samedi 19 juin 2010

Epître à Philémon (1)

A) Introduction : situation personnelle de l’apôtre Paul au moment où il écrit cette lettre :

Paul nous dit ici deux choses à son sujet nous permettant à la fois de connaître les circonstances et l’époque approximative à laquelle il a écrit cette courte épître :

- il se présente dès le début de la lettre comme un prisonnier pour le Christ-Jésus : v 1 et 9. Paul a écrit cette lettre lors d’un des multiples emprisonnements qu’il a vécu lors de son ministère de pionnier itinérant : 2 Cor 11,23.

- Paul se présente de plus ici comme un vieillard : v 9, ce qui sous-entend que c’est dans les dernières années de sa vie (si ce n’est la dernière) qu’il l’a écrite.

Paul, heureusement, ne se trouve pas seul au moment où il vit cette situation. Si parfois il a vécu des moments où il a été abandonné de tous : 2 Tim 4,16, ici c’est avec Timothée, son fils spirituel et fidèle compagnon d’œuvre qu’il se trouve : v 1 ; 1 Tim 1,2 ; 2 Tim 1,2.

B) Quels sont les destinataires de l’épître ?

Ils sont au nombre de 4 :

- Philémon : c’est le destinataire principal, l’homme directement concerné par l’affaire qui est le sujet premier de cette lettre : v 1

- Appia qui est une sœur, donc une femme et peut-être, la femme de Philémon : v 2

- Archippe qui, selon certains commentateurs, pourrait être leur fils : v 2 . Paul le désigne comme un compagnon de combat, ce qui laisse entendre qu’Archippe a fait partie pour un temps d’une des nombreuses équipes qui ont accompagné Paul dans ses voyages missionnaires. Son nom, comme celui d’Onésime, se retrouve dans la lettre que l’apôtre adressera aux Colossiens où Paul l’exhorte à prendre bien garde au ministère qu’il a reçu du ,Seigneur : Col 4,9.17.

- l’Eglise qui est dans la maison de Philémon : v 2 : peut-être justement l’église locale de Colosses.

Si Paul destine sa lettre à autant de personnes différentes, ce n’est pas pour rien. C’est qu’en tant que chrétien ayant une responsabilité particulière devant Dieu (puisque c’est dans sa maison que se réunissait l’Eglise de Dieu) la réponse qu’allait donner Philémon dans l’affaire que Paul voulait traiter avec lui dépassait le cadre privé qui la concernait au départ. En tant que membre du corps de Christ (et cela d’autant plus si nous occupons des responsabilités importantes en son sein), les décisions que nous prenons ne nous concernent pas seulement individuellement, mais elles rejaillissent obligatoirement sur l’ensemble des autres membres comme sur le témoignage collectif de l’Eglise devant le monde.

C) Quel genre de chrétien est Philémon ? Quelles qualités Paul lui reconnaît-il ?

C’est de toute évidence un chrétien engagé :

- Paul l’appelle son bien-aimé compagnon d’œuvre : v 1

- un homme disponible pour le service du Seigneur : il est prêt à ouvrir les portes de sa maison pour accueillir l’Eglise

- un homme qui doit avoir joui d’une certaine aisance matérielle. En plus d’une maison, il possédait des esclaves : v 16 et avait des possibilités d’hébergement pour ses amis : v 22

C’est également un chrétien d’une grande qualité spirituelle :

- il est animé d’un grand amour et d’une grande foi envers le Seigneur Jésus et pour tous les saints : v 5

- un homme de générosité et de consolation qui n’hésite pas à s’engager pour soutenir et aider concrètement ses frères dans le besoin : v 7

- « un homme qui, dans une simple question de justice, n’a besoin que d’une allusion à son devoir pour qu’il aille bien au-delà » : N. B. HACKEFF

D) Quel lien unit Paul à Philémon ?

Par l’allusion de Paul au v 19, il y a de fortes probabilités que Philémon se soit converti au travers du ministère de l’apôtre. Il est devenu ensuite un chrétien cher au cœur de celui-ci par les multiples engagements et services qu’il a rendu à l’œuvre de Dieu en général et à l’église locale dont il faisait partie en particulier.
E) 1) Quelle est la relation entre Onésime et Philémon ?

D’après Col 4,9, Onésime semble avoir été originaire de Colosses. Il était donc Phrygien. Or, en Phrygie, les esclaves étaient si nombreux que le nom même de Phrygien était synonyme d’esclave. En tant que tel, Onésime travaillait pour Philémon. Connaissant ce dernier, on peut penser deux choses à l’égard d’Onésime :

. la 1ère est que lorsqu’il fit la connaissance de Paul en prison, cela ne devait pas être la 1ère fois qu’il entende parler de l’Evangile et du Seigneur Jésus. Vu l’engagement de Philémon, il est fort probable que c’est toute la maisonnée de ce dernier, y compris les esclaves, qui était invitée à assister aux réunions de l’église.

. la seconde est que, vu les qualités de son maître, Onésime n’était certainement pas, parmi tous ceux qui partageaient sa condition, le plus malheureux. On peut comprendre cependant son aspiration à la liberté et à une vie autre. Avoir en tant qu’esclave un bon maître était bien ; mais être libre à cette époque était sans valeur et sans prix : cf 1 Cor 7,21. Bien qu’ayant commis un délit condamnable par la loi, l’aspiration d’Onésime était légitime. Elle trouvera un écho favorable des siècles plus tard dans l’esprit d’un Wilberforce, chrétien évangélique anglais, qui, par son combat, conduira le Parlement britannique à voter un décret qui, en 1833, mettra fin à la pratique de l’esclavage dans tout l’empire.

2) De quel délit Onésime s’était-il rendu coupable envers son maître ?

Non seulement il s’était enfui de chez son maître, mais il avait de plus probablement voler celui-ci avant de s’échapper de chez lui : v 19. Le moins qu’on puisse dire est que, contrairement à la signification de son nom (utile), Onésime n’a pas laissé derrière lui un bon souvenir dans l’esprit de Philémon : v 11.

3) Quel traitement Philémon aurait-il eu, dans la circonstance, le droit d’infliger à Onésime ?

L’esclavage était une institution reconnue et pratiquée dans tout l’empire romain D’après certaines estimations, l’empire romain comptait au 1er siècle quelques 60 millions d’esclaves, soit plus du tiers de la population. On ne reconnaissait à ces malheureux aucun droit civil, ni matrimonial; ils n'avaient même pas de nom. Leur maître pouvait, à sa discrétion, les vendre, les séparer, les donner, les torturer, et même les tuer. Leur condition était souvent pire que celle du bétail. Même si Philémon, en tant que chrétien, ne serait jamais aller à de telles extrémités envers Onésime, son esclave enfui, il aurait pu très bien ne jamais le reprendre et le laisser croupir en prison pour purger sa peine.

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