entendement. Apprenons comme Jésus à nous tenir, face à notre adversaire, sur le terrain de ce que Dieu dit. Face à notre fermeté, il finira par lâcher prise.

La seconde arme mise à notre disposition est la cuirasse de la justice (ou de la droiture). C’est la partie la plus importante de l’armure de l’enfant de Dieu, celle qui lui assure la plus forte protection. Pour ne pas en être couvert, Judas, qui avait un cœur fourbe, finit par trahir son Maître pour trente pièces d’argent. A l’inverse, Joseph, le fils de Jacob, parce qu’il en était revêtu, sut résister à la tentation facile qui se présentait à lui. La droiture de cœur ne nous est pas innée. Elle est le fruit, dans la vie des enfants de Dieu, de la crainte de Dieu (Proverbes 1,3.7). La droiture de cœur est la condition d’une vie marquée par la sagesse, le portail d’entrée de toutes les routes qui mènent au bonheur (Proverbes 2,7 à 9). Dans ce monde dominé par l’esprit du mal et du mensonge, seul le chrétien armé de la cuirasse de la justice a la capacité, quoi qu’il lui en coûte, de rester intègre dans toutes ses voies.

Le troisième élément de l’équipement du chrétien dans le combat qui l’oppose aux forces spirituelles qui lui sont hostiles, consiste dans les chaussures qu’il enfile. Tout soldat qui a dû participer à des manœuvres militaires sait l’importance qu’a le fait d’être équipé avec de bonnes chaussures pour être à l’aise dans ses mouvements. Le zèle que procure l’enthousiasme qu’a l’enfant de Dieu pour l’Evangile représente les chaussures dont il a besoin. Alors que les soldats de ce monde sont engagés dans des guerres meurtrières,  la cause que sert le chrétien, rappelle Paul, est celle de la paix. Le chrétien est ici-bas en service commandé. A la suite de Christ, son chef, et sous Ses directives, il est envoyé en mission dans le monde en vue de réconcilier les pécheurs avec Dieu et entre eux. A cause de la noblesse de celle-ci, il est juste d’attendre de sa part une motivation qui surpasse tout autre service qui pourrait être demandé aux hommes. Aussi la question se pose : suis-je dans ma vie de tous les jours chaussé du zèle, de la passion de l’Evangile ? Nos défaites spirituelles ne viennent-elles pas d’un cœur qui ne brûle plus pour Dieu ? Seule la passion pour Christ peut nous garder de la passion que voudrait allumer le feu du péché, de la convoitise ou de la vanité dans nos cœurs !

Le quatrième élément de l’armure par laquelle Dieu équipe le chrétien est le bouclier de la foi. Le rôle du bouclier dans l’équipement des soldats du passé était uniquement défensif. Le bouclier du soldat romain était recouvert de cuir. Trempé dans l’eau, il avait la propriété d’éteindre les flèches tirées contre lui par l’ennemi. Dans le combat qui nous oppose aux puissances mauvaises, nous devons nous attendre nous aussi à être la cible de tels traits. Satan est à la fois le tentateur et l’accusateur. Suivant l’état de notre cœur, il sait, dans son arsenal, exactement à quelle sollicitation nous serons le plus sensible. « Satan ne tentera jamais à l’encontre des inclinations naturelles du caractère… Il tente l’homme ambitieux par une couronne, et l’homme sensuel par la beauté… Il peut empoisonner l’imagination, et suggérer de mauvaises pensées à l’esprit… Il peut exciter et agiter la corruption au-dedans de l’homme, et agir de telle sorte que le cœur cède à la tentation.[1] » Il nous faut, pour faire face aux traits enflammés du malin, utiliser la même arme qu’utilisa Jésus face à Satan dans le désert : la foi en l’autorité de la Parole de Dieu. Toute discussion avec Satan sur un autre terrain que celui-ci ne peut aboutir qu’à un seul résultat : notre chute. Eve en est la preuve éminente. Le Seigneur, sachant que son disciple Pierre allait être criblé par Satan, a prié pour que sa foi ne défaille pas (Luc 22,31-32). Le même apôtre, ayant appris de ses échecs, encouragera les chrétiens de son temps à résister au diable avec une foi ferme (1 Pierre 5,8-9). Il nous faut la même foi aujourd’hui pour être à l’abri de toute chute. Sans elle, entre notre adversaire et nous, nous sommes sans défense ni protection.

Le cinquième élément de l’armure décrite par Paul est le casque du salut. L’utilité unique du casque dans le combat est la protection de la tête. Or, à cause de son importance, celle-ci est une cible privilégiée. Blessé à une jambe, un soldat peut encore se battre et même vaincre. Mais une fois la tête touchée, il est pratiquement défait. La tête occupe une place primordiale dans le corps. Parce qu’elle est le siège de la pensée et de la volonté, elle se doit d’être particulièrement protégée. Le casque du salut représente l’espérance qui habite l’enfant de Dieu au plus profond de lui-même (1 Thessaloniciens 5,8). Face au doute, à l’accusation, à la dureté des épreuves qui peuvent l’assaillir, cette espérance du salut est vitale pour le chrétien. Alors que tout chancelle et peut prêter à caution, elle est souvent le dernier rempart qui le tient dans la foi. Les certitudes que procure l’espérance ont été le sujet des chants d’une multitude de chrétiens éprouvés dans les siècles passés Elles constituent par exemple le thème majeur des gospels composés par les esclaves noirs tout juste émancipés de leur servilité. Nous pouvons passer, en tant que chrétiens, par toutes sortes de détresses. Souvenons-nous que, malgré tout, aucune puissance n’a la capacité de nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ (Romains 8,38-39). Telle est l’espérance du salut qui doit couvrir toute pensée et toute réflexion dans nos vies !

La sixième arme qui nous est donnée par Dieu est l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu. Face à toutes les propositions du diable, la Parole de Dieu est une arme défensive et offensive d’une grande efficacité. C’est par la Parole de Dieu que Jésus, seul et affaibli dans le désert, fera fuir le tentateur. Une première fois, Il lui dira : Il est écrit, et il s’arrêtera net. Une seconde fois, Il répétera : Il est écrit, et l’ennemi reculera. Une troisième fois, Il réitérera : Il est écrit, et le diable se retirera (Luc 4,1 à 13). Aussi efficace soit-elle, la Parole de Dieu doit être maniée avec précaution. Car le diable sait aussi, lorsqu’elle peut servir ses intérêts, la citer aussi (Luc 4,10-11). La Parole de Dieu n’est pas d’abord l’arme du soldat. Elle est, précise Paul, l’épée de l’Esprit. L’expression n’est pas choisie au hasard. Elle implique que, si redoutable soit-elle, la Parole de Dieu n’a de pouvoir que maniée à bon escient, c’est-à-dire sous la conduite de l’Esprit. Dans le cas contraire, et la tentation au désert en est la preuve, elle ne sert pas celui qui l’utilise, mais finit par se retourner contre lui. Apprenons à écouter l’Esprit dans nos combats ! Il nous donnera en temps voulu la Parole dont nous avons besoin pour résister à l’ennemi et le faire fuir loin de nous !

La septième et dernière arme que Dieu donne au soldat chrétien est la prière. La prière n’est pas identifiée à une partie de l’armure, mais elle en fait bel et bien partie. Au temps de l’apôtre Paul, les moyens de communication entre les soldats et le commandement de l’armée étaient limités. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans les équipements modernes de nos soldats, la prière peut être assimilée à tous les outils qui, avec facilité, rendent possible ce contact permanent. Comme il en est de l’usage de la Parole dans le combat, ainsi en est-il de la prière. La prière que Dieu entend n’est pas d’abord une prière humaine. Elle est celle qu’inspire l’Esprit. Engagé avec lui dans la lutte spirituelle, l’Esprit fait monter du cœur du chrétien toutes sortes de prières et de supplications. S’il vise d’abord sa propre vie, l’objet de ces requêtes ne s’arrête pas à lui. Il englobe tous les besoins du peuple de Dieu et les combats auxquels, partout dans le monde, les proclamateurs de l’Evangile et les témoins du Christ ont à livrer. C’est pourquoi aussi Paul invite les destinataires de sa lettre à ne pas l’oublier, mais à intercéder pour lui, ambassadeur du Christ dans les chaînes. Certes, dans sa condition, l’apôtre aspire à la liberté. Mais tel n’est pas le premier de ses soucis. Ce qu’il demande à ses frères, c’est que ceux-ci prient pour que, au moment où l’occasion lui est donnée de témoigner de sa foi, il ait toute la liberté et l’assurance possibles pour le faire.

Que dire en conclusion de l’enseignement de Paul sur le combat dans lequel l’enfant de Dieu est engagé dans ce monde ? Trois points essentiels :

-          Le chrétien ne doit jamais oublier qu’au-delà de l’opposition humaine, les véritables ennemis auxquels il a à faire face sont de nature spirituelle.
-          Le chrétien doit se souvenir à chaque instant que toutes les ressources dont il a besoin pour sortir victorieux du combat ne sont pas en lui, mais dans le Seigneur. Le combat spirituel se gagne avec les armes spirituelles.
-          Le chrétien doit se rappeler que sa part essentielle dans le combat consiste à résister et tenir bon dans la position que le Christ lui a acquise par Sa mort et Sa résurrection. Le vainqueur du diable n’est pas le chrétien, mais le Christ. En Lui et avec Lui, il a aussi le pouvoir de le faire fuir.

V 21 à 23 : salutations finales

Sa lettre terminée, Paul charge Tychique, l’un de ses fidèles collaborateurs (Actes 20,4 ; Colossiens 4,7 ; 2 Timothée 4,12 ; Tite 3,12) de la transmettre à ses destinataires. Dans ce but, Paul n’hésite pas à faire l’éloge de son envoyé qu’il missionne auprès d’eux également pour leur communiquer de ses nouvelles. Parce que la lettre de Paul nous est parvenue et qu’elle a été incluse dans le Nouveau Testament, nous savons que Tychique s’est acquitté avec succès de sa mission. L’œuvre de Dieu est faite de grandes et de petites choses. Mais les petites ne sont pas de moindre valeur que les grandes. En veillant à accomplir son service avec conscience, Tychique a apporté, sans doute sans le savoir, une contribution essentielle à l’édification de l’Eglise de toutes les générations. Que Dieu, à son exemple, nous donne de faire avec fidélité toutes choses pour Lui.

Paul conclut son épître par des salutations d’usage. Sa prière est que Dieu le Père et Le Seigneur Jésus-Christ accordent paix, amour et foi à ses frères et que la grâce accompagne ceux qui L’aiment d’un amour inaltérable. C’est par ce que Dieu possède de plus précieux que les enfants de Dieu sont bénis. Que les trésors de Sa grâce nous soient aussi versés en abondance par Jésus-Christ, notre Seigneur !




[1] Consolations divines : Thomas Watson : Editions Grâce et vérité

mardi 7 février 2017

EPHESIENS 5

V 1 et 2 : imitez Dieu

Pour ce qui concerne l’amour et la capacité de faire grâce, nous n’avons pas à chercher loin pour trouver le modèle à imiter. Nous l’avons chaque jour sous nos yeux en Christ. La grâce dont nous sommes capables envers les autres procède d’une seule source : de celle reçue par Dieu et incarnée en Christ. Cette grâce n’est pas pour nous quelque chose d’inaccoutumé. Chaque jour, à chaque moment, nous faisons l’expérience, comme le dit le psalmiste, que Dieu ne nous traite pas selon nos péchés, qu’il ne nous rétribue pas selon nos iniquités, mais qu’Il nous pardonne généreusement nos fautes (Psaume 103,10). Aussi parait-il inconcevable à notre Seigneur que, objets d’une telle miséricorde, nous ne soyons pas en mesure de remettre à notre frère sa faute quand l’occasion s’y présente (Matthieu 6,14-15 ; 18,23 à 35).

L’amour dont Dieu a fait preuve pour nous en Christ n’a pas pour unique fonction de nous réconcilier avec Lui. Il est, selon les paroles de Paul et de Jésus, la matrice à partir de laquelle doit désormais se façonner notre comportement envers les autres. Seul l’amour à la fragrance d’un parfum de bonne odeur pour Dieu. Il nous est possible, dira Paul, de faire beaucoup de bien et d’aller, dans un esprit de sacrifice, jusqu’au don de notre vie. Mais si l’amour n’en est pas la cause, tout ceci ne compte finalement pas et n’a pas de prix (1 Corinthiens 13,3). A ceci, dit Jean, nous connaissons l’amour : c’est que Lui s’est défait de sa vie pour nous. Puis il ajoute, en guise de suite logique : nous aussi, nous devons nous défaire de notre vie pour nos frères (1 Jean 3,16).  L’amour est le don absolu de soi, une offrande faite sans réserve de sa personne avec comme seule motivation le bien d’autrui. Tel celui de Dieu, l’amour authentique ne regarde pas au mérite de celui vers qui il est dirigé. Il n’est pas une gratification offerte à celui qui nous est agréable. Il est l’expression de la grâce. Que Dieu, par cette grâce, travaille nos cœurs de manière en ce qu’en nous voyant aimer, ceux qui ne la connaissent pas encore la découvrent !

V 3 à 5 : pas d’inconduite ni d’idolâtrie

Si, dans le comportement chrétien, certaines choses doivent être rejetées ou abandonnées, d’autres, dit Paul, ne devraient jamais se trouver. Elles sont, à ses yeux, si antinomiques à la vérité chrétienne et à la sainteté que leur seule présence dans l’Eglise porte un discrédit total au témoignage de Christ. Dans cet ordre de choses, Paul cible trois péchés spécifiques :

1.       Les péchés d’ordre sexuel.

Le préjudice qu’occasionne ce type de péché est immense, pour la personne qui le commet en premier lieu, puis pour l’Eglise. Quelque autre péché qu’un homme commette, dit Paul, celui d’ordre sexuel a, par sa nature, des incidences plus graves. Car, tandis que les autres péchés se passent hors du corps, qui pratique l’impudicité pèche contre son propre corps (1 Corinthiens 6,18). La sexualité, en effet, n’est pas un domaine de la vie égale aux autres. Elle est le domaine de l’intimité, de l’unité et de la communion entre les êtres le plus abouti. Qui s’unit sur le plan sexuel à une personne ne forme qu’un seul être avec elle, que ce soit sa femme ou une prostituée (Genèse 2,24 ; 1 Corinthiens 6,16). Aussi toute relation sexuelle hors mariage porte-t-elle atteinte à ce qu’il y a de plus profond et sacré dans la volonté créatrice de Dieu pour l’humanité. Tolérer la pratique de l’impudicité dans le corps de Christ (adultère, inceste ou pratique contre nature), est, aux yeux de Paul, si inacceptable que cala ne peut qu’entraîner le jugement le plus sévère qui soit (1 Corinthiens 5,1 à 5).

Si grave que soit l’inconduite sexuelle, elle ne se produit pas sans raison. Toujours, elle est le fruit d’une tolérance coupable de pensées et de désirs impurs. Aussi Paul appelle-t-il ses lecteurs à combattre le mal à la racine. Outre l’impudicité dans les actes, ce sont toutes les formes d’impureté que le chrétien, devenu homme nouveau, doit bannir de sa vie. Job, dans la défense de sa propre justice, témoigne qu’il avait fait un pacte avec ses yeux au point de refuser de porter ses regards sur une vierge (Job 31,1). Le patriarche avait compris ce que Jésus enseignera plus tard à Ses disciples. La racine de l’adultère se trouve dans la convoitise des yeux (Matthieu 5,27), ce que confirme le processus qui conduira le roi David à sa faute avec la femme d’un autre (2 Samuel 11,2). Le risque de l’inconduite sexuelle peut être prévenu. Il exige de la part de tous un comportement sain et approprié envers les personnes de l’autre sexe. C’est ce à quoi Paul appelle Timothée, son jeune collaborateur. Il ne lui dit pas, dans l’exercice de son ministère, de fuir les jeunes femmes qui sont dans son entourage, mais de s’adresser à elles en toute pureté. Ni la familiarité, ni une proximité trop grande ne sont permises. Les dégâts occasionnés par l’inconduite sont trop dommageables pour que la prudence ne soit de mise.

2.       Les propos vulgaires, choquants

Toujours dans la catégorie des péchés de la langue, Paul stigmatise ici les propos vulgaires et choquants. Les paroles qui sortent de la bouche des hommes ne sont pas anodines. Elles sont le reflet de ce qui habite dans leurs cœurs. « L’homme bon, dira Jésus, tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur, et le méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor ; car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle (Luc 6,45). » S’il y a un domaine dans lequel doit être attentif le chrétien dans ce qu’il exprime, c’est bien celui de la parole. Le trait d’humour n’est certes pas interdit. Mais ce que devrait produire la grâce, c’est surtout l’action de grâces, c’est-à-dire l’expression de notre vive reconnaissance envers Dieu. Nous n’avons peut-être pas tous les jours l’occasion de témoigner de notre foi aux autres. Sachons cependant que ce que les autres entendent de nous en dit plus que ce que nous pensons sur ce qui nous habite.

3.       L’avidité ou la cupidité
Ce péché n’est pas des moindres. Preuve en est par le fait que Paul l’identifie à l’idolâtrie. Or, qui est idolâtre si ce n’est celui qui porte à une personne ou à une chose une affection qui ne doit revenir qu’à Dieu ? Telle est la difficulté que pose un attachement trop fort aux biens ou à l’argent. Invariablement, celui-ci ne se contente jamais dans le cœur d’une place secondaire. C’est la première qu’il veut. Qui aime l’argent en devient inévitablement l’esclave. Or, dit Jésus, « personne ne peut être l’esclave de deux maîtres ; en effet, ou bien on détestera l’un et on aimera l’autre, ou bien on s’attachera à l’un et on méprisera l’autre. Vous ne pouvez être esclaves de Dieu et de Mamon (Matthieu 6,24). » L’amour de l’argent, prévient ailleurs Paul, est une racine de tous les maux ; et quelques-uns, en étant possédés, se sont égarés loin de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des tourments (1 Timothée 6,10). La cupidité dans le cœur du chrétien est un non-sens et une grossière erreur de placement. Car, qu’on le veuille ou non, tout ce que nous avons ici-bas nous sera un jour ôté. « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, dit avec raison Job, et nu j’y retournerai (Job 1,21). » Les chemises des morts n’ont pas de poches, dit un proverbe suisse. Puisqu’il en est ainsi, pauvres ou riches, gardons-nous de mettre notre espérance dans des richesses incertaines (1 Timothée 6,17). Le monde a besoin de voir en nous des personnes qui attendent des choses meilleures que celles que la terre peut leur donner. Contentons-nous donc de ce que nous avons, car Dieu Lui-même l’a promis : jamais Il ne nous délaissera ni ne nous abandonnera (cf 1 Timothée 6,6 ; Hébreux 13,5).

Qui sont les héritiers du royaume de Dieu ? Tous ceux qui, dès maintenant, répond Paul, vivent de Christ et témoignent par leur conduite qu’ils sont enfants de Dieu, imitateurs de leur Père. Le royaume auquel chacun appartient n’est pas à venir. Il est déjà présent. La conduite de chacun en est un indice probant. « On ne cueille pas, disait Jésus à l’adresse des faux prophètes, des raisins sur des épines ou des figues sur des chardons. Tout bon arbre produit de beaux fruits, tandis que l’arbre malade produit de mauvais fruits (Matthieu 7,16-17). » Que par notre conduite, chacun soit amené à reconnaître que nous ne sommes plus fils des ténèbres, mais fils de la lumière !

V 6 à 14 : enfants de lumière

Au-delà du témoignage que le chrétien est appelé à rendre à Christ par sa conduite, il est vital que celui-ci comprenne l’enjeu spirituel qui en est la cause. Deux royaumes coexistent ici-bas et se partagent l’humanité : le royaume des ténèbres et celui de la lumière. Autrefois, sans Christ, nous faisions partie du premier. Dominés par l’esprit de rébellion qui y règne, nous nous conduisions selon les désirs de notre chair et de nos pensées (Ephésiens 2,1 à 3). Tel n’est plus notre cas aujourd’hui. En Christ, nous sommes devenus des enfants de lumière. Notre vie est désormais appelée à refléter les valeurs du royaume nouveau auquel nous appartenons.

Parce que nous sommes passés du royaume des ténèbres à celui de la lumière, des ruptures claires doivent se produire dans nos vies. Le monde, par ses discours creux, ne manquera pas de tenter de nous ramener à sa raison. Il plaidera auprès de nous en faveur d’une coexistence pacifique, dénuée de tout radicalisme. Paul nous invite à ne pas l’écouter. Aucun compromis entre l’Esprit de Christ et celui du monde n’est possible. Même si elle passe pour de l’extrémisme, notre allégeance doit se porter au Christ et à la lumière seuls. Hors de ce cadre, tout ce qui se vit porte la marque de la rébellion et est sujet à la colère de Dieu. Il n’y a pour le chrétien aucune hésitation à avoir. Le souci de vivre devant Dieu dans la lumière, avec la force que lui donne l’Esprit, doit seul le préoccuper.

Une nette distinction sépare ce qui procède du royaume des ténèbres de celui de la lumière. Tel le produit de la sève dans un arbre, celui de la lumière dans le cœur du croyant est un fruit. Ce fruit, dit Paul, consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité. Ce qui distingue d’abord le croyant de l’incroyant ne se situe pas au niveau de ses actes, mais de son caractère et de ses dispositions. L’œuvre de Dieu dans sa vie poursuit un but : l’amener dans son être à une ressemblance toujours plus précise avec le Christ (Romains 8,29). Témoin de la grâce, le croyant ne peut plus se permettre d’être dur, rancunier. Il n’a plus d’ennemi dans ce monde, si ce n’est le péché qui est en lui. Humble, il est prêt, à cause de Christ, à servir et passer au-dessus de l’offense pour offrir le pardon à qui le blesse ou s’oppose à lui. Serviteur de la justice, le croyant n’acceptera pas de se laisser corrompre pour ses propres intérêts. Il sait que sa crédibilité de témoins de Jésus repose sur sa droiture. Nulle question pour lui de donner l’occasion aux ennemis de Dieu de moquer Son nom pour ses inconséquences. Ami de la vérité, le croyant, refusera tout ce qui pourrait s’apparenter dans sa vie au mensonge. Il veillera donc, comme l’apôtre l’a dit précédemment, à toujours parler avec vérité à son prochain (Ephésiens 4,25), quitte à déplaire et se faire des ennemis.

Au contraire du croyant, l’incroyant hait la lumière et la fuit. Il n’a en effet qu’une peur : que ce qu’il fait dans le plus grand secret soit, à sa plus grande honte, dévoilé (cf Jean 3,20). Parce qu’il n’a rien à cacher, le croyant n’a en rien à s’associer avec ce qui relève des œuvres de la nuit. Fils de la lumière, il est enfant du jour, dit Paul ailleurs (1 Thessaloniciens 5,4 à 8). Pour se préserver du mal, il lui faudra, non seulement s’en distancer, mais aussi ne pas hésiter à le dénoncer. Parce qu’il est dans un monde trompeur, le chrétien doit veiller à ne pas dormir. Il doit être à chaque instant éveillé, sur ses gardes, sachant, comme Jésus l’a dit, que l’esprit est bien disposé mais que, souvent, la chair est faible (Marc 14,38). Oui, levons-nous ! Nous ne sommes plus du monde des morts ! Le Christ nous a ressuscités avec Lui ! Vivons de Sa lumière ! Il saura en tout temps nous guider et nous éclairer pour vivre dans Ses voies !

V 15 à 20 : exhortation à la sagesse

Après la vérité (Ephésiens 4,21 et 25), l’amour (Ephésiens 5,1) et la lumière (Ephésiens 5,8) c’est à la sagesse que l’apôtre appelle ses destinataires. Qui n’est pas de la vérité est obligatoirement du mensonge (Ephésiens 4,25). Qui ne pratique pas l’amour qui se donne, à l’exemple de Dieu et du Christ, bascule inévitablement dans l’amour de soi qui se traduit par la recherche du plaisir et du profit (Ephésiens 5,3 à 5). Qui rejette la lumière se condamne à vivre dans les ténèbres avec toutes les œuvres mauvaises qui en découlent (Ephésiens 5,11 et 12). Qui ne se conduit pas avec sagesse se comporte comme un insensé (Ephésiens 5,15). Or, pour l’insensé, Dieu n’existe pas (Psaume 14,1). Il peut donc vivre sa vie comme il l’entend, n’ayant jamais à en rendre compte à un juge. A contrario, le principe qui est à la base de la sagesse, dit l’Ecriture, est la crainte de Dieu (Psaume 111,10 ; Proverbes 9,10). Cette crainte, malgré la relation filiale que le chrétien entretient avec Dieu, n’a pas disparu. Faite de respect, d’humilité et de révérence à Son égard, elle est appelée à conditionner notre façon d’être et de vivre ici-bas devant Dieu, face aux autres et à nous-mêmes (2 Corinthiens 5,11 ; 7,1 ; Ephésiens 5,21 ; Colossiens 3,22 ; Hébreux 12,28 ; 1 Pierre 1,17).

Connaissant la crainte de Dieu, le chrétien n’est pas libre d’utiliser son temps comme il le veut. S’il doit d’abord travailler à assumer ses responsabilités familiales et sociales, il doit aussi se souvenir que le temps qui lui est fixé est court. Il lui faut donc racheter ce temps, c’est-à-dire essayer de le faire fructifier au mieux en vue de sa destinée éternelle. Cet impératif est d’autant plus vrai que l’enfant de Dieu n’évolue pas ici-bas dans un environnement favorable. Du jour au lendemain, à l’époque de Paul, chaque chrétien pouvait être privé de ses droits et de sa liberté pour se retrouver des mois durant en prison. Il y avait donc urgence, lorsqu’on en avait la possibilité, de se nourrir et de se fortifier dans le Seigneur. Racheter le temps, se conduire comme un sage, c’est aussi pour l’enfant de Dieu ne pas vivre selon ses propres désirs ou pensées, mais chercher à comprendre la volonté de Dieu. Outre nos propres projets pour la vie, il existe de la part de Dieu un dessein éternel précis dans lequel Il désire nous faire entrer. C’est la connaissance de celui-ci qui doit avoir préséance, dans la vie de l’enfant de Dieu, sur ses priorités.

Se comporter comme un sage, c’est encore, dit Paul, refuser toute ivresse qui pourrait nous amener à perdre le contrôle de nous-mêmes. Il y a une plénitude interdite à l’enfant de Dieu et une autre qui lui est recommandée. La première est celle que procure l’excès de vin. La loquacité du livre des proverbes sur le sujet nous en fournit les multiples raisons (Proverbes 20,1 ; 23, 20-21.29 à 35). La seconde est celle de l’Esprit. Elle se traduit par le fait que notre être entier, dans toutes ses facultés, est habité par la conscience de Sa présence et de Sa communion. La parallèle établi par Paul entre les deux plénitudes n’est pas fortuit (cf Actes 2,4 et 13). Comme l’excès de vin influe sur la conduite de l’ivrogne, la plénitude de l’Esprit dynamise le comportement de l’enfant de Dieu, lui communiquant une audace et un courage qu’il n’aurait pas sans elle (Actes 4,31). De même que l’ivresse est souvent joyeuse et s’exprime par le désir de chanter (Esaïe 24,9), la plénitude de l’Esprit remplit la communauté d’une joie qui se traduit par des chants et des hymnes spirituels à la gloire du Seigneur. Que Dieu fasse de chaque communauté une société d’hommes sages marqués par la crainte de Dieu, le souci de faire Sa volonté, la joie de Sa plénitude et la reconnaissance pour tous Ses bienfaits en Jésus-Christ.

V 21 à 33 : maris et femmes

Outre son caractère personnel, le comportement du chrétien comprend une dimension familiale et sociale dans laquelle la connaissance de Christ est appelée à être déterminante. Qui que nous soyons, parce que Christ est la Tête du corps qu’est l’Eglise, il nous faut apprendre à vivre selon le principe de soumission qui le régit. « Chaque fois qu’un certain nombre d’ouvriers du Seigneur se rassemblent, dit Watchman Nee, un certain ordre spirituel se met aussitôt en place. L’ouvrier du Seigneur doit savoir qui est au-dessus de lui. Certains n’obéissent pas aux autorités, parce qu’ils en ignorent jusqu’à leur existence. Nous ne devons pas tant nous soucier de ce qui est bien ou mal, bon ou mauvais, mais plutôt de l’autorité qui est placée au-dessus de nous. Une fois que nous avons pris connaissance des personnes auxquelles nous devons être soumis, nous trouvons facilement notre place dans le corps.[1]» Le principe de soumission auquel Dieu appelle chacun est inséparable de la notion d’autorité que Dieu délègue. Cette vérité, qui s’applique à tous les niveaux de la vie sociale du chrétien (dans l’Eglise comme dans le monde), trouve sa première pratique dans la relation conjugale.

Dans le couple, c’est par la soumission à son mari que l’épouse témoigne le mieux de sa soumission à Dieu. Cette soumission n’est en aucun cas de la servilité. Elle est la reconnaissance pour l’épouse du rôle particulier de chef de famille que Dieu a donné à son époux. La position de l’épouse par rapport au mari, dit Paul, est la même que celle de l’Eglise par rapport à Christ. Si l’Eglise est soumise au Christ, ce n’est ni par obligation, ni par contrainte, mais à la fois par bon sens et par amour. Ce n’est pas avec déplaisir que l’Eglise prend sa place de seconde par rapport à Christ, mais avec joie. Si elle a une mission dans ce monde, elle le sait, c’est qu’à travers elle le nom de Christ soit connu et honoré dans ce monde. Telle est aussi, dans la société, l’objectif que devrait poursuivre toute épouse chrétienne à l’égard de son mari (Proverbes 31,11 et 23).

Si la mission première de la femme chrétienne est d’être soumise à son mari, celle du mari, dit Paul, est d’aimer sa femme comme le Christ a aimé L’Eglise. Qui comprend la portée de l’analogie saisit aussi à quel point la responsabilité du mari dans le bonheur de la vie conjugale est centrale. Aussi Paul n’hésite-t-il pas à consacrer à cette pensée un développement plus grand que celui qui touche au rôle de l’épouse. Que vise le Christ pour l’Eglise ? Quel prix personnel a-t-Il été prêt à payer pour que l’objectif ciblé soit atteint ? La réponse à ces deux questions suffit à donner à chaque mari chrétien une idée de la hauteur et de la noblesse de la mission qui est la sienne auprès de son épouse. Le Christ, dit Paul, a aimé l’Eglise au point de se livrer Lui-même pour elle. Dans Son amour pour elle, Il n’a pas estimé que Sa vie propre, Sa béatitude soient trop précieuses pour être conservées. Au contraire, Il a renoncé à tout et sacrifié tout ce qui était Sien pour que, revêtue de dignité, elle paraisse habillée d’une gloire sans pareille. En donnant Sa vie pour l’Eglise, le Christ a manifesté la mesure d’amour qui était la Sienne pour elle. Le Christ a aimé l’Eglise comme Lui-même. Il a agi envers elle comme si elle était son alter ego, une partie de Lui-même. C’est de cet amour, dit Paul, que les maris doivent aimer leurs épouses.

Comme il en est toujours de l’amour, celui du Christ pour l’Eglise s’est démontré par des actes significatifs. Au jour où le Christ a connu l’Eglise, celle-ci n’avait rien de la beauté parfaite qui sera la sienne le jour des noces de l’Agneau (Apocalypse 19,7-8). Aussi le Christ se chargera-t-Il de ses souillures et la lavera-t-il par la Parole (Jean 15,3) et le bain de la nouvelle naissance (Tite 3,5). Comme un époux aimant et responsable, le Christ, de même, ne laisse pas l’Eglise dans le monde livrée à elle-même. Au contraire, Il la nourrit et en prend soin, la reconnaissant comme une partie de Lui-même. Le lien qui unit le Christ avec l’Eglise, assure Paul, est de même nature que celui qui unit mari et femme dans le mariage. L’Eglise et le Christ ne forment plus deux réalités séparées, mais, désormais, une seule entité, comme c’est le cas du couple humain. Pour s’unir à l’Eglise, le Christ a dû quitter la maison de Son Père et venir jusqu’à elle. Si une telle démarche est compréhensible pour le mariage humain, il y a là, dit Paul, au sujet du Christ un mystère profond. Car c’est de toute éternité que la Divinité, Père, Fils et Saint-Esprit était une, indivisible, inséparable. Comprenons ici combien l’amour du Christ pour l’Eglise est grand !

Quel résumé faire de l’enseignement donné ici par Paul au sujet du témoignage que le couple chrétien est appelé à rendre à son Seigneur dans le monde ? Paul le donne dans le dernier verset de son chapitre : que chaque mari aime sa femme comme lui-même, et que la femme respecte son mari !



[1] Watchman Nee : l’autorité spirituelle : Editions Vida

mardi 24 janvier 2017

EPHESIENS 4

V 1 à 16 : construire dans l’unité

L’Eglise de Jésus-Christ, avons-nous dit, est la révélation du mystère caché en Dieu de toute éternité. Ce projet, au cœur même de la création, ne saurait être trop évalué quant à son importance. Il est, dit Paul, le moyen par lequel la sagesse de Dieu, dans Sa grande diversité, est portée à la connaissance des puissances spirituelles (Ephésiens 3,10). Cette diversité, pour être à la gloire de Dieu, ne peut se construire que d’une seule manière : par l’unité. Unité dans la diversité et diversité dans l’unité sont les caractéristiques même de la Divinité. Or Dieu a voulu que l’Eglise soit à Sa ressemblance. Aussi l’unité fut-elle le sujet majeur d’intercession de Jésus pour Ses disciples au moment de les quitter. L’unité du peuple de Dieu doit être telle qu’elle est le reflet, dit Jésus, de l’unité qui existe entre le Père et le Fils (Jean 17,20). L’unité est primordiale car elle est l’argument le plus probant quant à la vérité de l’Evangile (Jean 17,20 et 23).

De quelle manière l’unité du Corps de Christ se construit-elle ? C’est, en introduction de la partie pratique de sa lettre, le point qu’aborde l’apôtre Paul ici. Trois voies nous sont indiquées ici comme y menant. Elles nous révèlent toutes que l’unité n’est pas quelque chose à atteindre, mais une réalité que nous devons apprendre à vivre à partir de ce que Dieu nous a donné dans Sa grâce. Examinons maintenant ces trois voies !

1ère voie : l’unité par la mise en pratique des vertus chrétiennes : v 1 à 3

C’est dans leur façon de se comporter les uns envers les autres que, en premier lieu, se construit l’unité des chrétiens. Il arrive que d’autres causes soient invoquées justifiant la séparation qui se fait entre des frères. Elles ne sont pas à exclure. Il faut reconnaître cependant que, souvent, les raisons qui prévalent tiennent davantage à la chair qu’à autre chose.

L’unité chrétienne est impossible sans la pratique des vertus qui en caractérisent la vie. Dans cet ordre, la première mentionnée par l’apôtre est l’humilité. De toutes les qualités manifestées par Jésus, il n’est pas exagéré de dire que l’humilité fut la plus grande. C’est par humilité que Jésus quitta Sa condition divine pour revêtir celle de l’homme (Philippiens 2,6 à 8). C’est par humilité qu’Il s’abaissa encore revêtant la forme d’un serviteur qui ira jusqu’à laver les pieds de Ses disciples (Jean 13,1 à 15). L’humilité fut non seulement le moteur du comportement de Jésus, mais encore le sujet dominant de Son enseignement quant à la qualité majeure dont devait faire preuve celui de Ses disciples (Matthieu 18,4, 20.26 ; 23,11). « L’humilité, dit Andrew Murray, est le seul terrain dans lequel les grâces s’enracinent. L’absence d’humilité est l’explication suffisante de toute défaite et de tout échec. L’humilité n’est pas une grâce parmi d’autres grâces, parce qu’elle seule prend devant Dieu une attitude vraie, qui permet à notre Père céleste d’être tout en nous et d’agir par nous. »[1]

L’humilité est l’huile qui facilite la mécanique des rouages de la relation entre frères. Parce que nous sommes humains et, de surcroît pécheurs, ni la douceur, ni la patience, ni l’amour, ni la capacité à supporter les autres ne nous sont naturels. L’humilité, qui résulte de la connaissance intime de Dieu et de soi, est le seul terreau sur lequel ces qualités, indispensables à l’unité, pourront se développer.

2ème voie : l’unité par l’accord sur les sujets majeurs qui sont l’objet de notre foi : v 4 à 6

Il n’y a pas d’unité possible entre chrétiens hors de l’Esprit. Habités par le même Esprit, les chrétiens devraient être en mesure de conserver leur unité dans les relations fraternelles par le lien de la paix. D’une certaine manière, la recherche de l’unité est une fausse recherche. L’unité entre frères existe de fait, elle n’est pas à produire. Elle ne se brise que lorsque les dispositions qui étaient dans le cœur de Jésus-Christ ne sont plus présentes dans le cœur de Ses disciples (Philippiens 2,1 à 5). Si le cœur de chacun a un rôle prépondérant dans le maintien de l’unité, Paul sait cependant qu’il ne suffit pas à lui seul pour la garantir. Les chrétiens sont appelés à faire preuve d’un même amour, mais aussi d’une seule pensée. Il y a dans la Parole de Dieu de nombreux sujets sur lesquels le peuple de Dieu peut différer dans ses opinions. Mais il y en a certains sur lesquels son unité est impossible sans unanimité. Ce sont ces points que l’apôtre aborde ici.

L’unité spirituelle du corps de Christ requiert la parfaite unanimité de ses membres sur 5 points précis :

a.       La nature de leur espérance

Notre espérance est céleste (voir commentaire Ephésiens 1,15 à 19). Elle est à la fois celle de la gloire de Dieu et de Sa justice (Romains 5,2 ; Galates 5,5). Chaque chrétien a dans ce monde la mission de défendre avec douceur auprès des incrédules la raison de l’espérance qui l’habite (1 Pierre 3,15). Il est impossible pour un chrétien d’être, sur le plan spirituel, uni à quelqu’un qui ne possède pas la même espérance que lui, l’espérance de la vie éternelle (Tite 1,2).

b.      Leur appartenance unique à Jésus-Christ comme Seigneur
Paul le déclare : nul ne peut confesser que Jésus-Christ est Seigneur si ce n’est par l’Esprit de Dieu (1 Corinthiens 12,3). C’est celui qui invoque le nom du Seigneur pour son salut qui est sauvé (Actes 2,21). Tous les chrétiens véritables sont unanimes sur ce point. Il y a un seul Dieu, mais aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes : Jésus-Christ homme qui s’est donné Lui-même en rançon pour nous (1 Timothée 2,5). C’est là le témoignage rendu en son temps et que professent tous les vrais chrétiens. Qui est le menteur, questionne Jean, si ce n’est celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-ci est l’antichrist. Car quiconque renie le Fils n’a pas non plus le Père (1 Jean 2,22-23).

c.       Une foi commune

C’est la foi dans la pleine suffisance de l’œuvre de Christ pour être justifié de tout ce dont nous ne pouvions l’être par nos œuvres ou celles de la loi (Actes 13,39). Les Evangiles, rappelle Jean, ont été écrits dans un seul but : pour que nous croyions que Jésus est le Christ et que, par cette foi, nous ayons la vie en Son nom (Jean 20,31). Si le contenu de la foi d’une personne diffère d’une seule virgule sur le sujet qui en est le cœur, l’unité spirituelle avec elle nous est impossible. Cette personne ne croit pas à notre Evangile et au Jésus auquel nous adhérons, mais à des faux inspirés par le diable (2 Corinthiens 11,3-4).

d.      Un seul baptême

La question du baptême a beaucoup divisé et divise encore les chrétiens. Le baptême est-il un sacrement qui confère, par son acte même, le statut d’enfants de Dieu à celui qui y est initié ? Ou est-il le témoignage public d’une foi vivante et personnelle qui a fait d’un pécheur un enfant de Dieu ? Tous les récits de l’Ecriture au sujet du baptême convergent vers la même réalité. La baptême ne précède pas la foi, mais la confirme. C’est celui qui croit qui peut être baptisé (Actes 2,38 ; 8,35 à 39 ; 10,44 à 48 ; 18,8 ; Marc 16,16). L’unité spirituelle dans le Corps de Christ n’est possible qu’entre ceux qui ont la même compréhension du baptême.

e.       Un seul Dieu et Père de tous

C’est le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ (Ephésiens 1,3). Il l’est en vertu de l’Esprit d’adoption filiale que nous avons reçu et qui nous permet de l’appeler de la sorte (Romains 8,15 ; Galates 4,6). En effet, qui connaît le Fils connaît aussi le Père, car ils sont un (Jean 14,7 à 11). Ce Dieu et Père, à qui nous sommes, est au-dessus de tous : Il est souverain. Il est parmi tous, agissant à travers chacun pour accomplir Son dessein. Il est en tous, présent en chacun des croyants.

Remarquons que, dans les cinq articles de foi principaux que défend Paul, tout se tient. Il est impossible de toucher à l’un sans que les autres ne soient affectés. La foi en l’un oblige à croire aussi les autres. Comme les doigts d’une main, les uns sont liés aux autres d’une manière à la fois organique et indéfectible. La main d’association entre frères est une main qui se serre autour de ces cinq doigts sur le plan doctrinal. Si ce n’est le cas, il ne faut pas s’étonner si l’union aboutit plus tard à la confusion. Soyons entre nous un  seul cœur, mais aussi une seule pensée sur ce qui fait le cœur de notre foi !

3ème voie : l’unité dans la diversité des dons et des fonctions : v 7 à 16

Pau a beaucoup à dire sur ce point. Il rappelle en premier lieu que si tous les chrétiens ont en commun la même foi, ils ne sont pas l’objet de la même mesure de grâce. Ce qui est donné à l’un ne l’est pas à tous. En Son temps déjà, Jésus soulignera à Ses disciples cette diversité de mesure qui caractérise le don de la grâce octroyée par le Maître à Ses serviteurs. A chacun d’entre eux, un ou plusieurs talents seront confiés. Ici, ce n’est pas le serviteur qui en décide, mais le Maître (Matthieu 25,14). Dans le même ordre d’idée, Paul rappelle ailleurs que les dons accordés ne le sont pas d’abord pour la satisfaction de ceux qui les reçoivent, mais pour l’utilité commune et le service dans le Corps de Christ (1 Corinthiens 12,7).

Le premier et le plus grand don que Dieu ait fait aux hommes, c’est le Christ. Paul tient à le redire ici en introduction à son enseignement sur les dons. Si ‘Eglise peut bénéficier de ministères, de dons humains pour son édification, cela n’est dû qu’à une seule chose : au fait que, premièrement, Dieu nous ait donné Son Fils, descendu du ciel jusqu’à nous. Or, ce Christ qui est descendu n’est pas resté parmi nous. Son œuvre de salut accomplie, Il est remonté emportant avec Lui derrière Son char triomphal de multiples captifs (cf Psaume 68,19 ; 2 Corinthiens 2,14). C’est ce butin, composé de tous ceux qu’Il s’est acquis par Sa victoire sur le péché et la mort, qui est le trésor que ce même Christ donne ensuite à l’Eglise pour sa construction. Qui que nous soyons, quels que soient les dons que nous possédions, nous ne nous appartenons plus. Nous avons été rachetés par Christ pour être offerts à l’Eglise. Nous ne servons pas une cause humaine. Nous sommes les serviteurs de Celui qui, établi au-dessus de tous les cieux, occupe tout l’espace. « Car, dit F.W Grant, entre la profondeur de la croix et la hauteur de la gloire, il n’y a aucun lieu qu’Il n’ait occupé. »[2]

Parce qu’Il est Celui qui remplit tout, le Christ est aussi Celui qui, dans l’Eglise, veut occuper toute la place. L’’Eglise de Jésus-Christ, en effet, n’est pas une œuvre achevée. C’est plutôt, dit Paul, un organisme en construction. Le projet de Dieu pour l’Eglise est un projet collectif. Aussi, Christ équipe-t-Il l’Eglise de dons et de ministères de manière à ce qu’au travers de leur exercice, ce soit l’ensemble des croyants, et non quelques individus isolés, qui parvienne à la maturité. Or la maturité de l’Eglise, dans l’esprit de Paul, n’est pas un vague concept. Trois critères précis permettent de l’évaluer et de mesurer le chemin à parcourir pour atteindre cet état d’excellence :

1ère critère : l’unité de la foi.

Il évoque le plein accord, la pleine adhésion de l’ensemble des croyants sur les articles de foi essentiels abordés dans les versets précédents (Ephésiens 4,4 à 6).

2ème critère : la connaissance du Fils de Dieu.

Connaître Christ, rappelle Paul à plusieurs reprises, est le but ultime de la vie chrétienne (Philippiens 3,8 à 10). C’est le programme même de la vie éternelle, cette vie que nous aurons auprès du Père (Jean 17,3). La connaissance que Paul évoque ici ne se situe pas seulement au niveau du savoir. Elle consiste pour l’Eglise en une assimilation de ce qu’Il est, de manière à ce que tout le corps, et chacun de ses membres en particulier, vivent de Lui. Il n’y a pas pour l’Eglise de connaissance de Christ sans une pleine identification de chacun de ses membres à Sa mort, Sa résurrection et Son élévation auprès du Père (Ephésiens 2,4 à 6).

3ème critère : la maturation à la ressemblance de Christ

A plusieurs reprises, l’Ecriture a à déplorer le caractère immature dont font preuve certaines assemblées. Les Corinthiens, avec tout l’enseignement qu’ils ont reçu et les ministères dont ils ont bénéficié, auraient dû être des maîtres spirituels. A cause de leur attitude charnelle faite de disputes et de jalousie, Paul doit cependant se résoudre, dit-il, à les traiter comme des tout-petits (1 Corinthiens 3,1 à 4). La maturation à la ressemblance de Christ ne touche pas à la connaissance, mais au caractère. Une confession de foi juste, orthodoxe, ne suffira jamais à ce qu’une Eglise atteigne le niveau d’excellence que Dieu requiert pour elle. Ce que Dieu vise ce sont des vies transformées, des caractères changés qui témoignent de la réalité de la vie de Christ en chacun.

Pour se faire, dit Paul, Dieu a équipé l’Eglise de quatre ministères fondamentaux. Ils sont pour l’Eglise ce que sont les quatre traverses extérieures du tabernacle construit par Moïse. Placées de manière transversale dans des anneaux d’or fixées sur chaque planche, elles assuraient la cohésion et la solidité de l’ensemble de la construction (Exode 26,25 à27). Ainsi en est-il de ces ministères vitaux qui sont :

1.       Celui d’apôtre :

Le terme signifie envoyé ou messager. Il est utilisé la première fois dans l'Ecriture pour désigner les douze disciples que Jésus se choisit (Matthieu 10,2). Plus tard, nous lisons que le terme est associé aux ministères d’autres personnes, telles que Paul et Barnabas (Actes 14,14). Envoyés par Jésus-Christ ou le Saint-Esprit (Actes 13,2) les apôtres sont les missionnaires de Jésus-Christ. Leur ministère essentiel consiste à proclamer l’Evangile là où il n’est pas encore connu (Romains 15,20), à enseigner et à instruire les nouveaux croyants en vue de la formation d’Eglises locales majeures. Dans la hiérarchie des dons et des ministères cités, l’apôtre occupe toujours la première place (1 Corinthiens 12,28). Il en est ainsi parce que dans l’œuvre de Dieu en vue de la construction de l’Eglise, tout commence par lui.

2.       Celui de prophète

Selon Paul, le ministère du prophète est toujours, dans l’ordre d’importance, cité le second après celui d’apôtre pour l’Eglise (1 Corinthiens 12,28). L’Eglise de Jésus-Christ, a-t-il déjà dit, est construite sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ étant la pierre d’angle (Ephésiens 2,20). Dans l’Eglise, le prophète est le porteur de la parole de Dieu. Son objectif est de s’adresser aux hommes pour les édifier, les encourager et les réconforter (1 Corinthiens 14,3). Les prophètes dans l’Eglise jouent aussi le rôle de sentinelles. Ils sont ceux qui veillent à ce que les enseignements délivrés soient conformes à la pensée de Dieu (1 Corinthiens 14,32).

3.       Celui d’évangéliste

Philippe est, dans le livre des Actes, le type même de l’évangéliste. Quoi que les apôtres soient aussi des évangélistes, leurs ministères ne se recoupent pas totalement. L’évangéliste n’est pas un implanteur d’églises. Il est plutôt un défricheur, envoyé par Dieu pour de courtes missions auprès de personnes prêtes à entendre la Parole de Dieu. Trop déconsidéré, le ministère d’évangéliste est lui aussi primordial pour l’édification et la croissance de l’Eglise, ne serait-ce que sur le plan numérique. Que Dieu donne la grâce aux églises de France et d’ailleurs d’en compter beaucoup parmi leurs membres !

4.       Celui de bergers et maîtres (ou docteurs)

Le berger est celui qui prend soin des brebis. Dans l’Ecriture, le terme est associé à la fonction qui revient aux anciens de l’Eglise (1 Pierre 5,1 à 4). Les bergers sont les conducteurs du troupeau. C’est à eux qu’il revient de nourrir, diriger et être attentif à l’état de chaque brebis. Le ministère de berger est associé à celui de maîtres et de docteurs parce qu’une grande part de leur tâche sera d’enraciner les croyants dans les vérités de l’Ecriture. Ce ministère recoupe d’une certaine façon celui du prophète. Mais il diffère en ce que ce dernier peut ne pas être un des responsables reconnus de l’Eglise locale.

Quel est le but de Dieu au travers du don de ces ministères ? Il est, dit Paul, en premier lieu d’équiper les chrétiens de manière à ce qu’ils soient armés contre les manœuvres subtiles des adversaires de l’Evangile visant à les déstabiliser. Si un nouveau-né dans la foi est un miracle de Dieu, il est aussi, à cause de sa vulnérabilité, une proie facile pour l’adversaire. Comme cela se produit dans la nature avec les animaux, il est vital pour tout jeune converti d’être rapidement nourri pour grandir et se fortifier. Les ministères que Dieu donne sont, dans ce sens, au service du corps dans son entier. Ils concourent à ce que, dans l’Eglise, la croissance dans l’amour et la vérité soit harmonieuse et que ce soit ensemble que chaque membre se développe en vue de la maturité. De manière pratique, Paul nous dit maintenant ce que cette croissance implique pour chacun !

V 17 à 24 : les bases de la marche nouvelle

Ayant établi sur quelles bases se construisait l’unité de l’Eglise, Paul revient au sujet pratique qui était le thème premier de son développement : le comportement du chrétien. Si tout ce qui touche aux vérités spirituelles qui font vivre le chrétien est inaccessible aux incrédules, il y a cependant un domaine dans lequel ils peuvent les toucher du doigt. C’est ce que ces vérités produisent dans sa vie et, plus particulièrement, dans son comportement. Il est aisé de dire aux autres que, par Jésus-Christ, nous sommes devenus des créatures nouvelles. Ils ne le croiront que dans la mesure où notre comportement le confirmera. Appelés par Dieu, nous sommes exhortés par l’apôtre à nous comporter d’une manière digne de l’appel reçu (Ephésiens 4,1). Cette marche nouvelle, explique Paul ici, implique deux réalités. La première consiste à se dissocier totalement de la façon de se conduire des personnes irrégénérées qui vivent dans le monde, la seconde à nous approprier pleinement ce que nous avons reçu de Christ.

Quelle qu’elle soit, la conduite d’un homme n’est que l’expression de ce qui l’habite. Or, sans Christ, l’homme naturel n’a pas le choix. Il ne se fera un jugement sur les choses qu’à partir de ce qu’il peut en comprendre lui-même. Condamné aux limites du subjectivisme, il ne peut appréhender la réalité pour trois raisons. La première, dit Paul, tient au caractère obscurci de son intelligence. L’Ecriture montre, en effet, qu’elle est la première faculté touchée par le péché. Privés de Dieu, dit Paul, les hommes se sont tous égarés dans des raisonnements futiles, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Ils se prétendent sages mais, en réalité, ils sont devenus fous (Romains 1,21-22). La seconde tient au fait qu’ils sont étrangers à la vie de Dieu. Le chrétien a beau leur en parler, ils sont incapables de saisir ce que cette vie avec Lui signifie. Ne connaissant du coup que ce que leur cœur produit comme désirs et pensées, ils n’ont aucune sensibilité à ce qui touche à la gloire et l’honneur de Son nom. La dernière tient au sens moral dévoyé qui les guide. Centré sur lui-même, l’homme naturel ne suit aucun critère moral objectif. Ce qui décide de ce qui est bien et mal pour lui est soit l’avis majoritaire, soit ce qui satisfait son égoïsme ou ses intérêts immédiats. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que le comportement des hommes de ce monde, si mal et si pauvrement outillés, soit tant dévoyé.

Il ne faut pas qu’il en soit ainsi pour le chrétien. Car, s’il est pécheur de nature, il est, par la vie nouvelle reçue, entré dans l’école d’apprentissage du Christ. Cette école, nous dit Paul, vise un seul but : que le chrétien se saisisse pleinement pour sa vie de la réalité nouvelle dans laquelle il est entré en Christ. Devenu un avec Lui, le chrétien est appelé dans son être à vivre une double opération. Mort avec Christ, il a d’abord à se défaire de l’être qu’il était autrefois. Cet être passé n’avait pas de choix : asservi à ses désirs trompeurs, il ne pouvait que produire une conduite déshonorante et indigne de Dieu. Identifié au Christ ressuscité, le chrétien est devenu un nouvel être. Parce qu’il a reçu l’Esprit, il n’a plus besoin de penser comme avant. Son intelligence jadis obscurcie est désormais renouvelée. Ayant accès à la connaissance même de Dieu, le chrétien peut développer de nouvelles habitudes, fondement d’un nouveau comportement. Même s’ils ne connaissent pas Christ, les incrédules, qui constatent la mutation qui s’est produite dans la vie de ceux qui sont à Lui, ne peuvent le nier. Ils ont bien à faire, face à eux, à une nouvelle création. Ce qui était ancien a disparu : voici tout est devenu nouveau (2 Corinthiens 5,17).

V 25 à 32 : du principe à la réalité

Né de nouveau, le chrétien peut se déshabiller de sa vie passée pour revêtir la vie nouvelle. Nous le savons tous : ce sont les vêtements qu’un homme porte qui, en grande partie, forge son identité visible. Sur le plan moral, nos manières d’être sont ces vêtements. Tout ce que nous disons et faisons dit, mieux que toute explication, qui nous sommes. Il n’est pas étonnant donc que ce soit à ce niveau que se situe la preuve la plus forte de la réalité nouvelle qui nous habite. Ayant établi le fondement sur lequel se construit le comportement nouveau du chrétien, Paul entre maintenant dans le détail de ce qui doit ne plus en faire partie comme de ce qu’il doit être désormais.

La première chose que Paul nous appelle à rejeter est le mensonge. Le mensonge est, selon Jésus, le fond même de la nature du diable (Jean 8,44). Habité par l’Esprit de vérité, l’enfant de Dieu se doit de le bannir totalement de sa vie. La crédibilité de l’enfant de Dieu tient, en premier lieu, à la nature de ses paroles. Il peut ne pas être cru, mais qui l’entend doit pouvoir en témoigner : celui-ci ne ment pas, mais dit la vérité. Dire la vérité pour un enfant de Dieu n’est pas seulement nécessaire pour son témoignage auprès de ceux du dehors. Il l’est aussi pour ses relations avec ses frères. Mentir à ses frères, c’est à la fois mentir à toute l’Eglise et à celui qui est son chef, Jésus-Christ. C’est porter atteinte à ce qui fait le cœur même de la bonne santé des relations fraternelles : la confiance mutuelle. Le crime sera passible pour Ananias et Saphira, au temps de l’Eglise primitive, de la peine capitale (Actes 5,1 à 11). Si Dieu jugeait parmi nous immédiatement les menteurs, qui resterait vivant ?

Après le mensonge, Paul aborde le sujet de la colère. Il en parlera à deux reprises dans cette section (Ephésiens 5,26 et 31). Comme les autres êtres humains, le chrétien est un être émotionnel. La colère, l’angoisse, la tristesse comme la joie font partie de sa vie. Il n’y a donc rien d’étrange au fait de les ressentir. Le Seigneur Jésus Lui-même, en certaines circonstances, a ressenti une forte colère (Marc 3,5). Dans le temple, Il ne se contentera pas de la contenir à l’intérieur de Lui-même. Il l’extériorisera avec une certaine violence (Jean 2,13 à 22). Ce que Paul demande aux chrétiens au sujet de la colère n’est pas d’abord qu’ils la bannissent, mais qu’ils la contrôlent. La colère d’un enfant de Dieu ne doit jamais le conduire ni à frapper quelqu’un, ni à l’insulter ou provoquer un esclandre. De même, l’apôtre précise que celui-ci ne devrait jamais s’autoriser à ne pas éteindre le feu de sa colère avant que la nuit ne vienne Il se peut que le problème qui l’a déclenché ne soit pas réglé, mais celui de la colère doit l’être. L’état de colère est, en effet, l’un des états les plus risqués sur le plan spirituel. Il fait de celui qui ne se domine pas une proie facile pour le diable. « Comme une ville forcée et sans murailles, dit le livre des Proverbes, ainsi est l’homme qui n’est pas maître de lui-même (Proverbes 25,28). Caïn, le fis d’Adam et Eve, en est le triste exemple. Fâché contre Dieu qui l’appelait à se dominer, il laissa sa colère prendre le dessus et finit par devenir meurtrier (Genèse 4,5 à 8). Notons qu’à propos de la colère, la seule que s’autorisa Jésus fut celle provoquée par le mépris dont faisaient preuve les gens religieux à l’égard de Dieu. Jamais Il ne se fâchera lorsque ce sera à Lui-même ou Son honneur qu’on s’en prendra.

Après la colère, Paul traite de la question du vol. L’interdiction du vol, rappelons-le, est le contenu du 8ème commandement de la loi (Exode 20,15). Dans la bouche de Paul, le vol n’est pas un péché qu’il faut traiter seul. Le vol a une cause plus profonde, souvent évoquée dans le livre des proverbes : la paresse (Proverbes 6,6 à 9 ; 10,26 ; 12,27 ; 13,4 ; 15,19 ; 19,24…). Il ne suffit pas donc de dire au voleur qu’il arrête de dérober pour que son problème soit réglé. Le voleur, dit Paul, doit apprendre à travailler de ses mains pour gagner sa vie. Mieux ! Il doit, pour être guéri de sa mauvaise habitude passée, entrer dans une nouvelle joie : celle du plaisir qu’il y a à donner à autrui pour répondre à ses besoins. La pratique du vol peut, chez certains, provoquer une certaine excitation. Elle ne saurait rivaliser à la joie que procure dans le cœur de celui qui donne, le sentiment du bien accompli.

Paul revient ensuite au domaine de la parole. Se faisant, il souscrit de manière indirecte aux propos de l’apôtre Jacques au sujet de la langue. « Nous trébuchons tous à maintes reprises, dit-il. Si quelqu’un ne trébuche pas en parole, c’est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride (Jacques 3,2). » Sans conteste, la langue est de tous les organes du corps celui par lequel il est le plus facile aux hommes de pécher. Paul appelle donc les chrétiens à veiller à ce qu’il ne sorte de leur bouche aucune parole malsaine, nuisible à autrui, équivoque sur le plan moral (Ephésiens 5,4). Qu’ils mettent plutôt un point d’honneur à ce que leurs propos édifient les autres et soient pour eux une source de réconfort, de soutien et de bénédiction.

De manière générale, Paul conclut ce chapitre en exhortant les destinataires de sa lettre à ne rien faire qui attriste l’Esprit de Dieu. L’Esprit de Dieu n’est pas une force impersonnelle. C’est la 3ème Personne de la Divinité. En tant que tel, l’Esprit de Dieu est aussi capable de sentiment et d’émotion. C’est Lui qui, par exemple, fit tressaillir Jésus de joie à l’écoute du rapport des apôtres de retour de mission (Luc 10,21). Or, s’il y a une chose qui attriste l’Esprit de Dieu, c’est le péché qui perdure dans la vie de l’enfant de Dieu. Quel qu’il soit pourtant, la grâce abondante qui se trouve en Jésus-Christ a le pouvoir de l’en libérer (cf Hébreux 12,15). Si donc un enfant de Dieu demeure dans l’amertume, la rancœur, la colère, s’il ne peut s’empêcher de calomnier son frère, la faute est à lui seul. Qu’il se souvienne un seul instant du nombre de fois où, dans Sa miséricorde, Dieu s’est montré bienveillant envers Lui malgré son péché. Il veillerait à ne pas peiner l’Esprit qui lui a été donné comme gage de sa rédemption !



[1] L’humilité, la beauté de la sainteté : Andrew Murray
[2] Commentaire biblique du disciple : Nouveau Testament : William MacDonald : Editions la Joie de l’Eternel