samedi 16 mai 2009

Ephésiens 2,11 à 22


Le nouveau statut des non-juifs

Introduction :

Après avoir dans le passage précédent utilisé le pronom " nous " pour décrire l’état universel dans lequel les hommes se trouvent sur le plan spirituel, état qui les rend pour leur salut tous nécessiteux de la même grâce, l’apôtre Paul, en tant que juif, retourne ici à l’utilisation du pronom " vous " pour souligner à ses lecteurs d’origine non juive qu’eux seuls sont maintenant concernés par ce qu’il va leur dire.

Si les juifs peuvent à juste titre s’émerveiller de la grâce dont ils sont l’objet en Christ, l’apôtre Paul veut montrer ici qu’il en est encore autrement et bien davantage pour les païens. Aussi, pour mettre en relief la merveille de cette grâce dont ils sont l’objet, Paul va-t-il s’attacher à décrire ici, en 3 étapes, le changement prodigieux de statut dont les païens sont les bénéficiaires en Christ :

- 1ère étape : v 11-12 : situation spirituelle et statut des païens avant Christ
- 2ème étape : v 13 à 18 : résultats de l’œuvre de Christ dans la relation juifs-païens devant dieu
- 3ème étape : v 19 à 22 : le nouveau statut des croyants d’origine païenne

1ère étape : Statut des païens avant Christ : v 11 et 12

3 expressions sont ici employées par Paul pour décrire la condition et la situation spirituelle des païens avant Christ :

1. ils étaient des non-juifs dans la chair :

Le premier handicap auquel fait référence ici l’apôtre Paul est lié à l’origine physique. Ne peut être réellement considéré comme juif, donc membre naturel du peuple de Dieu, que ceux qui peuvent se revendiquer, comme l’apôtre Paul, d’une ascendance ou d’une lignée purement juive : Phil 3,5-6. Etre de la postérité direct d’Abraham était le sujet de fierté premier des religieux de l’époque de Jésus : cf Mat 3,9 ; Jean 8,33. Cette capacité de prouver que l’on était juif avait, en Israël une importance déterminante quant à la participation d’une personne au culte rendu à l’Eternel. Pour n’avoir pu le faire, plusieurs de ceux qui revinrent de l’exil, au temps de Néhémie, en firent les frais : Néhémie 7,61 à 65.

2. ils étaient incirconcis dans leur chair :

C’est à Abraham le premier que Dieu ordonna la circoncision comme signe de l’alliance qu’Il venait de conclure avec lui, alliance par laquelle lui et ses descendants seraient Son peuple parmi tous les autres peuples pour toujours : Genèse 17,4 à 14. Par la circoncision, qui était un signe discriminatoire, Dieu, volontairement, séparait les hommes en deux camps : les membres naturels du peuple de Dieu et les autres.

Paul le rappelle cependant ici : la circoncision dont les juifs se prévalent ne se limite seulement qu’à une marque dans la chair faite par des mains humaines. Paul et les prophètes soulignent à maintes reprises que sa valeur se perd si celui qui en est l’objet ne vit pas les réalités qu’elle symbolise : le fait d’être à part pour Dieu : Rom 2,25 à 29 ; Jér 9,26.

3. ils étaient perdus

Les païens exclus de fait du peuple de Dieu, Paul dresse ici l’inventaire de tous les avantages dont naturellement ils sont privés :

- sans Christ : toute l’espérance du peuple juif était tendue vers le Messie qui devait assurer la rédemption et apporter la paix et la sécurité à Israël. Une telle attente n’avait aucune signification pour ceux qui ne faisaient pas partie du peuple de Dieu : Esaïe 2,1 à 5 ; Rom 11,26

- privés du droit de cité en Israël : faire partie d’une peuple, c’est bénéficier de tous les droits inhérents à la communauté qui le forme. Etant étrangers à Israël, les païens ne pouvaient prétendre aux avantages dont jouissaient ceux qui en faisaient partie.

- Etrangers aux alliances de la promesse : de même qu’une nation s’occupe exclusivement de ses ressortissants, les païens étaient privés des bénéfices des promesses de Dieu données à Israël.

- Sans espérance : l’espérance dont nous parle ici Paul n’est pas le vague espoir que l’on retrouve dans les religions païennes. Il s’agit d’une certitude qui repose sur la promesse et l’engagement de Dieu de nous faire participer à Sa gloire. Si une telle espérance pouvait nourrir la foi du peuple juif, elle était inconnue des païens.

- Sans Dieu : même si, comme le dit Paul, il existe bien des entités que l’on nomme dieu et seigneur dans le monde, néanmoins, il n’y a qu’un seul Dieu et qu’un seul Seigneur : 1 Cor 8,5-6. Exclus du peuple de Dieu, les païens n’étaient voués qu’à l’adoration d’idoles.

Malgré cette réalité, l’Ecriture souligne dès l’Ancien Testament le fait que, dans la pensée de Dieu, les païens ne sont pas absents du projet de grâce de Dieu. Plusieurs exemples et faits remarquables en témoignent :

- le fait que, dès le début de la promesse faite à Abraham, la fin est mentionnée : Genèse 12,1 à 3
le rappel de Jésus de plusieurs hauts faits de Dieu envers les païens avant sa venue : Luc 4,24 à 28
- la mission de Jonas envoyé spécifiquement à Ninive pour prêcher la repentance et détourner le jugement de Dieu annoncé sur la cité : Jonas 1,1-2

Ce qui était présenté comme des exceptions dans l’Ancien Testament va, au travers de Jésus-Christ, devenir la ligne précisément ordonnée par le Seigneur : Mat 28,18 à 20 ; Actes 1,8.

2ème étape : les résultats de l’œuvre de Christ dans la relation juifs et païens devant Dieu : V 13 à 18

Comme le " mais " de Dieu a mis fin à la voie sans issue dans laquelle nous nous trouvions sur le plan spirituel : 2,4, le même " mais " de Dieu en Jésus-Christ met fin à la barrière de séparation insoluble qui séparait juifs et païens. 4 bouleversements spirituels majeures procèdent de la venue du Christ en ce qui concerne le statut des juifs et des non juifs devant Dieu :

1. V 14 : Il a détruit le mur de séparation dû à l’élection qui existait entre nous. En effet, juifs comme païens, nous nous approchons désormais de Dieu par les mêmes moyens : le sang de Christ : v 13, le même Esprit : v 18. Se faisant, Dieu confirme le fait que si nous n’étions pas l’objet de Son élection quant au choix du peuple qu’Il allait utiliser comme le canal de Sa révélation, nous l’étions par le fait d’une décision antérieure beaucoup plus élevée : Ephés 1,3-4.

2. V 15 : Il a aboli le système de la loi et de ses ordonnances sur lequel reposait l’effort de justification des juifs devant Dieu : effort qui était, Paul en témoigne, tout l’objet de la pratique religieuse de Paul avant sa conversion : Phil 3,6.9.

Mise à part la circoncision, la connaissance de la loi était le second sujet de fierté des Juifs, fierté qui était à la base du fort sentiment de supériorité qu’ils affichaient envers les païens : Rom 2,17 à 21. Jésus-Christ, ayant accompli la loi pour nous et étant mort pour le péché, il a effacé l’acte qui nous condamnait tous, aussi bien juifs que non juifs : Col 2,14. Aussi, désormais, ce n’est plus par le chemin de la loi que nous cherchons à nous approcher de Dieu, mais par la voie commune de la foi en la pleine suffisance de l’œuvre de Christ pour nous.

3. V 15 et 16 : Il a créé en Lui par la croix un seul homme nouveau (une seule humanité nouvelle). Par Sa mort sur la croix, Jésus détruit non seulement l’inimitié qui existe entre Dieu et la nature humaine, mais Il met fin aux causes de l’aversion du Juif envers le païen à la haine du païen à l’égard du Juif. Il détruit les sources d’antipathies réciproques existant entre les deux camps pour les rassembler en un seul peuple. Ce n’est que par l’œuvre du Christ que peut s’accomplir la promesse d’unité entre les peuples et de bénédiction universelle faite à Abraham au travers de l’alliance contractée par Dieu avec lui et ses descendants : Genèse 12,1 à 3.

4. V 18 : Il est venu annoncer la paix à ceux qui étaient loin et à ceux qui étaient prêts. S’il peut être porteur d’un message de paix pour tous les peuples, paix avec Dieu et entre eux, c’est parce que Lui-même est la paix : v 14. La paix en Christ est possible parce qu’en Lui seul disparaissent tous les traits d’identité naturels qui sont à la base des murs qui séparent et divisent l’humanité : Colos 3,11 ; Gal 3,28. Egaux devant le péché et la perdition, nous le sommes tous face à la nécessité de la grâce pour notre salut.

3ème étape : le nouveau statut des croyants d'origine païenne : V 19 à 22

Ainsi donc, Christ ayant détruit ce qui séparait juifs et non-juifs devant Dieu, un statut spirituel nouveau est possible pour les païens. Avec les croyants en Christ d’origine juive, ils sont :

. non plus des étrangers, mais des concitoyens des saints, membres à part entière de la maison de Dieu : v 19. Tous, juifs et non-juifs appartiennent en Jésus-Christ à la fois à la même patrie et à la même famille.

. intégrés pleinement dans l’œuvre spirituelle de construction de Son temple dans le monde, œuvre qui repose sur le fondement des apôtres et des prophètes, Christ étant Lui-même la pierre d’angle : v 20 à 22. Chaque chrétien est un enfant de Dieu, une pierre vivante qu’Il intègre dans le grand édifice qui constitue la maison de Dieu dans ce monde : 1 Pierre 2,4-5.

C’est par l’image achevée de cette construction, réunissant parfaitement en elle croyants d’origine juive et non juive que se clôt la Révélation de Dieu, témoignage éloquent de l’aboutissement de Son œuvre et de Son dessein éternel pour l’humanité : Apoc 21,9 à 14.

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