mardi 15 décembre 2009

Ephésiens 5,6 à 20


AUTREFOIS – MAINTENANT


1. Introduction :

Toujours dans le cadre des exigences que la sainteté de Dieu requiert de Ses enfants en matière de comportement, l’apôtre Paul apporte dans ce passage de nouvelles raisons à la motivation qui doit animer la poursuite de la mise en conformité de nos actes à la vie nouvelle que nous avons reçue.

2. Exhortations à la vigilance :

L’apôtre Paul ayant clairement défini le caractère radical de la séparation qui doit être la nôtre envers la pratique du péché quelle qu’elle soit, sa réflexion se poursuit ici sur ce qui, autour de nous, pourrait nous amener à relativiser les exigences des impératifs qu’il a ordonné :

a. 1er danger : les discours vains : v 6

S’il y a une chose que le chrétien charnel (ou l’homme qui aime le péché) ne supporte pas, c’est l’absolu des exigences de Dieu relatives à Sa sainteté. Aussi, ne pouvant s’y conformer, il fera tout pour trouver des raisons d’ordre spirituel pour justifier les accommodements qu’il se permet dans son comportement à l’égard des impératifs clairement définis par Dieu à ce sujet. Les raisons invoquées sont diverses, mais elles ont toutes un point en commun : elles ont l’apparence de l’honnêteté et de la sincérité, mais elles sont toutes une perversion de la vérité !

Exemples de raisonnements fallacieux déjà entendus cherchant à justifier l’inconduite sexuelle (les relations sexuelles hors mariage ) :

- l’important n’est-il pas d’aimer l’autre, et de s’engager à lui être fidèle ? Réponse : Si tu aimes l’autre comme Dieu te demande de l’aimer, tu feras tout pour plaire à Dieu et respecter l’ordre des expériences que Dieu a désigné comme devant jalonner le parcours de la relation homme-femme en vue du mariage !

- Certes, Dieu est un Dieu de sainteté ! Mais c’est aussi un Dieu de grâce qui pardonne et sait à quel point nous sommes faibles ! réponse : Oui, Dieu est un Dieu qui nous pardonne. Mais sa grâce ne nous est pas donnée uniquement en vue de ce but. Elle a comme objet principal de nous amener à rompre avec les habitudes anciennes pour vivre désormais selon les critères de sa justice et de sa sainteté : Rom 6,15 à 18

Comme c’est par un discours qui s’appuie sur la raison que le Malin a fait chuter Eve (Dieu a-t-il réellement dit), c’est de même par des discours qui s’appuient sur la raison humaine que le chrétien charnel justifie les écarts de comportement qu’il se permet et qui portent atteinte au nom et au témoignage de Christ dans le monde. Face à de telles justifications, Dieu ne nous demande pas d’excuser, mais de juger et de condamner, avec la sévérité qui convient, les comportements qui font scandale dans un double but :

- le 1er est celui de l’honneur de Dieu : 1 Cor 5,1 à 5

- le second, celui de la repentance du coupable : 2 Cor 2,5 à 11

Face aux faux discours et raisonnements sécurisants, seule la fermeté de la communauté a le pouvoir d’aider celui dont la vie s’est accommodée du péché à prendre conscience devant Dieu de la gravité de sa désobéissance : 2 Cor 10,6. Comme l’a rappelé Paul avec sévérité aux Corinthiens dans l’affaire de l’homme qui vivait avec la femme de son père, il est du devoir de la communauté de préserver les frontières morales qui la sépare du monde. Les comportements qui ont cours dans le monde, soumis à la puissance des ténèbres, ne sont et ne doivent jamais être ceux qui ont cours dans l’Eglise. C’est pour l’abandon de ce principe qu’Israël, dans le passé, a été l’objet, à multiples reprises, de la colère de Dieu : Nomb 25,1 à 5. Si elle ne veut pas subir le même sort, l’Eglise se doit donc de juger avec fermeté tout ferment de désordre et de compromis qui tenterait de se lever au milieu d’elle : Actes 5,1 à 6 ; 1 Cor 5,3 à 5.12-13

b. Second danger : la colère de Dieu : v 6

Sauvé par grâce, introduit par Christ dans une relation filiale avec le Père, nous courrons tous le danger de penser que nous ne risquons rien de la colère de Dieu pour nous. Ce n’est pas ce que sous-entend ici Paul. Au contraire ! Qui que ce soit qui le commette, le péché place immédiatement son auteur dans le camp des ennemis et des rebelles à Dieu.

Se référant aux exemples tirés de l’histoire du peuple d’Israël, Paul nous avertit donc de ne pas nous illusionner sur le sujet : 1 Cor 10,1-12. La colère de Dieu vient toujours sur les fils de la rébellion. Cette expression, dit Calvin, peut signifier deux choses : « Si l’on prend le temps présent vient, pour le futur, selon la manière des Hébreux, viendra, ce sera une menace du jugement dernier. Mais je suis de l’opinion de ceux qui prennent en général vient, pour a coutume de venir, de sorte qu’il les avertit des jugements ordinaires de Dieu dont les exemples sont tous les jours devant les yeux."

Ainsi la colère de Dieu peut-elle faire perdre :

- au pasteur ou ancien qui pèche, son ministère

- au mari qui trompe sa femme, sa confiance et le respect de ses enfants

- à celui qui fait des excès de conduite, sa santé, sa liberté ou sa vie

Il n’est ainsi pas nécessaire d’attendre le jugement dernier pour récolter le fruit de ce que l’on a semé, mais déjà dans cette vie le péché comme la justice engendrent leur propre moisson : Gal 6,7 à 9.


3. Raisons identitaires à l’exigence de notre nouvelle conduite : v 7 à 14

Suite aux exhortations à la vigilance donnés, Paul revient à la raison première pour laquelle Dieu exige de nous une séparation radicale d’avec le péché : la raison identitaire. Il y a, dit Paul, une séparation radicale entre ce qu’était l’enfant de Dieu autrefois, sans Christ, et ce qu’il est maintenant, depuis que Christ, par Son Esprit, vit en lui. Différents dans leur nature, chacun de ses états, dit Paul, l’est aussi dans les fruits qu’il porte :

a. Caractéristiques de l’état de ténèbres vécu autrefois :

- c’est un état dont les œuvres sont marquées par la stérilité. Il n’y a rien de bon, ni de positif, de bénéfique pour Dieu, autrui ou soi-même qui ressort de cet état : v 11

- c’est un état qui se caractérise par ce qui se fait en secret, la nuit ou en cachette : Jean 3,19 : Rom 13,13 : c’est le domaine de l’occulte, du sombre, du mensonge ou de la dissimulation.

- c’est un état qui engendre la honte pour celui qui s’y complaît : v 13 ; Jean 3,20. C’est toujours de ce qui se fait en secret que vient le scandale.

b. Caractéristiques de l’état de lumière vécu maintenant :

- c’est un état porteur de multiples fruits bénéfiques pour Dieu, les autres et soi-même : bonté, justice et vérité : v 9

- c’est un état dans lequel on vit devant Dieu, en plein jour : v 10

- c’est un état qui engendre la gloire par ce qu’il manifeste dans la vie de celui qui s’y trouve : v 13 ; Jean 3,21.

Plus les enfants de Dieu marchent dans la lumière, plus ils peuvent être les flambeaux du Christ dans le monde de ténèbres qui les entoure : Philip 2,15.

4. Exhortations diverses à une vie sage :

Avant d’aborder les questions de comportement liées au relations familiales et sociales, Paul termine cette partie générale par diverses exhortations liées à la sagesse :

. un appel à la sobriété, l’équilibre et la pondération : v 15. Ni l’excentricité, ni l’extravagance ne conviennent au comportement des saints. Etre illuminé ne se traduira jamais pour Dieu par un comportement insensé ou déraisonnable, mais par une conduite marquée par la réflexion et la sagesse : Prov 1,1 à 7

. une sage utilisation de son temps, sachant que les jours dans lesquels nous vivons sont mauvais : v 16. C’est l’heure de se réveiller, dira Paul aux romains, dans un contexte similaire : Rom 13,11. La façon dont nous employons notre temps, en-dehors de nos obligations, est un puissant témoignage des priorités qui nous habitent.

. la préoccupation de la recherche de la volonté du Seigneur : v 17. C’est là, dit Paul, que se trouve le secret d’une conduite intelligente. Cette volonté du Seigneur se recherche de multiples façons : par l’obéissance à Sa Parole d’abord : Rom 12,1-2, par la soumission de ses propres plans et projets au bon vouloir de Dieu : Jac 4,13 à 16 ; Mat 26,39, par notre capacité de reconnaître dans les faits et les circonstances sa direction : Actes 16,8-10 ; par la paix et le témoignage intérieur de l’Esprit : Rom 8,16, par les conseils fraternels : Prov 11,14 ;15,22.

. le souci d’être continuellement remplis de l’Esprit : v 18 à 20. Cette plénitude que Dieu nous accorde est à la fois une bénédiction conséquente à notre obéissance et quelque chose qu’il nous revient de cultiver et entretenir de différentes manières : en nous affectionnant aux choses d’en-haut : Rom 8,5 ; Colos 3,1-2, en laissant la Parole de Christ habiter abondamment en nous : Colos 3,16-17, en entretenant notre vie spirituelle par la louange et l’action de grâces : Ephés 5,19-20.

« La plénitude de l’Esprit est le contraire de l’ivresse du vin. Cette opposition nous aide à comprendre ce que l’apôtre entend par là :

1. Celui qui s’enivre fuit la réalité quotidienne. Il agit en insensé, de façon inconsidérée. Car la réalité qu’il fuit, il la trouvera inchangée, alors qu’il sera lui-même de plus en plus incapable de la maîtriser. A cette attitude s’oppose celle de l’homme rempli de l’Esprit qui, dans les différentes circonstances énumérées dans la suite, saura, avec l’aide du Seigneur, dans la force et la sagesse que donne Son esprit, trouver l’attitude qui convient.

2. L’ivresse est appelée débauche, perdition. Dans le mot de l’original (asôtia) se trouve le mot sauver (sôzein) : quelque chose qu’on ne peut pas sauver ou maîtriser. Il décrit littéralement une condition dans laquelle une personne ne peut plus se sauver, se contrôler elle-même. L’apôtre écrit qu’il faut éviter l’ivresse parce qu’elle implique la perte du contrôle de soi. La maîtrise de soi est, par contre, citée spécifiquement parmi les fruits de l’Esprit dans Gal 5,23. Les conséquences de la plénitude de l’Esprit, telles que l’apôtre les décrira, sont des relations intelligentes, contrôlées et saines avec Dieu et le prochain.

3. Entre l’ivresse alcoolique et la plénitude de l’Esprit, on peut aussi relever quelques traits communs : la personne ivre est dominée par l’alcool, elle agit d’une manière qui ne lui est pas naturelle, sa personnalité est comme supplantée par une autre. Celui qui est rempli de l’Esprit agit, lui aussi, autrement qu’il en avait l’habitude : Gal 2,20 ; Col 1,29 ; 2 Cor 3,5.

Ainsi, lorsque les apôtres, après avoir été remplis de l’Esprit, parlaient des merveilles de Dieu, les gens disaient qu’ils étaient ivres : Actes 2,13. Un homme rempli de l’Esprit fera, avec facilité, ce qui le rebuterait normalement : rendre témoignage, se montrer aimable envers ses ennemis, se soumettre aux autres, obéir et aimer.

Comme l’ivresse donne des forces et une ardeur étonnantes, ainsi l’Esprit remplit le chrétien d’une puissance et d’un enthousiasme nouveaux. Le vin, comme la plénitude de l’Esprit, fait chanter : Ephés 5,19. « Comme il y a, au fond de l’impureté, l’abus du besoin d’aimer, il y a, au fond de l’ivrognerie, l’abus d’un certain besoin d’ardeur et d’enthousiasme. La foi seule satisfait ce besoin purement salutairement et constamment par le don du Saint-Esprit.

4. Les deux verbes sont au pluriel. Paul s’adresse, non au chrétien individuel, mais à l’Eglise. L’occupation habituelle des esclaves durant leurs rares moments de loisir, était la beuverie commune. Que doivent faire les chrétiens entre eux durant leur temps libre ? Festoyer avec de joyeux lurons ? Au contraire, leur dit Paul, allez retrouver vos frères en la foi et là, devenez ensemble pleins d’Esprit-Saint. Si vos réunions sont remplies de l’Esprit, alors vous vous entretiendrez par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels. L’Esprit n’est jamais donné pour une exaltation de la personnalité individuelle, mais en vue de l’édification de la communauté. » (tiré du livre d’A Kuen : le Saint-Esprit : baptême et plénitude).

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