mardi 24 janvier 2017

EPHESIENS 4

V 1 à 16 : construire dans l’unité

L’Eglise de Jésus-Christ, avons-nous dit, est la révélation du mystère caché en Dieu de toute éternité. Ce projet, au cœur même de la création, ne saurait être trop évalué quant à son importance. Il est, dit Paul, le moyen par lequel la sagesse de Dieu, dans Sa grande diversité, est portée à la connaissance des puissances spirituelles (Ephésiens 3,10). Cette diversité, pour être à la gloire de Dieu, ne peut se construire que d’une seule manière : par l’unité. Unité dans la diversité et diversité dans l’unité sont les caractéristiques même de la Divinité. Or Dieu a voulu que l’Eglise soit à Sa ressemblance. Aussi l’unité fut-elle le sujet majeur d’intercession de Jésus pour Ses disciples au moment de les quitter. L’unité du peuple de Dieu doit être telle qu’elle est le reflet, dit Jésus, de l’unité qui existe entre le Père et le Fils (Jean 17,20). L’unité est primordiale car elle est l’argument le plus probant quant à la vérité de l’Evangile (Jean 17,20 et 23).

De quelle manière l’unité du Corps de Christ se construit-elle ? C’est, en introduction de la partie pratique de sa lettre, le point qu’aborde l’apôtre Paul ici. Trois voies nous sont indiquées ici comme y menant. Elles nous révèlent toutes que l’unité n’est pas quelque chose à atteindre, mais une réalité que nous devons apprendre à vivre à partir de ce que Dieu nous a donné dans Sa grâce. Examinons maintenant ces trois voies !

1ère voie : l’unité par la mise en pratique des vertus chrétiennes : v 1 à 3

C’est dans leur façon de se comporter les uns envers les autres que, en premier lieu, se construit l’unité des chrétiens. Il arrive que d’autres causes soient invoquées justifiant la séparation qui se fait entre des frères. Elles ne sont pas à exclure. Il faut reconnaître cependant que, souvent, les raisons qui prévalent tiennent davantage à la chair qu’à autre chose.

L’unité chrétienne est impossible sans la pratique des vertus qui en caractérisent la vie. Dans cet ordre, la première mentionnée par l’apôtre est l’humilité. De toutes les qualités manifestées par Jésus, il n’est pas exagéré de dire que l’humilité fut la plus grande. C’est par humilité que Jésus quitta Sa condition divine pour revêtir celle de l’homme (Philippiens 2,6 à 8). C’est par humilité qu’Il s’abaissa encore revêtant la forme d’un serviteur qui ira jusqu’à laver les pieds de Ses disciples (Jean 13,1 à 15). L’humilité fut non seulement le moteur du comportement de Jésus, mais encore le sujet dominant de Son enseignement quant à la qualité majeure dont devait faire preuve celui de Ses disciples (Matthieu 18,4, 20.26 ; 23,11). « L’humilité, dit Andrew Murray, est le seul terrain dans lequel les grâces s’enracinent. L’absence d’humilité est l’explication suffisante de toute défaite et de tout échec. L’humilité n’est pas une grâce parmi d’autres grâces, parce qu’elle seule prend devant Dieu une attitude vraie, qui permet à notre Père céleste d’être tout en nous et d’agir par nous. »[1]

L’humilité est l’huile qui facilite la mécanique des rouages de la relation entre frères. Parce que nous sommes humains et, de surcroît pécheurs, ni la douceur, ni la patience, ni l’amour, ni la capacité à supporter les autres ne nous sont naturels. L’humilité, qui résulte de la connaissance intime de Dieu et de soi, est le seul terreau sur lequel ces qualités, indispensables à l’unité, pourront se développer.

2ème voie : l’unité par l’accord sur les sujets majeurs qui sont l’objet de notre foi : v 4 à 6

Il n’y a pas d’unité possible entre chrétiens hors de l’Esprit. Habités par le même Esprit, les chrétiens devraient être en mesure de conserver leur unité dans les relations fraternelles par le lien de la paix. D’une certaine manière, la recherche de l’unité est une fausse recherche. L’unité entre frères existe de fait, elle n’est pas à produire. Elle ne se brise que lorsque les dispositions qui étaient dans le cœur de Jésus-Christ ne sont plus présentes dans le cœur de Ses disciples (Philippiens 2,1 à 5). Si le cœur de chacun a un rôle prépondérant dans le maintien de l’unité, Paul sait cependant qu’il ne suffit pas à lui seul pour la garantir. Les chrétiens sont appelés à faire preuve d’un même amour, mais aussi d’une seule pensée. Il y a dans la Parole de Dieu de nombreux sujets sur lesquels le peuple de Dieu peut différer dans ses opinions. Mais il y en a certains sur lesquels son unité est impossible sans unanimité. Ce sont ces points que l’apôtre aborde ici.

L’unité spirituelle du corps de Christ requiert la parfaite unanimité de ses membres sur 5 points précis :

a.       La nature de leur espérance

Notre espérance est céleste (voir commentaire Ephésiens 1,15 à 19). Elle est à la fois celle de la gloire de Dieu et de Sa justice (Romains 5,2 ; Galates 5,5). Chaque chrétien a dans ce monde la mission de défendre avec douceur auprès des incrédules la raison de l’espérance qui l’habite (1 Pierre 3,15). Il est impossible pour un chrétien d’être, sur le plan spirituel, uni à quelqu’un qui ne possède pas la même espérance que lui, l’espérance de la vie éternelle (Tite 1,2).

b.      Leur appartenance unique à Jésus-Christ comme Seigneur
Paul le déclare : nul ne peut confesser que Jésus-Christ est Seigneur si ce n’est par l’Esprit de Dieu (1 Corinthiens 12,3). C’est celui qui invoque le nom du Seigneur pour son salut qui est sauvé (Actes 2,21). Tous les chrétiens véritables sont unanimes sur ce point. Il y a un seul Dieu, mais aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes : Jésus-Christ homme qui s’est donné Lui-même en rançon pour nous (1 Timothée 2,5). C’est là le témoignage rendu en son temps et que professent tous les vrais chrétiens. Qui est le menteur, questionne Jean, si ce n’est celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-ci est l’antichrist. Car quiconque renie le Fils n’a pas non plus le Père (1 Jean 2,22-23).

c.       Une foi commune

C’est la foi dans la pleine suffisance de l’œuvre de Christ pour être justifié de tout ce dont nous ne pouvions l’être par nos œuvres ou celles de la loi (Actes 13,39). Les Evangiles, rappelle Jean, ont été écrits dans un seul but : pour que nous croyions que Jésus est le Christ et que, par cette foi, nous ayons la vie en Son nom (Jean 20,31). Si le contenu de la foi d’une personne diffère d’une seule virgule sur le sujet qui en est le cœur, l’unité spirituelle avec elle nous est impossible. Cette personne ne croit pas à notre Evangile et au Jésus auquel nous adhérons, mais à des faux inspirés par le diable (2 Corinthiens 11,3-4).

d.      Un seul baptême

La question du baptême a beaucoup divisé et divise encore les chrétiens. Le baptême est-il un sacrement qui confère, par son acte même, le statut d’enfants de Dieu à celui qui y est initié ? Ou est-il le témoignage public d’une foi vivante et personnelle qui a fait d’un pécheur un enfant de Dieu ? Tous les récits de l’Ecriture au sujet du baptême convergent vers la même réalité. La baptême ne précède pas la foi, mais la confirme. C’est celui qui croit qui peut être baptisé (Actes 2,38 ; 8,35 à 39 ; 10,44 à 48 ; 18,8 ; Marc 16,16). L’unité spirituelle dans le Corps de Christ n’est possible qu’entre ceux qui ont la même compréhension du baptême.

e.       Un seul Dieu et Père de tous

C’est le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ (Ephésiens 1,3). Il l’est en vertu de l’Esprit d’adoption filiale que nous avons reçu et qui nous permet de l’appeler de la sorte (Romains 8,15 ; Galates 4,6). En effet, qui connaît le Fils connaît aussi le Père, car ils sont un (Jean 14,7 à 11). Ce Dieu et Père, à qui nous sommes, est au-dessus de tous : Il est souverain. Il est parmi tous, agissant à travers chacun pour accomplir Son dessein. Il est en tous, présent en chacun des croyants.

Remarquons que, dans les cinq articles de foi principaux que défend Paul, tout se tient. Il est impossible de toucher à l’un sans que les autres ne soient affectés. La foi en l’un oblige à croire aussi les autres. Comme les doigts d’une main, les uns sont liés aux autres d’une manière à la fois organique et indéfectible. La main d’association entre frères est une main qui se serre autour de ces cinq doigts sur le plan doctrinal. Si ce n’est le cas, il ne faut pas s’étonner si l’union aboutit plus tard à la confusion. Soyons entre nous un  seul cœur, mais aussi une seule pensée sur ce qui fait le cœur de notre foi !

3ème voie : l’unité dans la diversité des dons et des fonctions : v 7 à 16

Pau a beaucoup à dire sur ce point. Il rappelle en premier lieu que si tous les chrétiens ont en commun la même foi, ils ne sont pas l’objet de la même mesure de grâce. Ce qui est donné à l’un ne l’est pas à tous. En Son temps déjà, Jésus soulignera à Ses disciples cette diversité de mesure qui caractérise le don de la grâce octroyée par le Maître à Ses serviteurs. A chacun d’entre eux, un ou plusieurs talents seront confiés. Ici, ce n’est pas le serviteur qui en décide, mais le Maître (Matthieu 25,14). Dans le même ordre d’idée, Paul rappelle ailleurs que les dons accordés ne le sont pas d’abord pour la satisfaction de ceux qui les reçoivent, mais pour l’utilité commune et le service dans le Corps de Christ (1 Corinthiens 12,7).

Le premier et le plus grand don que Dieu ait fait aux hommes, c’est le Christ. Paul tient à le redire ici en introduction à son enseignement sur les dons. Si ‘Eglise peut bénéficier de ministères, de dons humains pour son édification, cela n’est dû qu’à une seule chose : au fait que, premièrement, Dieu nous ait donné Son Fils, descendu du ciel jusqu’à nous. Or, ce Christ qui est descendu n’est pas resté parmi nous. Son œuvre de salut accomplie, Il est remonté emportant avec Lui derrière Son char triomphal de multiples captifs (cf Psaume 68,19 ; 2 Corinthiens 2,14). C’est ce butin, composé de tous ceux qu’Il s’est acquis par Sa victoire sur le péché et la mort, qui est le trésor que ce même Christ donne ensuite à l’Eglise pour sa construction. Qui que nous soyons, quels que soient les dons que nous possédions, nous ne nous appartenons plus. Nous avons été rachetés par Christ pour être offerts à l’Eglise. Nous ne servons pas une cause humaine. Nous sommes les serviteurs de Celui qui, établi au-dessus de tous les cieux, occupe tout l’espace. « Car, dit F.W Grant, entre la profondeur de la croix et la hauteur de la gloire, il n’y a aucun lieu qu’Il n’ait occupé. »[2]

Parce qu’Il est Celui qui remplit tout, le Christ est aussi Celui qui, dans l’Eglise, veut occuper toute la place. L’’Eglise de Jésus-Christ, en effet, n’est pas une œuvre achevée. C’est plutôt, dit Paul, un organisme en construction. Le projet de Dieu pour l’Eglise est un projet collectif. Aussi, Christ équipe-t-Il l’Eglise de dons et de ministères de manière à ce qu’au travers de leur exercice, ce soit l’ensemble des croyants, et non quelques individus isolés, qui parvienne à la maturité. Or la maturité de l’Eglise, dans l’esprit de Paul, n’est pas un vague concept. Trois critères précis permettent de l’évaluer et de mesurer le chemin à parcourir pour atteindre cet état d’excellence :

1ère critère : l’unité de la foi.

Il évoque le plein accord, la pleine adhésion de l’ensemble des croyants sur les articles de foi essentiels abordés dans les versets précédents (Ephésiens 4,4 à 6).

2ème critère : la connaissance du Fils de Dieu.

Connaître Christ, rappelle Paul à plusieurs reprises, est le but ultime de la vie chrétienne (Philippiens 3,8 à 10). C’est le programme même de la vie éternelle, cette vie que nous aurons auprès du Père (Jean 17,3). La connaissance que Paul évoque ici ne se situe pas seulement au niveau du savoir. Elle consiste pour l’Eglise en une assimilation de ce qu’Il est, de manière à ce que tout le corps, et chacun de ses membres en particulier, vivent de Lui. Il n’y a pas pour l’Eglise de connaissance de Christ sans une pleine identification de chacun de ses membres à Sa mort, Sa résurrection et Son élévation auprès du Père (Ephésiens 2,4 à 6).

3ème critère : la maturation à la ressemblance de Christ

A plusieurs reprises, l’Ecriture a à déplorer le caractère immature dont font preuve certaines assemblées. Les Corinthiens, avec tout l’enseignement qu’ils ont reçu et les ministères dont ils ont bénéficié, auraient dû être des maîtres spirituels. A cause de leur attitude charnelle faite de disputes et de jalousie, Paul doit cependant se résoudre, dit-il, à les traiter comme des tout-petits (1 Corinthiens 3,1 à 4). La maturation à la ressemblance de Christ ne touche pas à la connaissance, mais au caractère. Une confession de foi juste, orthodoxe, ne suffira jamais à ce qu’une Eglise atteigne le niveau d’excellence que Dieu requiert pour elle. Ce que Dieu vise ce sont des vies transformées, des caractères changés qui témoignent de la réalité de la vie de Christ en chacun.

Pour se faire, dit Paul, Dieu a équipé l’Eglise de quatre ministères fondamentaux. Ils sont pour l’Eglise ce que sont les quatre traverses extérieures du tabernacle construit par Moïse. Placées de manière transversale dans des anneaux d’or fixées sur chaque planche, elles assuraient la cohésion et la solidité de l’ensemble de la construction (Exode 26,25 à27). Ainsi en est-il de ces ministères vitaux qui sont :

1.       Celui d’apôtre :

Le terme signifie envoyé ou messager. Il est utilisé la première fois dans l'Ecriture pour désigner les douze disciples que Jésus se choisit (Matthieu 10,2). Plus tard, nous lisons que le terme est associé aux ministères d’autres personnes, telles que Paul et Barnabas (Actes 14,14). Envoyés par Jésus-Christ ou le Saint-Esprit (Actes 13,2) les apôtres sont les missionnaires de Jésus-Christ. Leur ministère essentiel consiste à proclamer l’Evangile là où il n’est pas encore connu (Romains 15,20), à enseigner et à instruire les nouveaux croyants en vue de la formation d’Eglises locales majeures. Dans la hiérarchie des dons et des ministères cités, l’apôtre occupe toujours la première place (1 Corinthiens 12,28). Il en est ainsi parce que dans l’œuvre de Dieu en vue de la construction de l’Eglise, tout commence par lui.

2.       Celui de prophète

Selon Paul, le ministère du prophète est toujours, dans l’ordre d’importance, cité le second après celui d’apôtre pour l’Eglise (1 Corinthiens 12,28). L’Eglise de Jésus-Christ, a-t-il déjà dit, est construite sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ étant la pierre d’angle (Ephésiens 2,20). Dans l’Eglise, le prophète est le porteur de la parole de Dieu. Son objectif est de s’adresser aux hommes pour les édifier, les encourager et les réconforter (1 Corinthiens 14,3). Les prophètes dans l’Eglise jouent aussi le rôle de sentinelles. Ils sont ceux qui veillent à ce que les enseignements délivrés soient conformes à la pensée de Dieu (1 Corinthiens 14,32).

3.       Celui d’évangéliste

Philippe est, dans le livre des Actes, le type même de l’évangéliste. Quoi que les apôtres soient aussi des évangélistes, leurs ministères ne se recoupent pas totalement. L’évangéliste n’est pas un implanteur d’églises. Il est plutôt un défricheur, envoyé par Dieu pour de courtes missions auprès de personnes prêtes à entendre la Parole de Dieu. Trop déconsidéré, le ministère d’évangéliste est lui aussi primordial pour l’édification et la croissance de l’Eglise, ne serait-ce que sur le plan numérique. Que Dieu donne la grâce aux églises de France et d’ailleurs d’en compter beaucoup parmi leurs membres !

4.       Celui de bergers et maîtres (ou docteurs)

Le berger est celui qui prend soin des brebis. Dans l’Ecriture, le terme est associé à la fonction qui revient aux anciens de l’Eglise (1 Pierre 5,1 à 4). Les bergers sont les conducteurs du troupeau. C’est à eux qu’il revient de nourrir, diriger et être attentif à l’état de chaque brebis. Le ministère de berger est associé à celui de maîtres et de docteurs parce qu’une grande part de leur tâche sera d’enraciner les croyants dans les vérités de l’Ecriture. Ce ministère recoupe d’une certaine façon celui du prophète. Mais il diffère en ce que ce dernier peut ne pas être un des responsables reconnus de l’Eglise locale.

Quel est le but de Dieu au travers du don de ces ministères ? Il est, dit Paul, en premier lieu d’équiper les chrétiens de manière à ce qu’ils soient armés contre les manœuvres subtiles des adversaires de l’Evangile visant à les déstabiliser. Si un nouveau-né dans la foi est un miracle de Dieu, il est aussi, à cause de sa vulnérabilité, une proie facile pour l’adversaire. Comme cela se produit dans la nature avec les animaux, il est vital pour tout jeune converti d’être rapidement nourri pour grandir et se fortifier. Les ministères que Dieu donne sont, dans ce sens, au service du corps dans son entier. Ils concourent à ce que, dans l’Eglise, la croissance dans l’amour et la vérité soit harmonieuse et que ce soit ensemble que chaque membre se développe en vue de la maturité. De manière pratique, Paul nous dit maintenant ce que cette croissance implique pour chacun !

V 17 à 24 : les bases de la marche nouvelle

Ayant établi sur quelles bases se construisait l’unité de l’Eglise, Paul revient au sujet pratique qui était le thème premier de son développement : le comportement du chrétien. Si tout ce qui touche aux vérités spirituelles qui font vivre le chrétien est inaccessible aux incrédules, il y a cependant un domaine dans lequel ils peuvent les toucher du doigt. C’est ce que ces vérités produisent dans sa vie et, plus particulièrement, dans son comportement. Il est aisé de dire aux autres que, par Jésus-Christ, nous sommes devenus des créatures nouvelles. Ils ne le croiront que dans la mesure où notre comportement le confirmera. Appelés par Dieu, nous sommes exhortés par l’apôtre à nous comporter d’une manière digne de l’appel reçu (Ephésiens 4,1). Cette marche nouvelle, explique Paul ici, implique deux réalités. La première consiste à se dissocier totalement de la façon de se conduire des personnes irrégénérées qui vivent dans le monde, la seconde à nous approprier pleinement ce que nous avons reçu de Christ.

Quelle qu’elle soit, la conduite d’un homme n’est que l’expression de ce qui l’habite. Or, sans Christ, l’homme naturel n’a pas le choix. Il ne se fera un jugement sur les choses qu’à partir de ce qu’il peut en comprendre lui-même. Condamné aux limites du subjectivisme, il ne peut appréhender la réalité pour trois raisons. La première, dit Paul, tient au caractère obscurci de son intelligence. L’Ecriture montre, en effet, qu’elle est la première faculté touchée par le péché. Privés de Dieu, dit Paul, les hommes se sont tous égarés dans des raisonnements futiles, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Ils se prétendent sages mais, en réalité, ils sont devenus fous (Romains 1,21-22). La seconde tient au fait qu’ils sont étrangers à la vie de Dieu. Le chrétien a beau leur en parler, ils sont incapables de saisir ce que cette vie avec Lui signifie. Ne connaissant du coup que ce que leur cœur produit comme désirs et pensées, ils n’ont aucune sensibilité à ce qui touche à la gloire et l’honneur de Son nom. La dernière tient au sens moral dévoyé qui les guide. Centré sur lui-même, l’homme naturel ne suit aucun critère moral objectif. Ce qui décide de ce qui est bien et mal pour lui est soit l’avis majoritaire, soit ce qui satisfait son égoïsme ou ses intérêts immédiats. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que le comportement des hommes de ce monde, si mal et si pauvrement outillés, soit tant dévoyé.

Il ne faut pas qu’il en soit ainsi pour le chrétien. Car, s’il est pécheur de nature, il est, par la vie nouvelle reçue, entré dans l’école d’apprentissage du Christ. Cette école, nous dit Paul, vise un seul but : que le chrétien se saisisse pleinement pour sa vie de la réalité nouvelle dans laquelle il est entré en Christ. Devenu un avec Lui, le chrétien est appelé dans son être à vivre une double opération. Mort avec Christ, il a d’abord à se défaire de l’être qu’il était autrefois. Cet être passé n’avait pas de choix : asservi à ses désirs trompeurs, il ne pouvait que produire une conduite déshonorante et indigne de Dieu. Identifié au Christ ressuscité, le chrétien est devenu un nouvel être. Parce qu’il a reçu l’Esprit, il n’a plus besoin de penser comme avant. Son intelligence jadis obscurcie est désormais renouvelée. Ayant accès à la connaissance même de Dieu, le chrétien peut développer de nouvelles habitudes, fondement d’un nouveau comportement. Même s’ils ne connaissent pas Christ, les incrédules, qui constatent la mutation qui s’est produite dans la vie de ceux qui sont à Lui, ne peuvent le nier. Ils ont bien à faire, face à eux, à une nouvelle création. Ce qui était ancien a disparu : voici tout est devenu nouveau (2 Corinthiens 5,17).

V 25 à 32 : du principe à la réalité

Né de nouveau, le chrétien peut se déshabiller de sa vie passée pour revêtir la vie nouvelle. Nous le savons tous : ce sont les vêtements qu’un homme porte qui, en grande partie, forge son identité visible. Sur le plan moral, nos manières d’être sont ces vêtements. Tout ce que nous disons et faisons dit, mieux que toute explication, qui nous sommes. Il n’est pas étonnant donc que ce soit à ce niveau que se situe la preuve la plus forte de la réalité nouvelle qui nous habite. Ayant établi le fondement sur lequel se construit le comportement nouveau du chrétien, Paul entre maintenant dans le détail de ce qui doit ne plus en faire partie comme de ce qu’il doit être désormais.

La première chose que Paul nous appelle à rejeter est le mensonge. Le mensonge est, selon Jésus, le fond même de la nature du diable (Jean 8,44). Habité par l’Esprit de vérité, l’enfant de Dieu se doit de le bannir totalement de sa vie. La crédibilité de l’enfant de Dieu tient, en premier lieu, à la nature de ses paroles. Il peut ne pas être cru, mais qui l’entend doit pouvoir en témoigner : celui-ci ne ment pas, mais dit la vérité. Dire la vérité pour un enfant de Dieu n’est pas seulement nécessaire pour son témoignage auprès de ceux du dehors. Il l’est aussi pour ses relations avec ses frères. Mentir à ses frères, c’est à la fois mentir à toute l’Eglise et à celui qui est son chef, Jésus-Christ. C’est porter atteinte à ce qui fait le cœur même de la bonne santé des relations fraternelles : la confiance mutuelle. Le crime sera passible pour Ananias et Saphira, au temps de l’Eglise primitive, de la peine capitale (Actes 5,1 à 11). Si Dieu jugeait parmi nous immédiatement les menteurs, qui resterait vivant ?

Après le mensonge, Paul aborde le sujet de la colère. Il en parlera à deux reprises dans cette section (Ephésiens 5,26 et 31). Comme les autres êtres humains, le chrétien est un être émotionnel. La colère, l’angoisse, la tristesse comme la joie font partie de sa vie. Il n’y a donc rien d’étrange au fait de les ressentir. Le Seigneur Jésus Lui-même, en certaines circonstances, a ressenti une forte colère (Marc 3,5). Dans le temple, Il ne se contentera pas de la contenir à l’intérieur de Lui-même. Il l’extériorisera avec une certaine violence (Jean 2,13 à 22). Ce que Paul demande aux chrétiens au sujet de la colère n’est pas d’abord qu’ils la bannissent, mais qu’ils la contrôlent. La colère d’un enfant de Dieu ne doit jamais le conduire ni à frapper quelqu’un, ni à l’insulter ou provoquer un esclandre. De même, l’apôtre précise que celui-ci ne devrait jamais s’autoriser à ne pas éteindre le feu de sa colère avant que la nuit ne vienne Il se peut que le problème qui l’a déclenché ne soit pas réglé, mais celui de la colère doit l’être. L’état de colère est, en effet, l’un des états les plus risqués sur le plan spirituel. Il fait de celui qui ne se domine pas une proie facile pour le diable. « Comme une ville forcée et sans murailles, dit le livre des Proverbes, ainsi est l’homme qui n’est pas maître de lui-même (Proverbes 25,28). Caïn, le fis d’Adam et Eve, en est le triste exemple. Fâché contre Dieu qui l’appelait à se dominer, il laissa sa colère prendre le dessus et finit par devenir meurtrier (Genèse 4,5 à 8). Notons qu’à propos de la colère, la seule que s’autorisa Jésus fut celle provoquée par le mépris dont faisaient preuve les gens religieux à l’égard de Dieu. Jamais Il ne se fâchera lorsque ce sera à Lui-même ou Son honneur qu’on s’en prendra.

Après la colère, Paul traite de la question du vol. L’interdiction du vol, rappelons-le, est le contenu du 8ème commandement de la loi (Exode 20,15). Dans la bouche de Paul, le vol n’est pas un péché qu’il faut traiter seul. Le vol a une cause plus profonde, souvent évoquée dans le livre des proverbes : la paresse (Proverbes 6,6 à 9 ; 10,26 ; 12,27 ; 13,4 ; 15,19 ; 19,24…). Il ne suffit pas donc de dire au voleur qu’il arrête de dérober pour que son problème soit réglé. Le voleur, dit Paul, doit apprendre à travailler de ses mains pour gagner sa vie. Mieux ! Il doit, pour être guéri de sa mauvaise habitude passée, entrer dans une nouvelle joie : celle du plaisir qu’il y a à donner à autrui pour répondre à ses besoins. La pratique du vol peut, chez certains, provoquer une certaine excitation. Elle ne saurait rivaliser à la joie que procure dans le cœur de celui qui donne, le sentiment du bien accompli.

Paul revient ensuite au domaine de la parole. Se faisant, il souscrit de manière indirecte aux propos de l’apôtre Jacques au sujet de la langue. « Nous trébuchons tous à maintes reprises, dit-il. Si quelqu’un ne trébuche pas en parole, c’est un homme parfait, capable de tenir tout son corps en bride (Jacques 3,2). » Sans conteste, la langue est de tous les organes du corps celui par lequel il est le plus facile aux hommes de pécher. Paul appelle donc les chrétiens à veiller à ce qu’il ne sorte de leur bouche aucune parole malsaine, nuisible à autrui, équivoque sur le plan moral (Ephésiens 5,4). Qu’ils mettent plutôt un point d’honneur à ce que leurs propos édifient les autres et soient pour eux une source de réconfort, de soutien et de bénédiction.

De manière générale, Paul conclut ce chapitre en exhortant les destinataires de sa lettre à ne rien faire qui attriste l’Esprit de Dieu. L’Esprit de Dieu n’est pas une force impersonnelle. C’est la 3ème Personne de la Divinité. En tant que tel, l’Esprit de Dieu est aussi capable de sentiment et d’émotion. C’est Lui qui, par exemple, fit tressaillir Jésus de joie à l’écoute du rapport des apôtres de retour de mission (Luc 10,21). Or, s’il y a une chose qui attriste l’Esprit de Dieu, c’est le péché qui perdure dans la vie de l’enfant de Dieu. Quel qu’il soit pourtant, la grâce abondante qui se trouve en Jésus-Christ a le pouvoir de l’en libérer (cf Hébreux 12,15). Si donc un enfant de Dieu demeure dans l’amertume, la rancœur, la colère, s’il ne peut s’empêcher de calomnier son frère, la faute est à lui seul. Qu’il se souvienne un seul instant du nombre de fois où, dans Sa miséricorde, Dieu s’est montré bienveillant envers Lui malgré son péché. Il veillerait à ne pas peiner l’Esprit qui lui a été donné comme gage de sa rédemption !



[1] L’humilité, la beauté de la sainteté : Andrew Murray
[2] Commentaire biblique du disciple : Nouveau Testament : William MacDonald : Editions la Joie de l’Eternel

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