lundi 21 juin 2010

Philémon (2)

F) Quel est le but de la lettre de Paul :


1) pour Onésime :

Elle a valeur pour lui de témoignage auprès de son ancien maître qu’il sait avoir déçu et trompé. Nul autre que Paul n’était mieux placé et ne pouvait avoir plus de poids auprès de Philémon pour amorcer le retour en grâce de l’esclave fugitif auprès du maître lésé : v 10 à 12. Paul a pu d’ailleurs d’autant plus s’empresser d’écrire une telle lettre qu’il sait, par expérience, combien est précieuse l’aide d’un chrétien plus mûr pour introduire un nouveau converti au passé douteux dans une assemblée qui l’a connu auparavant : Actes 9,26-27. Comme les présents de Jacob envoyés au-devant de son frère Esaü dans le but de calmer son animosité passée légitime contre lui : Gen 32,17 à 21, la lettre de Paul à Philémon est un messager de bonne nouvelle destiné à faciliter le rétablissement d’Onésime auprès de son maître.

2) pour Philémon :

Elle est en quelque sorte une lettre de recommandation qui, à cause de son auteur et des relations étroites qu’il a pu entretenir avec lui, peut être considérée comme entièrement fiable : v 21. La lettre de Paul à Philémon aborde, de façon indirecte, une question qui, tout au long de l’histoire de l’église, n’a cessé de poser problème : à savoir sur quelles bases une église pouvait décider

- d’une part de l’intégration d’une nouvelle personne en son sein en tant que frère : 1 Cor 5,11 ; 2 Tim 2,19 ; Mat 7,23

- d’autre part de la réintégration d’un frère ayant douloureusement chuté et s’étant par la suite repenti : 2 Cor 2,6-7

La réponse que semble donner Paul ici est que la confiance ne peut être rétablie que si la personne concernée ait fait preuve d’une authentique repentance et que des frères solides et fiables dans la foi peuvent en attester.

G) Pourquoi la démarche de Paul en faveur d’Onésime est-elle si importante pour la suite de sa marche avec le Seigneur ?

Paul avait le souci que le passé d’Onésime n’oblitère pas son avenir spirituel et le rôle qu’il aurait pu être amené à jouer dans l’œuvre de Dieu ou au sein d’une assemblée locale : cf Col 4,9 pour voir ce qu’Onésime est devenu par la suite. Il voulait, comme cela se passa pour lui-même au début de sa marche avec Dieu : cf Actes 9,27, que tout préjugé soit ôté et que le passif négatif de sa vie soit liquidé. Onésime devait être libre de commencer une vie nouvelle réelle sans devoir traîner derrière lui le lourd boulet de situations antérieures non réglées.

La façon dont Paul agit en faveur d’Onésime nous rappelle, selon la parole même de Jean-Baptiste, la nécessité de concrétiser toujours notre repentance par des œuvres ou un fruit qui en soit dignes : Luc 3,7. Dans la mesure du possible, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour être en paix avec les hommes et avoir une bonne conscience envers tous : Rom 12,18 ; Actes 24,16 ; 1 Tim 1,5. Posons-nous la question de savoir comment nous-mêmes réagirions s’il entrait au sein de notre communauté une personne de qui nous saurions que le passé, soit sur le plan légal, soit sur le plan fraternel, ne serait pas réglée ? Ne l’encouragerions-nous pas à agir au plus vite pour que les litiges restés en suspens soient le plus rapidement réglés ?

H) Quelles expressions indiquent le degré de confiance que Paul a envers Philémon dans cette affaire ? Quels arguments Paul emploie-t-il pour convaincre Philémon de pardonner à Onésime et de bien le recevoir ?

1) v 9 : Paul ne veut pas donner d’ordre à Philémon. Il le prie au nom de l’amour. L’amitié et l’estime qui existent entre les deux hommes font que Paul préfère régler cette affaire de façon cordiale plutôt que « légale », en obligeant Paul d’user de l’argument de l’autorité.

v 13 et 14 : Paul aurait souhaité garder Onésime pour que, dans sa situation, il le serve comme Philémon l’aurait lui-même fait (il ne doute pas un seul instant du fait que si Philémon se trouvait avec lui dans la circonstance dans laquelle il se trouve, il pourrait compter sur lui). Mais, comme il sait que le premier qui a des droits légaux sur l’esclave qu’était toujours Onésime était Philémon, c’est lui qu’il veut laisser librement s’exprimer en 1er, convaincu cependant qu’il ira dans son sens : parallèle : Ruth 4,1 à 6

Notons ici le tact de Paul, sa sensibilité et sa délicatesse envers ses frères en Christ. Même si beaucoup d’entre eux lui doivent beaucoup, Paul n’usera jamais du pouvoir ou des droits que pourrait lui faire valoir sa position auprès d’eux pour leur imposer ses choix. Le respect qu’il a pour eux lui interdit de passer au-dessus de leur liberté personnelle en matière de choix dans les affaires qui les concernent personnellement : politique suivie par Paul dans tous les domaines : 1 Cor 9,1 à 15.

v 17 : si donc tu me tiens pour un ami… Un ami pour Paul, c’est quelqu’un

- sur qui on peut compter dans le besoin

- sur qui l’on a pas besoin d’avoir de doute sur les dispositions qu’il a à notre égard : son désir sera toujours de faire au mieux de ce qu’est notre intérêt

Si Philémon estime Paul comme son ami, Paul n’a pas de crainte à avoir. Il sait que Philémon lui fera confiance dans ce qu’il dit et dans la façon avec laquelle il défend la cause d’Onésime dans cette affaire.

v 21 : Paul a confiance en l’obéissance déjà maintes fois prouvée de Philémon, sachant qu’il ira même au-delà de son attente. Philémon n’est pas quelqu’un qu’on doit toujours presser d’obéir. Paul sait que s’il lui demande quelque chose, il le fera, non pas dans l’attitude de quelqu’un qui obéit par obligation ou par devoir, mais dans celle de celui qui cherche toujours à faire pour le mieux ce qu’on lui demande (faire ce qui est demandé, mais même au-delà : cf Luc 17,7 à 10

2) Triples arguments :

- v 9 : celui de l’amour :
. qu’il veut faire prévaloir dans sa démarche envers Philémon
. qu’il demande à Philémon de faire prévaloir dans sa façon d’accueillir et de recevoir à nouveau Onésime : v 21

- v 11 : celui de la réalité de la nouveauté de vie dans laquelle est entré Onésime : avec Christ, ce qui était inutile, voir nuisible autrefois, est transformé pour devenir utile. Les voies de la providence ne sont pas les nôtres : v 15 et 16

- v 18 et 19 : celui de l’imputation : « L’histoire d’Onésime peut fort bien servir de support à un message d’évangélisation. La dette d’Onésime est mise sur le compte de Paul ; le caractère de Paul est imputé à celui d’Onésime et par là, il se trouve accepté par son maître. » : A. Kuen

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